‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 51 sur 337 · GUID ANTONIO DE MONTEFELTRO · texte numérisé non relu

GUID ANTONIO DE MONTEFELTRO

quinzième siècle s’ouvre à Urbin, se distingue par ses vertus guerrières — c’est une des qualités maîtresses de ce petit peuple, — non moins que par la sagesse de son gouvernement. Il tenait néanmoins du condottière, comme tous les princes italiens du second rang, prêt à vendre son épée au plus offrant :

Bas-relief funéraire de Robert Malatesta. (Musée du Louvre.)

c’est ainsi qu’il servit et combattit tour a tour le pape et le roi de Naples : exemple qui fut suivi par son fils immortel, le duc Frédéric. Les souverains d’Urbin ne se piquaient d’esprit de suite que dans leurs rapports avec leur voisin, le seigneur de Rirnini, le turbulent et audacieux Sigismond Malatesta : vis-à-vis de lui ce fut une lutte de tous les jours.

Guidantonio parvint, par les armes comme par la diplomatie, a arrondir son petit État, qui empiétait sur l’Ombrie (avec Gubbio) aussi bien que sur la Marche d’Ancône; il réunit un trésor considérable et fonda la grandeur de Ii. Müntz. — I. Italie. Les Primitifs. *7

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sa maison. Mais rien ne nous prouve qu’il ait témoigné quelque intérêt aux arts de la paix, ni pris couleur dans la grande lutte entre les novateurs et les partisans du passé, cette lutte qui commençait à passionner toute l’Italie. Le seul artiste de marque qui travaillât à Urbin pendant son règne fut Ottaviano Nelli, un peintre ombrien passablement attardé, dont nous aurons l’occasion de dire un mot dans la suite. Lorenzo et Jacopo de San Severino exécutèrent en 1416 les fresques de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste, ouvrage fort intéressant, mais où l’on chercherait en vain quelque trace de l’esprit nouveau. Quand nous aurons nommé le peintre Antonio Alberti de Ferrare (14.39), artiste des plus médiocres, nous aurons épuisé la liste de ceux des maîtres qui firent quelque figure à Urbin au début du quinzième siècle1 2. Quoique perdue au milieu des montagnes, cette ville recevait de temps en temps la visite de quelque hôte illustre, qui, s’il n’apportait pas avec lui les chaudes et vibrantes aspirations de la Renaissance florentine, éveillait du moins par son exemple le goût de la magnificence chez une population sobre et pauvre.

Guidantonio laissait deux fils : l’un, légitime, Oddantonio, qui se rendit fameux par ses débauches et qui mourut assassiné après une année de règne seulement; l’autre, illégitime, Frédéric, qui porta si haut la gloire de la maison de Montefeltro*.

Frédéric, né en 1422, avait été élevé à Mantoue, sous la discipline du noble et vertueux Yictorin de Feltre, une des figures les plus propres à honorer et à faire aimer l’humanisme, le maître vénéré û qui les princes de la maison de Gonzague durent leur haute moralité et leurs ardeurs généreuses. Frédéric ne comptait que vingt-deux ans quand il fut appelé, en 1444, à succéder à Oddantonio, au milieu de difficultés sans nombre, dont il ne triompha que grâce à son énergie indomptable, grâce à ses talents militaires, qui furent de premier ordre. Epoux en premières noces de Gentile Brancaleoni, qui lui apporta en dot les villes de Saut’ Angelo in Yado et de Mercatello, il épousa en 1469 Battista Sforza, fille du seigneur de Pesaro, âgée de treize ans seulement.

Un héros et un sage, général vainqueur dans de nombreuses batailles, administrateur actif et intelligent de son petit duché d’Urbin, dont il fonda la prospérité, protecteur enthousiaste de la littérature et de l’art, nature essentiellement généreuse, esprit essentiellement pondéré, tel fut Frédéric de Montefeltro.

Dans ses Vies d'hommes illustres , Vespasiano dei Bistici nous trace le tableau le plus naïf et le plus attachant de cette existence si remplie, consacrée tout entière aux tâches les plus hautes. J’ai peine à résister à la tentation de traduire intégralement cette biographie curieuse, qui n’est pas connue dans notre

1 . On trouvera quelques autres noms dans YElogio storico di Giovanni Santi, par Pungileoni ; Urbin, 1822, p. 48 et suiv.

2. En admettant cette filiation, qui a été discutée, je suis l’opinion de M. Ugolini, le dernier en date des historiens d’Urbir.

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