I. Piot, le Cabinet de l'Amateur , i8Ô2-i863, p
souvent au fond de « cortiles » obscurs, dans des rues sans apparence. En outre cette cité, si longtemps opprimée par l’étranger, n’a point de physionomie caractéristique ; enfin, et pour comble, la nature l’a peu favorisée : point de cadre pittoresque, point de repoussoirs vigoureux. Mais que le touriste prenne patience : qu’il ne compte point avec son temps, suivant en cela l’exemple de Léonard, ce grand oisif si laborieux; il trouvera dans l’étude de ces fresques, de ces terres cuites qui se dérobent, loin de s’afficher, une allure si grande, un flaire si large, une telle suavité d’expression, que seuls peut-être les plus purs chefs-d’œuvre de l’art hellénique peuvent le transporter dans une telle atmosphère d’extase.
A l’effervescence qui caractérise le Milanais correspond la lourdeur des provinces voisines, le Piémont, les marquisats de Montferrat et de Saluces. Nous n’avons que peu de faits nouveaux à ajouter à ceux que nous avons rapportés dans notre précédent volume (p. icp-197). L’apparition du Sodoma (1477-1549), qui quitta d’ailleurs tout jeune sa ville natale Verceil, et celle du suave, on serait tenté de dire du doucereux Gaudenzio Ferrari (1484-1 649), né à Valduggia, près de Novare, voilà les deux événements les plus marquants dans les annales artistiques de ces provinces. Un autre artiste piémontais célèbre, l’architecte Bartolommeo Baronino de Casale ( T 5 1 1 — 1 554), ne parut que plus tard. Dans la même ville de Casale, le marquis Guillaume de Montferrat employa un habile élève de Mantegna, G. Francesco del Caroto (1470-1546), qui remplit de peintures le palais et les églises. Caroto modela en outre, vers 1 5 1 7, la médaille de Boniface Paléologue, fils de Guillaume.
Tandis que Christophe Colomb portait au loin la gloire du nom génois, sa patrie n’accueillait qu’avec indifférence les principes nouveaux, dont l’un du moins, l’esprit d’investigation et le goût des voyages, s’était si brillamment incarné dans ce grand explorateur (t. I, p. 197-199). Cette cité anarchique entre toutes, qui changea peut-être vingt fois de gouvernement en vingt ans, se montrait impuissante à se fixer, à se cristalliser. Rien n’égalait la pénurie de la colonie artiste indigène. Tous les sculpteurs qui s’y signalèrent venaient du dehors : Nardo Ricomanno de Sarzane (fixé à Gênes à partir de 1 q5 2) , l’auteur présumé du Saint Georges sculpté en bas-relief sur une maison de la « Piazza San Matteo » , aussi bien que Matteo Civitale et Andrea Sansovino, qui ornèrent de statues une des chapelles du dôme; Benedetto de Rovezzano et Donato Benti de Pietrasanta, qui sculptèrent en 1499 la tribune des chanteurs de l’église Santo Stefano, aussi bien que Giovanni et Silvio de Fiesole, qui travaillèrent au palais Doria.
Malgré sa stérilité, Gênes formait, comme Pise, un centre d’exportation assez important, mais elle devait sa vogue aux facilités du transport par mer,