Les Projets primitifs, p
E. Müntz, — II. Italie. L'Age d'Or.
nous répondre : « La disposition des piliers
(gravée t. I, p. 480), et différents monuments signalés par M. de Geymüller (p. 32-33).
Telle était la liberté laissée à l’artiste dans ces régions un peu attardées, et par conséquent passablement éclectiques encore, qu’il put faire usage, sans provoquer de scandale, de l’arc ogival : il l’employa pour continuer les travaux de 1’ « Ospedale Maggiore » de Milan, donnant ainsi un rare exemple de tolérance et de goût.
L’avouerai-je ? je 11e puis me déiendre de la pensée que l’ignorance des modèles antiques, ces modèles relativement rares dans la Haute Italie, jointe à l’ignorance des écrits de Vitruve, ne contribua pas peu à donner aux créations de la période milanaise de ce grand enchanteur leur aisance et leur légèreté inimitables, quelque chose comme le sourire de Léonard traduit en architecture. Une lois établi à Rome, il visera davantage au style classique : il fera plus grand, mais fera-t-il aussi vivant?
L’emploi des matériaux si souples et si maniables qui étaient à peu près seuls en usage dans ces régions, je veux dire la brique et la terre cuite, acheva de favoriser l’essor des qualités admirables qui sommeillaient en Bramante : il lui permit de déployer toute sa fantaisie et toute sa grâce, en se jouant en quelque sorte des difficultés techniques.
D’après Vasari, dont le récit abonde en anachronismes et en contradictions, Bramante aurait commencé ses études d’architecture en suivant avec assiduité les travaux du dôme de Milan. Mais les comptes de cette construction publiés in extenso ne mentionnent le nom de l’architecte urbinate qu’en 1488 et en 1490, c’est-à-dire à une époque où il était déjà célébré.
La chronologie des édifices élevés par Bramante à Milan est passablement obscure. Nous savons seulement que la sacristie de San Satiro remonte à iq85, au plus tard, que le cloître (« la Canonica ») de Sant’ Ambrogio fut commencé en 1492, et que les parties orientales de Santa Maria delle Grazie, jusque sous le tambour, datent de la même époque. Vers la fin de l’année 1493, le maître quitta temporairement le service de Ludovic pour se rendre à Florence et à Rome. Mais dès 1494 il travaillait de nouveau à Vigevano, où une loge aujourd’hui murée proclame hautement son intervention. Le dernier ouvrage à date certaine dirigé par lui à Milan fut le monastère de Sant’ Ambrogio (aujourd’hui hôpital militaire); Ludovic le More posa, en 1498, la première pierre de cette construction, que les événements ne tardèrent pas à interrompre.
Examinons successivement ces différents monuments.
A « Santa Maria presso San Satiro », Bramante construisit le transept, la nef, l’abside, avec un curieux effet de trompe-l’œil, et la sacristie octogonale (gravée p. 844), enrichie des merveilleuses terres cuites de Caradosso (la façade de l’église est moderne, à l’exception du soubassement; elle a pour auteur Vandoni). Dans la sacristie, l’ornementation est d’une variété et d’une
BRAMANTE
fraîcheur qui défient l’analyse : les chapiteaux se composent tantôt d’une cuirasse à laquelle se rattachent, au moyen de rinceaux, des dauphins dont
L'Architecture lombarde a la fin du xv“ siècle. Fac-similé d’une estampe attribuée à Bramante.
la tête forme volute; tantôt d’hippocampes affrontés, tantôt de sphinx; ailleurs un enfant assis tient deux cornes d’abondance; puis nous avons la vaste feuille d’acanthe qui recouvre toute la moitié inférieure des piliers. Rien
qu’à l’originalité et à la sûreté avec laquelle sont combinés ici les differents éléments, on reconnaît l’architecte de génie.
Dans le cloître (« la Canonica ») de Saint-Ambroise on loue la beauté des proportions, la perfection des saillies, le mouvement des profils et le dessin des chapiteaux. Le maître y fit de la polychromie à l’aide de matériaux de couleurs différentes. Les colonnes de granit, à chapiteaux très variés en marbre noir, sont, d’après Paravicini, d’une élégance de dessin et d’une perfection d’exécution surprenantes. « Ces chapiteaux sont surmontés d’un entablement sévère et bien profilé sur lequel viennent reposer les arceaux, ce qui donne de la légèreté et de l’air à l’ensemble. Des clefs en marbre noir, très élégantes et très variées de forme, se montrent au sommet de chaque archivolte et viennent rompre d’une façon très heureuse les lignes des moulures en terre cuite. Les colonnes qui se trouvent aux angles du portique et celles qui occupent les côtés de la partie centrale ont leur fût à saillies symétriques imitant des troncs d’arbre avec des tronçons de branches h »
En ce qui touche Sainte -Marie des Grâces, plusieurs savants modernes ont pris texte de certaines imperfections pour enlever à Bramante la paternité de cette œuvre, somme toute encore si originale et si grandiose2. Mais M. de Geymüller, en se fondant sur les corrections introduites par le maître lui-même