De Paris à Venise, p
2. Voy. les articles de MM. Melani et Caffi dans Arte e Storia, 1890, p. 1 3 1 et suiv.
FRA GIOCONDO
se distingue par l’arrangement de ses fenêtres; celles-ci, cintrées au premier étage, rectangulaires au second et au troisième, sont groupées deux par deux, ce qui produit un effet assez bizarre. On remarque en outre le couronnement composé de merlons, qui rappellent par leur arrangement général, sinon par leur forme, les motifs orientaux.
A Padoue, les deux monuments les plus importants de cette période sont la Loge du Conseil, commencée en iqçd sur les plans d’Annibale Bassano, continuée, dit-on , sous la direction du Ferrarais Biagio Rossetti, édifice élégant, mais un peu froid et nu, et l’église Sainte-Justine, commencée en i5o5, soit d’après les plans d’Andrea Riccio, le célèbre sculpteur, soit peut-être d’après ceux de Fra Giocondo. Ce sanctuaire s’impose à l’attention par la recherche de la grandeur unie à la simplicité, par la multiplicité de ses coupoles, par ses piliers massifs avec leurs chapiteaux ioniques et leur entablement savamment rythmé. Le jugement sévère porté sur lui par Lance — qui l’a appelé glacial — n’a pas été ratifié par la critique.
A Vérone, et nous sommes en droit de l’ajouter, dans la région comprise entre Venise et Milan, le , La Façade du Palais des Doges. (Fragment.) nom de Fra Giovanni Giocondo ',
architecte et ingénieur des Papes, de l’Empereur, des rois de France, de la République de Venise, prime tous les autres. Les informations que l’on possède sur cet artiste éminent, qui fut doublé d’un théoricien hors ligne et d un
1. Bibl. : Tipaldo, Elogio di Fra Giovanni Giocondo. Yo. nise, 1840 (nouv. édit. Mestre, 1 87 5 ) . — Marchesc, Memorie dei più insigni Piltori dommicani (biographie pleine d’erreurs). — Orti Manara, dei Favori arclntettonici di Fra Giocondo in Verona. Vérone, 1 8553. — De Geymüller, Ceiüo Discgni incditi di Arcliitellura, d'Ornato c dt Figure di Fra Giovanni Giocondo. Florence, Paris et Vienne, 1882.
philologue non moins remarquable, pèchent malheureusement par leur laconisme et leur pénurie. Il y a peu d’années encore, on ignorait jusqu’à la date de sa mort, que les uns plaçaient en 1 5 1 8, d’autres en i5iq, d’autres même, comme le P. Marchese, en i52ç. Aujourd’hui nous savons du moins que la vie de Fra Giocondo ne se prolongea pas au delà de 1 5 1 5. On s’est souvent demandé en outre si Fra Giocondo était Franciscain ou Dominicain. Sans vouloir entrer dans une discussion en réalité assez oiseuse, je me bornerai à faire remarquer que les pièces comptables contemporaines (1496 et années suivantes) font du « Frate » un membre de l’ordre de Saint-François, et que Luca Pacioli, Franciscain lui-même, le range parmi ses coreligionnaires.
Un autre problème, bien autrement grave, s’impose à nous dès le principe. Fra Giocondo était-il véritablement architecte, ou bien n’excellait-il pas plutôt uniquement dans l’art de l’ingénieur? Ecoutons à ce sujet le savant auteur de la Renaissance en France , M. Léon Palustre : « A Venise, déclare M. Palustre, à Paris, à Vérone et dans les différents lieux où il se montre successivement, Fra Giocondo élève des fortifications, construit des ponts, creuse des canaux; il découvre le moyen de lutter contre l’affouillement des eaux, mais jamais nous ne le trouvons dirigeant les travaux d’un grand édifice, faisant, en un mot, œuvre d’artiste en même temps que de constructeur. S’il donna les plans d’un nouveau quartier à élever sur l’emplacement de celui du Rialto incendié, on 11e saurait s’autoriser de ce fait pour contredire notre assertion. Encore moins le concours qu'il prêta à Raphaël, chargé, après la mort de Bramante, de poursuivre l’achèvement de Saint-Pierre, fournirait-il des armes contre nous, puisque tout se borna, au dire de Vasari, à la consolidation d’un édifice qui, bâti avec trop de précipitation, menaçait ruine de divers côtés. Nous n’ignorons pas, il est vrai, que le même auteur, après avoir parlé de la construction du pont Notre-Dame, ajoute ces mots : « Fra Giocondo fit pour « Louis XII, dans tout le royaume, quantité d’ouvrages ; mais il suffit d’avoir « mentionné le plus important. » D’où il faut conclure, à notre avis, que l’on a fiait jusqu’ici fausse route en attribuant au moine italien des châteaux comme Gaillon ou des palais comme celui de la Chambre des comptes; les travaux qu’il exécuta de ce côté-ci des monts ne pouvaient à ce point différer de ceux qu’il a laissés dans sa patrie, et, quand bien même la phrase citée plus haut ne nous l’indiquerait pas, le simple bon sens suffirait pour nous en avertir — Mais il n’en est pas moins utile de constater que, même dans les publications entreprises par le célèbre Frate, excepté pourtant celle des Lettres de Pline, dont la découverte dans une bibliothèque de Paris fut uniquement due au hasard, se manifestent ouvertement les préoccupations de sa vie entière. Qu’il enrichisse d’annotations une édition de Vitruve, ou qu’il porte son attention sur les Commentaires de César, c’est toujours le praticien habile qui seul se montre à nos yeux1. »