‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 301 sur 337 · L’ORFÈVRERIE · texte numérisé non relu

L’ORFÈVRERIE

6qi

L histoire de la vie publique et privée de l’Italie au quinzième siècle tiendrait à la rigueur dans l’histoire de I’orfèvrerie \

C’est à cet art, qui admet la plus grande richesse et le plus grand fini2, qu’était dévolue la tâche de perpétuer le souvenir des événements les plus importants de la vie intime (fiançailles, mariages, baptêmes, banquets), aussi bien que des exploits des guerriers, ou des grandes manifestations de la vie religieuse. Prenons le rôle de l’orfèvrerie à la cour de Rome. A cette époque, le pèlerin qui s’apprêtait à pénétrer dans la basilique de Saint-Pierre remarquait dès l’entrée six boutiques d’orfèvres , remplies de tous les objets de dévotion qu’un fidèle pût souhaiter d’emporter dans sa patrie : médailles, chapelets, crucifix. Le trésor de la basilique, nous le savons par les inventaires, regorgeait des ornements sacrés les plus précieux :

crosses, paix, patènes, ca-

vol. in-8° grav. Voy. aussi article de M. Piot dans la Guette des Beaux-Arts, 1878, t. Il,

I. Bibl. : Labarte, Histoire es Arts industriels. 2e édit. — lavette des Beaux-Arts , mai et uin 1 883.

Statue en argent de saint Jean-Baptiste, par Michelozzo (1452). (« Opéra del duomo » à Florence.)

2. Sur les artistes du quinzième siècle qui ont traversé les boutiques d’orfevres avant de :venir des architectes, des sculpteurs ou des peintres célèbres, je renverrai le lecteur à un lapitre précédent (Cf. p. 352).

lices, candélabres, ostensoirs, de chapes, tiares, bijoux de en argent massif. Dans le palais resse des pièces comptables, on de colliers, d’anneaux, d’armes et d’ustensiles, dans lesquels la le dispute à la richesse de la vrerie s’étend jusqu’au sceau, qu’aux reliures dont Nicolas V qu’aux rosettes incrustées dans ordre de Sixte IV, jusqu’au barporte le sou- Deux fois par de la rose d’or l’épée d’hon-

lieu à d’imposantes cérémonies; titure aux cardinaux ou évêques truction de l’anneau du pêcheur tiennent également leur place romaine. Bon nombre de villes un tribut annuel sous forme gent. S’agit -il de fêtes d’un représentations théâtrales, de papes ou leurs courtisans touche vaisselle surtout, on n’avait la prodigalité aussi loin ; lors cardinal Pierre Riario à Kléola salle à manger, indépendamaffectée au service des convives, qui supportait une intermiargent massif, ornés de pierres Lors du mariage de Nannina vingt-six bagues; lors de celui quante. Ht quel luxe, quels raf- Médicis, depuis les couteaux, émaillés, ciselés, damasquinés, lazuli, depuis les salières, les sins, les aiguières, les candénumentaux 1 et aux

reliquaires, pectoraux, agrafes toute sorte et jusqu’à des autels du Vatican, à travers la sécheentrevoit des amoncellements artistement ciselées, de meubles délicatesse de la main-d’œuvre matière. Le domaine de l’orfèindispensable à tout prélat, jusfait orner ses manuscrits, jusles portes de la bibliothèque par nachement de la haquenée qui verain pontife, an, la remise et celle de neur donnaient la remise de l’anneau d’invesnouvellement nommés, la desau moment de la mort du pape, dans le cérémonial de la cour soumises au Saint-Siège payent d’aiguières ou de plats d’arordre profane, de tournois, de festins, le luxe déployé par les à l’invraisemblance ; pour la plus, depuis l’antiquité, poussé du fameux festin offert par le nore d’Aragon, on admira dans ment de la splendide vaisselle une crédence à douze gradins, nable série de vases en or ou précieuses.

de Médicis, la fiancée reçut de Laurent de Médicis , cinfinements dans la vaisselle des les fourchettes, les cuillers incrustés de nacre ou de lapiscompotiers, les flacons, les baslabres, jusqu’aux surtouts moseaux à refroidir !

Epée d'honneur décernée par le pape Innocent VIII au landgrave de Hesse, i. Voy. les Collections des Médicis au quinzième siècle. Publié par Rouam. Paris, 1 888.

Page 1