Bibliothèque nationale, fonds italien, il
nus, il modèle avec fermeté et sûreté. Ses femmes sont charmantes, avec leur tête ronde, leur bouche mignonne, leur nez légèrement retroussé, leurs cheveux blonds, leur type légèrement flamand (fol. 172). J’en dirai autant de leurs toilettes. La « Paura » (gravée page 187) présente une rare animation. Les animaux sont supérieurement dessinés et révèlent l’influence de Pisanello. Je citerai les lévriers, cygnes, dauphins, ours, lièvres, etc. (fol. 174, 178). Ht quelle délicatesse dans le coloris! — c’est de l’aquarelle plutôt que de la gouache; — quel art dans ces lumières, obtenues en réservant le fond blanc du parchemin, dans ces couleurs si vives et si gaies, du bleu, du rouge ! Bref, il reste un léger accent gothique, c’est-à-dire de la sévérité et de la vivacité, tandis que d’autre part on chercherait en vain l’art consommé des enlumineurs florentins, les riches initiales, le irontispice couvert d’or, comme sur la planche placée ci-contre.
Le « sgràfhto » (de « sgraflïare », égratigner) ou sgraffite (le terme a obtenu ses lettres de naturalisation en France) avait sur ces différents procédés un avantage considérable : il permettait de décorer rapidement, sans grande dépense, de vastes surfaces, telles que des façades, et ouvrait ainsi à la polychromie jusqu’aux demeures les plus humbles. Après avoir recouvert une paroi d’une double couche de mortier, la première colorée en noir ou en vert, la seconde blanche ou jaune, il suffisait de gratter la couche supérieure, en suivant certains contours, pour mettre à nu les parties correspondantes de la couche inférieure et pour obtenir ainsi des ornements s’enlevant en clair sur un fond sombre, quelque chose comme une gravure à deux tons. — La Renaissance a fait du. sgraffite un usage constant; d’innombrables palais lui ont dû leur principale décoration. Si peu de monuments du quinzième siècle sont parvenus jusqu’à nous (en plein air le sgraffite 11e résiste pas plus que la fresque aux intempéries), en revanche le seizième siècle nous en a légué une longue série : nous les retrouverons dans la suite de ce travail.
De nos jours le sgraffite, procédé aussi expéditif qu’économique, et qui peut produire les effets décoratifs les plus heureux, pour peu qu’il soit traité largement, a repris faveur, non seulement en Italie, mais encore en Suisse, en Autriche, en Allemagne : il mériterait de trouver également des champions dans notre pays.
Des différentes formes sous lesquelles se présente I’èmail, l’Italie cultive avec prédilection l’émail translucide ou de basse taille. Cet émail, comme on sait, s’obtient en gravant ou en ciselant en relief sur une plaque d’or ou d’argent la composition avec toutes les finesses du modelé; puis en étendant sur cette sculpture de la poudre de cristal nuancé, par grandes teintes plates, de vert et de rouge pour les vêtements, de bleu pour les ciels, de violacé pour les carnations. La chaleur du tour fait entrer ces métaux en fusion, et leur donne le brillant, la transparence de la glace. Les saillies de la sculpture laissent à l’émail
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Frontispice d'un manuscrit italien de la fin du xv" ou du commencement du xvi* siècle. (Collection de Al. E. Mlntz.)