‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 107 sur 284 · LA LOMBARDIE · texte numérisé non relu

LA LOMBARDIE

d’inspiration et de netteté, parfois aussi de précision, qui nous charme et nous subjugue.

L’apparition d’un artiste supérieur suffit parfois pour transformer et transfigurer une vaste région. Ce qu’avaient fait pour la Haute-Italie Giotto au xivc siècle et Donatello dans la première moitié du xvc siècle , Bramante le fit aux approches du xvie siècle. Sous son inspiration, des églises d’une élégance souveraine s’élevèrent jusque dans de petites villes, jusque dans des bourgs obscurs , qui durent aux croquis, que ce magicien semait a tous les vents, de voir inscrire leur nom au livre d’or de l’art.

Sur ce point, mais sur ce point seulement, les destinées de la Lombardie se rapprochent de celles de l’Ombrie. De même qu’un rapide passage de Bramante suffit pour peupler d’une série de merveilles cette dernière province, à Spolète, a Foligno, à Città di Castello, à Spello, à Todi, de même, sous son action fécondante, s’élevèrent les superbes églises de Lodi , de Crema , de Saronno , de Legnano , pour ne point parler de celles de Milan et de Pavie, ni de tant de palais.

L’Urbinate Bramante avait transformé l’architecture de la Lombardie, le Florentin Léonard de Vinci transforma de son côté la peinture. Bientôt, parallèlement aux personnalités éminentes de l’École indigène, les Foppa, les Zenale, les Borgognone, se forma le brillant essaim léonardesque, avec Solari, Cesare da Sesto, Boltraffio, et surtout avec les disciples indirects, le Sodoma, Bernardino Luini et Gaudenzio Ferrari.

Dans la sculpture lombarde, l’intervention d’un homme de génie, d’un

E. Müntz. — II. Italie. L’Age d’Or.

Candélabre de Santa Maria in Organo. (Fragment.) Par Fra Giovanni de Vérone.

émule de Bramante ou de Léonard, voilà ce qui fit défaut. Aucune école italienne contemporaine ne fit preuve d’autant d’activité, ni même d’autant de talent, Michel-Ange, naturellement, toujours excepté. Mais, privés de toute direction supérieure, les Mantegazza, les Omodeo, les Solari, les Rodari, les Caradosso, les Andrea da Fusina, les Bambaja, ne s’élevèrent très haut ni pour l’expression, ni pour le style. Un adoucissement, et on serait tenté de dire un amollissement progressif, certainement dû à l’influence de Léonard, tel fut au début du xve siècle le trait distinctif de ces artistes naguère si rocailleux.

En nous dirigeant vers l’Ouest, nous rencontrons successivement les villes de Crémone, de Crema, de Brescia, de Caravage, de Bergame, de Côme, de Legnano, de Lodi et de Pavie, puis de Vigevano, d’Abbiate Grasso, de Busti Arsizio, de Lugano, qui reconnaissent les lois de l’École milanaise, tout en conservant chacune un éclat qui lui est propre.

De toutes ces villes grandes ou petites, il n’en est pas une qui ne forme le centre d’un mouvement aussi varié que complet, avec des humanistes, des Mécènes ou des collectionneurs faisant pendants à un bataillon d’architectes, de sculpteurs, de peintres, d’intarsiateurs, d’orfèvres et de décorateurs de toute sorte. Assurément, ailleurs aussi les historiens locaux peuvent nous opposer une kyrielle de noms, mais en matière d’art les talents se pèsent et ne se comptent pas. Or ici la Haute-Italie a pour elle le nombre aussi bien que le poids.

A Crémone (t. I, p. 1 9 1 ), patrie du poète Vida et de toute une phalange de peintres distingués, Boccacio Boccaccino et son fils Camillo, Pietro Bembo et Gian Francesco Bembo, Altobello Melone, les Campi, Cristoforo Moretto, un groupe de constructions intéressantes, religieuses ou civiles, voient le jour : la chapelle « del Christo risorto » (i5o3) et le cloître des « Umiliati », qui, d’après le Cicérone, Prit penser à Bramante, les palais Trecchi, Stanga (dont la porte a été acquise parle Musée du Louvre, voy. t. I, P- 192), Raimondi, etc. Deux statuaires de mérite, Amadeo ou Omodeo et Benedetto Briosco, sculptent au dôme, le premier la chaire (1482), et le second la châsse des SS. Pierre et Marcellin ( 1 5op) . A Saint-Augustin, le Pérugin peint en 1494 un retable, encore en place, la Vierge entre saint Joseph et saint Augustin. Au dôme également, un artiste indigène, Giovanni -Maria Platina, exécute en 1489 de très belles stalles en marqueterie.

Crema a pour ornement principal le « Santuario délia Madonna », je veux dire la riche et pittoresque église commencée en 1498 sous la direction de Giovanni Battachio de Lodi, et terminée en i5oo sous celle d’Antonio Montanara. Le Vénitien Michiel loue en outre « la elegante forma » de l’église de S. Spirito (transformée en théâtre), de même qu’il signale une série considérable de fresques ou de tableaux, dus à Vinc-enzo Civerchio, à Vincenzo Bressano le Vieux, à Giov. Cariano de Bergame, à Gianpiero de Valcamonica, et

Page 1