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Reclus, Géographie universelle

vingt-deux ans seulement. Quoique Ghiberti ne travaillât pour lui qu’en qualité de peintre (il s’occupait de décorer les salles de la résidence de Rimini), Charles l’apprécia assez pour lui offrir une situation exceptionnelle s’il consentait à rester à son service; mais le concours pour les portes du Baptistère venait de s’ouvrir et le jeune Ghiberti n’eut pas à regretter pour sa gloire d’avoir refusé les offres du souverain étranger pour répondre à l’invitation de sa patrie.

Le vrai Mécène selon le cœur des archéologues fut Sigismond Malatesta (1417-1468), le spirituel, fastueux et turbulent tyran de Rimini. Autour de lui, les représentants les plus ardents de la culture classique, soit comme savants,

soit comme littérateurs ou artistes. Ce n’est pas une église qu’il bâtit, mais un temple; ce n’esr point à un saint qu’il dédie ce temple, mais à sa maîtresse, la belle et savante Isotta, « divæ Isottæ sacrum »; aux reliques des martyrs il substitue les ossements d’humanistes fameux, entre autres de Gémiste Pléthon, dont il était allé chercher en Grèce la dépouille mortelle. Pour décoration, dans ce Panthéon d’un nouveau genre, auquel on a accolé, on 11e sait trop pourquoi, le nom de saint François, et qui dut être tout étonné de voir officier des prêtres chrétiens, non des pontifes romains, les sujets les plus profanes, les Sciences, les Arts, les Planètes, les Signes du Zodiaque. Les emblèmes sacrés sont remplacés par une ornementation bizarre, exotique, fantastique : là où l’on sculpte d’ordinaire des chérubins se développent des éléphants, emblèmes des Malatesta, les chiffres entrelacés du fondateur et de sa maîtresse, des fleurs de lotus. « Cinq cents écussons ou devises, cent basreliefs, trois sépulcres, vingt statues, toute une flore ornementale qui végète aux parois des parties supérieures, constituent, dit M. Yriarte, un ensemble d’ornementation d’une parfaite unité, malgré tant de richesse; et pas une seule lois, dans cette maison de Dieu, élevée sous l’invocation de saint François, on ne trouve le souvenir des choses saintes, le signe de Rédemption, les images sacrées ou les divins symboles1. »

Léon-Baptiste Alberti, le fougueux champion des anciens, le Rienzi de l’art du quinzième siècle, était bien l’auxiliaire qu’il fallait à un Sigismond Malatesta. Effacer d’un trait de plume le moyen âge et l’antiquité chrétienne, revenir purement et simplement aux pratiques et au style de l’Empire Romain, tel était le rêve caressé par cet esprit audacieux, qui a pour excuse la sincérité de son enthousiasme et l’élévation de sa pensée.

l . Un Condottiere au quinzième siècle. Rimini. Etudes sur les lettres et les arts à la Cour des Malatesta. Paris. Rothschild, 1882.

.Médaille de Sigismond .Malatesta.

par hisanello.

Intérieur du Temple des Malatesta \ Rimini.

L’architecte et médailleur Matteo de' Pasti ne péchait pas davantage par excès de convictions religieuses, lui qui n’avait pas hésité, à certain moment, à entrer au service de Mahomet II. Le triumvirat était complété par un sculpteur d’infiniment de talent, mais sans la moindre moralité, Agostino di Duccio, chassé de sa patrie, Florence, pour toutes sortes de méfaits. Lorsqu’il s’agit de placer sa propre effigie dans le temple, Sigismond fit appel au maître le plus savant, mais aussi le plus sceptique, de toute l’Italie, observateur impeccable, poète véritablement inspiré dans le rendu des jeux de lumière, mais dont le cœur semble n’avoir jamais battu, les fibres jamais tressailli : j’ai nommé Piero délia Francesca, le créateur de tant de figures aussi belles qu’impassibles.

Jamais encore on n’avait plus complètement fait abstraction de la tradition vivante et des besoins contemporains, pour revenir à une civilisation morte; jamais encore la raison pure n’avait à ce point étouffé les sentiments qui font les grands princes et les grands artistes. Aussi le temple des Maletesta, autour duquel gravite le mouvement provoqué par Sigismond, n’offret-il d’intérêt que pour l’historien curieux de vérifier une loi psychologique; et sans la chaude et lumineuse restitution de M. Charles Yriarte, qui se douterait aujourd’hui que la cour de Rimini a été, pendant près d’un demisiècle, un des centres d’art les plus actifs de l’Italie?

La mort de Sigismond, en 1468, mit fin à cette floraison toute factice. Son fils Robert eut à compter avec trop de difficultés pour reprendre le rôle de Mécène, cher \ son père : ce furent d’abord ses luttes avec sa belle-mère Isotta et ses frères consanguins, qu’il parvint à renverser du pouvoir et qu’il fit massacrer; puis ses expéditions militaires pour le compte de l’Église. On sait que, vainqueur du duc de Calabre \ la bataille de Nettuno, ce prince valeureux succomba au milieu de son triomphe (1482). Un bas-relief funéraire, autrefois à Saint-Pierre de Rome, aujourd’hui au musée du Louvre, est tout ce qui reste de lui au point de vue de l’art.

Pour être plus long, le règne de son fils Pandolfaccio (1482-1.532) n’en fut que plus terne, jusqu’au moment où son petit État fut réuni aux possessions de l’Église. On aurait peine à découvrir quelque entreprise d’art digne d’être rappelée. Tout au plus l’industrie des faïences semble-t-elle avoir pris quelque développement à Rimini vers la fin du siècle; nous savons du moins que Pandolfaccio envoya en 1490 des vases de fabrication indigène à Laurent le Magnifique*.

La forteresse des Malalesla au xv* siècle.

Revers d'une médaille de Matteo de' Pasti.

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