‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 137 sur 284 · U Architecture de la Renaissance en Lomlmrdie , p · texte numérisé non relu

U Architecture de la Renaissance en Lomlmrdie , p

2. Voici les critiques formulées contre Sainte-Marie des Grâces par Paravicini : «Cette partie du temple, telle que nous la voyons aujourd’hui, se compose d'un grand corps cubique duquel se détachent trois absides très élégantes. La partie carrée se transforme en un prisme à seize côtés et se termine par une cage à colonnes sur laquelle vient se poser le toit ; le tout est couronné par un gracieux lanterneau. La partie cubique, outre le soubassement, se compose de trois étages superposés qui, à l’exception du dernier, s’étendent également aux absides. Le premier consiste en simples panneaux encadrés de terres cuites entre lesquels sont placées les fenêtres rectangulaires des absides. Le second présente des pilastres alternant avec des demicolonnes à candélabres, des médaillons et des guipures également en terre cuite; enfin, le dernier étage se compose de simples panneaux avec fenêtres et lunettes rondes. L’ensemble de toute cette reconstruction laisse voir une telle indécision de style, une ornementation si pénible et même si irrationnelle dans quelques parties, si opposée enfin à la manière élégante et forte de Bramante, que non seulement on doit absolument nier toute coopération de sa part, mais encore être convaincu que ces travaux furent dirigés sans unité de conception architecturale et décorative, par différents architectes qui se succédèrent les uns aux autres. En effet, le toit de

Plan de l'église Sainte-Marie des Grâces à Milan.

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Vue générale de l’église Sainte -Marie des Gerces a Milan.

dans un dessin assez maladroit appartenant à l’Académie royale d’Urbin', explique ces inégalités par une absence momentanée de Bramante, que les travaux du palais de la Chancellerie appelaient à ce moment à Rome. Il ajoute que la coupole a dû être achevée dès 1497 et que l’on retrouve déjà dans le projet de la lanterne destinée à surmonter le dôme la silhouette du « tempietto » de San Pietro in Montorio, et le parti pris général de la lanterne du futur Saint-Pierre de Rome. Comme dans cette dernière, le portique à jour est remplacé ici par un pourtour fermé, orné de colonnes engagées. Bramante, d’après M. de Geymüller, y révèle un tempérament de peintre, désireux de s’affranchir de la tyrannie des ordres; grâce à sa science des proportions, il peut braver impunément les dangers de la monotonie et superposer huit fois la même mesure dans la hauteur totale de l’édifice, sauf à diviser celle-ci en deux moitiés égales, et en introduisant autant de fois le rapport de un à deux.

Dans son état actuel, le monastère de Saint-Ambroise ne reproduit qu’une partie du projet de Bramante. M. de Geymüller fait honneur à celui-ci de la belle disposition des deux cloîtres carrés. La forte prépondérance de l’étage inférieur, qui est ouvert, enlève, dit-il, à l’étage supérieur, qui est fermé, toute apparence de lourdeur et produit cette impression de légèreté que l’on admire dans la cour du palais de la Chancellerie.

Parmi les autres constructions milanaises dignes d’être attribuées à Bramante, on cite le cloître situé entre l’église et la sacristie de Sainte-Marie des Grâces, les deux cloîtres de « San Pietro in Gessate », le côté gauche extérieur et le premier cloître de Santa Radegonda, différentes parties du château ducal, la grande cour de l’archevêché, une des cours du Broletto (Marché au Blé) et diverses maisons dont on trouvera la liste dans les travaux de M. de Geymüller et de M. de Seidlitz.

En dehors de Milan, les principales villes qui s’honorent de posséder des ouvrages de Bramante sont Vigevano, Pavie, Côme et Abbiate Grasso.

Au Château de Vigevano, près de Milan, Bramante dirigea, surtout pendant les années 1492 et suivantes, un certain nombre de constructions, dont il ne

la partie rectangulaire du chœur vient couvrir les doubles-fenêtres du pourtour extérieur de la coupole et, tandis que l’abside centrale se trouve divisée en cinq compartiments réguliers, les absides latérales le sont en sept, ce qui dérange toute leur ornementation. La partie polygonale de la coupole ne présente pas moins d’irrégularité, puisqu’elle est plus large que le corps central qui lui sert de base; de cette façon une partie du polygone pose à faux;' aussi déjà en 1598 on fut obligé de restaurer entièrement la coupole, qui menaçait ruine. O11 peut donc conclure que dans toute cette reconstruction, ordonnée par Louis le More, Bramante n’eut que voix consultative. C’est tout au plus s’il donna les grandes lignes du plan général, qui furent altérées au fur et à mesure qu’avançaient les travaux. (L 'Architecture de la Renaissance en Lombardie, p. 5.)

