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LES ENTABLEMENTS

antique de Rome, ce fut à la condition d’en augmenter les proportions pour l’usage auquel il le destinait : on peut même dire, déclare Vasari, qu’il imita avec un tel art l’œuvre d’autrui, qu’il se l’appropria complètement. L’erreur commise par un autre architecte florentin, Baccio d’Agnolo, prouve avec quelle circonspection il fallait procéder en de pareils emprunts. Voulant imiter le Cronaca, il couronna la petite façade du palais Bartolini, à Florence, par un immense entablement antique, copié point par point sur le frontispice de Monte Cavallo; le résultat fut médiocre. Vasari compare l’ensemble à une toute petite tête sous un énorme chapeau.

La manie imitative l’emporta d’ailleurs de jour en jour dans les differentes parties de l’entablement. Si l’auteur de celui de Sainte-Marie des Grâces, près d’Arezzo, conserve encore une liberté et une fantaisie dignes d’admiration, Bramante, dans le « Tempietto » et dans le palais qu’il construisit à Rome pour son usage personnel, poussa le culte de l’antiquité jusqu’à taire usage de triglyphes.

Quelle attitude l’Age d’Or prit-il vis-à-vis de la polychromie1? Cette question comporte des réponses multiples, selon les régions que l’on envisage. En Lombardie, où la brique domine, la polychromie résultait de l’emploi même de matériaux teintés avec plus ou moins d’intensité. Des terres cuites historiées y venaient encore ajouter à l’effet (Santa Maria delle Grazie à Milan, Chartreuse de Pavie). Mais au fur et à mesure que l’on se rapproche de la Vénétie, des peintures d’histoire ou d’ornement, souvent exécutées par les maîtres les plus éminents, remplacent sur les façades toute autre décoration. Cette tendance, que l’on observe déjà à Bergame, s’affirme à Vérone et l’emporte décidément à Venise, où le Giorgione, le Titien, le Véronèse, le Tintoret et tant d’autres peintres célèbres remplissent le rôle, aujourd’hui si dédaigné, de « peintres en bâtiments ». Est-il nécessaire d’ajouter que c’est à peine s’il reste quelque trace de cette décoration, qui doit être absolument proscrite, en raison de son peu de durée. A Florence, si les palais de l’ancien type, tels que les palais Strozzi et Gondi, excluent toute polychromie, celle-ci reprend ses droits dans des constructions moins monumentales, soit sous forme de fresques, soit sous forme de graffites : on peut citer comme un superbe exemple de ce

i . Bibl. : I. I, p. SyS-âqô. — Burckhardt, Gescliichle , p. 33o-34.5.

E. Münlz. — II. Italie. L'Age d’Or.

La Corniche de Sainte-Marie des Grâces, près d’Arezzo.

dernier genre de décoration le palais Guadagni, longtemps attribué au Cronaca. Le peintre Maturino se rendit célèbre dans cette spécialité. Nous savons qu’à Sienne le Sodoma et Beccafumi ornèrent également de fresques les façades de différents palais. A Rome, les deux courants, la monochromie et la polychromie, se trouvèrent aux prises. Si Bramante prit résolument parti pour la première (palais delà Chancellerie et palais Giraud, basilique de Saint-Pierre, etc.), son disciple Raphaël ne dédaigna pas de peindre de sa main ou de faire peindre sous sa direction les façades de plusieurs palais. Pour celui des Battiferri il ht choix de la Forge de Vulcain. Ses élèves Vincenzo da San Gim'ignano, Polidoro da Caravaggio, Perino del Vaga se distinguèrent dans cette branche. Souvent on faisait usage de peintures en camaïeu, ce qui donna lieu à de graves abus. Confondant les genres, des peintres prirent plaisir à imiter avec le pinceau des niches ornées de statues. De tels trompe-l’œil ne sauraient être assez sévèrement condamnés.

Dans la décoration et I’ornementation architecturales, les deux courants qui luttaient depuis si longtemps l’un contre l’autre s’accusent avec non moins de netteté que dans l’ordonnance même des édifices. D’une part, les ornemanistes à outrance, c’est-à-dire les représentants du passé, les représentants des Ecoles lombarde et vénitienne, avec leur ornementation pittoresque, touffue, exubérante, notamment à la Chartreuse de Pavie ; ces amoncellements de candélabres, de trépieds, de médaillons, de festons, de groupes d’anges priant, chantant ou portant les instruments de la Passion.» De l’autre, les champions de la ligne, c’est-à-dire les architectes des Ecoles florentine et romaine, soucieux avant tout de ménager les transitions, de tondre intimement l’ornementation dans les éléments architecturaux, en vue d’épurer la forme et de lui donner le rythme. Chez eux et bientôt d’un bout à l’autre de l’Italie, le placage, les filigranes de la Première Renaissance font place à des formes mieux digérées.

Il s’agit, bien entendu, de l’ornementation architecturale, de l’ornementation des extérieurs, non de celle des intérieurs, car, quant à celle-ci, le Nord et le Centre de l’Italie sont d’accord pour lui donner le plus de richesse et de variété possible.

Eu égard à l’ornementation architecturale, le trait dominant, chez les Florentins et les Romains, est la substitution des ornements classiques, si froids et si vides, aux ornements nationaux des âges antérieurs, si pittoresques, si personnels et si vivants. A peine découvre-t-on encore de loin en loin quelques emprunts faits au blason du bâtisseur : les armoiries de Jules II et de Léon X sur plusieurs des églises ou palais élevés par ces souverains pontifes, les roses du cardinal lliario sur le palais de la Chancellerie, les pavots des Bartolini sur le palais dont ils confièrent la construction à Baccio d’Agnolo. Partout ailleurs triomphe l’ornementation classique : oves, palmettes, méandres, grecques, etc., bref tous ces motifs insipides à force d’avoir été ressassés. J’ajouterai même que

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