FRANÇOIS SFORZA
quelque monarque de l’antiquité qu’à une citadelle. Sa réputation ne tarda pas à s’étendre au loin : bientôt il n’y eut plus d’étranger distingué de passage à Milan qui ne demandât la faveur de visiter cette huitième merveille du monde.
A côté du château, la construction favorite du duc François fut YOspedale maggiore, le grand hôpital. Ici encore il se servit de Filarete, qui, plus heureux qu’au château ou au dôme de Milan, y créa son œuvre maîtresse, une œuvre qui assura à son nom l’immortalité. La dédicace faite au duc du Traité if architecture nous révèle la cordialité des rapports entre l’artiste et son souverain.
Filarete ne fut pas, pendant le règne du duc François, le seul artiste florentin qui combattît à Milan pour le triomphe de la Renaissance. A partir de iq.56, Michelozzo Michelozzi y exécuta d’importants travaux, d’abord dans le palais donné par le duc à son ami Cosme de Médicis, ensuite dans la chapelle des Portinari, à Sant’ Eustorgio, cette chapelle dont les fresques si attachantes, avec les épisodes de la vie de saint Pierre Martyr, ont été retrouvées sous le badigeon en 1870 et fort habilement restaurées depuis. Quant aux relations de l’ingénieur-architecte Aristotele di Fioravante de Bologne avec les Sforza ', il suffit de les mentionner ici sommairement : l’art n’eut que peu à y voir.
François fit preuve de moins d’énergie ou de moins de goût dans le choix des sculpteurs et des peintres qu’il groupa autour de lui. Ils appartenaient pour la plupart à l’Ecole indigène, c’est-à-dire à une école passablement en retard sur ses rivales. Ce sont en général des noms peu connus, et il n’y aurait véritablement pas grande utilité à les reproduire ici (on trouvera des notices sur les principaux d’entre eux dans les chapitres consacrés à la peinture); mais ce qu’il importe de constater dès à présent dans l’histoire de cette école encore imparfaitement étudiée, c’est que, loin de se traîner, comme les Vénitiens ou les Siennois contemporains, dans l’ornière byzantine, elle développa un réalisme de bon augure (fresques des Besozzo; miniatures du Dittamondo , à la Bibliothèque nationale de Paris, etc.). Il lui suffira d’un rapide contact avec les principes supérieurs de Léonard de Vinci pour porter ces germes à leur maturité. L’influence du Pisanello et des nombreux Flamands ou Allemands qui sillonnaient la haute Italie n’aura pas été étrangère à ce résultat.
Le portail de l’ancien palais Vimercati, dans la Via Filodrammatici, exécuté d’après M. Lucas Beltrami, à qui je suis redevable de cette information5, entre les années iqÔp et 1468, nous frit connaître, mieux que tous les textes, l’état du goût milanais à l’époque du duc François. C’est une voûte en ogive, avec une ornementation moitié gothique, moitié antique (l’influence de l’antiquité perce surtout dans la profusion des génies nus); au sommet, la pomme de pin des Sforza, avec l’inscription : SI TE FATA VOCANT; au-dessous le buste en bas-relief du duc François; plus bas, à gauche, celui de Jules César (DI\ VS
1. Beltrami, Aristotele du Bologna al servira del duca di Milano : 144S-1464. Milan, 1888.
2. Voy. son ouvrage, il Castello di Milano, p. 86, et la Perseveran^a du 29 juin 1880.
IVLIVS); à droite, celui d’Alexandre le Grand (ALEXANDER M.). De même que l’heureux condottiere du quinzième siècle est associé à la gloire des deux plus illustres généraux de l’antiquité, de même les éléments antiques se marient pendant cette ère de tolérance aux derniers vestiges du moyen âge.
Une autre date précieuse nous est fournie par une médaille due à Pietro da Milano. Cet artiste y a représenté, en 1 462, un édifice conçu dans toutes les données du style nouveau ‘.
Parmi les fondations de François, une mention spéciale doit être accordée à
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Le portrait du duc François Sforza sur le palais Vimercati.
l’atelier ducal de tapisseries de haute lisse, dont il confia la direction à des artistes trançais et flamands. Nous en reparlerons dans le chapitre consacé à cette branche des arts décoratifs.
Comme plus d’un parmi ses contemporains, François Sforza demandait à l’art de servir ses haines aussi bien que ses affections. Ne pouvant plus atteindre, après son avènement au trône, l’ennemi de toute sa vie, le condottière Nicolas Piccinino, mort quelques années auparavant (1444), il voulut du moins se venger sur sa mémoire : en iq55 il donna l’ordre de détruire le mausolée qui avait été élevé à son habile et valeureux adversaire dans la cathédrale de Milan i 2.
La duchesse Blanche-Marie (mariée en 1441, morte en 1469), fille naturelle du dernier des Visconti et lien bien frêle entre l’ancienne et la nouvelle dynastie, seconda vaillamment son époux François, et dans la conquête du duché et dans cette autre forme de propagande qui s’appelle la culture des arts. Nous
1 . De Geymüller, les Projets primitifs pour Saint-Pierre de Rome, p. .33.
2. Annali délia Fabbrica del Diiomo di Milano, t. II, p. 1 3p.