]. Galette archéologique, 1887, p. 162-177.

BRAMANTE

subsiste qu’une loge, avec sept arcades aujourd’hui murées1, peut-être aussi quelques « sgraffiti ».

A Pavie, Bramante intervint plusieurs fois dans la construction de la cathédrale ; M. de Geymüller lui fait honneur de l’invention des profils excellents qui distinguent les piédestaux du choeur et le soubassement de la

Église Santa Maria à Abbiate Grasso, par Bramante.

sacristie, ainsi que du système d’éclairage si original de la crypte. Ce fut toutefois un autre maître, Cristoforo Rocchi, qui fut chargé de composer le modèle en bois que l’on conserve de nos jours encore à la cathédrale.

Deux autres monuments, l’église octogonale « Santa Maria di Canepanova » (1492), réplique plus ou moins modifiée de la sacristie de San Satiro, ainsi qu’un palais à deux étages, situé Corso Cavour, n" 3o, perpétuent à Pavie le souvenir de Bramante. A la Canepanova on remarque déjà le motif que le

1 . De Geymüller, les Projets primitifs, p. 5o. — La Renaissance au temps de Charles VIII, p. 247-248 (avec une gravure).

maître employa plus tard si habilement au cloître de la « Pace » à Rome : des colonnes posées en porte-à-faux sur le sommet des arcades inférieures.

A Corne, de même qu’à Pavie, Bramante dut formuler à diverses reprises des propositions pour l’achèvement ou la décoration de la cathédrale. M. de Geymüller, qui lui attribue l’ouverture du revêtement extérieur des façades latérales de la net (la porte sud date de 1491), affirme que la beauté et l’ampleur du dessin des deux corniches principales, le détail sobrement profilé des contreforts avec leurs gargouilles en forme d’urnes portées par des atlantes, font présumer que ces parties furent exécutées d’après les dessins de Bramante, mais en dehors de sa surveillance personnelle1.

Tous ces ouvrages, plus ou moins fragmentaires, sont éclipsés par la façade si simple, si grandiose, si saisissante, de l’église d’Abbiate Grasso. Cette façade (avec la date 1477 d’après M. de Geymiiller, et 1497 d’après M. de Seidlitz) procède sur plusieurs points de la façade de Saint-André de Mantoue, un des chefs-d’œuvre d’Alberti. Ici comme là le motif principal se compose d’une arcade gigantesque; mais, malgré cette analogie générale, les innovations introduites par Bramante dans son projet en font une œuvre absolument originale. Et tout d’abord l’arcade occupe chez lui toute la largeur de la façade, tandis que chez Alberti elle est flanquée de quatre pilastres et de quatre niches disposées sur deux étages; en outre, l’entablement, qui occupe une place très considérable dans l’œuvre de l’architecte florentin, a disparu dans l’œuvre de l’architecte d’Urbin, ce qui augmente l’effet de l’arcade; enfin, aux pilastres occupant toute

hauteur de la façade, depuis le bas jusqu’à l’entablement, Bramante a substitué deux ordres de colonnes destinés eux encore à faire ressortir l’arcade, au lieu de l’écraser. Dans cette page monumentale, si riche et si sobre, Bramante prélude au style qui s’affirmera dans ses constructions romaines, notamment dans la célèbre niche (« il nicchione ») du jardin supérieur du Belvédère.

Une foule d’autres constructions, soit à Milan, soit dans les environs, soit aux extrêmes confins du Milanais, églises, monastères, palais, etc., dérivent de modèles composés par Bramante. Celui-ci, de même que Léon-Baptiste Alberti, semble avoir surtout pris plaisir à tracer des plans sur le papier; la surveillance directe des travaux l’intéressait beaucoup moins; peut-être même dédaignait-il certaines connaissances pratiques. Nous savons du moins que les constructions qu’il dirigea à Rome pour Jules II manquaient parfois de solidité : il est vrai qu’il les avait élevées avec une extrême précipitation, sur les instances mêmes du Pape.

Parmi ces édifices inspirés de plans de Bramante, la « Madonna di Piazza », à Busto Arsizio, mérite le premier rang. Rectangulaire à l’extérieur, octogonale à l’intérieur, cette église tire son principal effet du contraste entre la simplicité de l’ordre inférieur (quatre pilastres massifs et trois oculi) et la richesse de sa

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