‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 158 sur 284 · Odorici, Guida di Brescia, p · texte numérisé non relu

Odorici, Guida di Brescia, p

CONCLUSION

s’étaient laissé à tout instant dominer par la fantaisie, oubliant l’ensemble pour un motif plus ou moins séduisant. Désormais la subordination est complète. On devine l’influence des doctrines de Platon, qui avait déclaré que « l’unité est un des caractères essentiels de la beauté, que rien n’est beau sans l’harmonie, qu’en toute chose la mesure et la proportion constituent la beauté comme la vertu ». — Grâce à cette connaissance des proportions, Bramante put faire également grand, qu’il construisît le « tempietto » microscopique de « San Pietro in Montorio » ou la gigantesque basilique du Vatican.

Partout le culte de l’antiquité, en d’autres termes le culte des formes épurées et idéales, ainsi que les instincts des races méridionales, avec les diverses manifestations qui en sont inséparables (prédominance des lignes horizontales sur les lignes verticales, substitution de l’éclairage direct au clairobscur, etc.), triomphent du style gothique, en qui s’étaient incarnées avec tant de puissance les aspirations de la France du Nord. O11 ne peut que féliciter les représentants de l’Age d’Or des progrès accomplis dans ce sens : étant donnée l’imitation, je veux dire l’interprétation de l’antiquité et la mise en œuvre des règles de Vitruve, mieux valait, somme toute, une connaissance approfondie des principes propres à l’antiquité, de l’ampleur, de l’harmonie, qui les caractérisent, que l’à-peu-près des Primitifs.

La Renaissance, ère de conciliation — je devrais ajouter d’imitation — s’il en fut, s’efforça néanmoins de tirer parti des découvertes du moyen âge : elle remit en honneur la coupole des Byzantins, les galeries extérieures et bien d’autres combinaisons encore du style roman.

La recherche des formes régulières, je dirai presque des formes géométriques, sans être poussée aussi loin que dans la période romane, le fut beaucoup plus que pendant la période gothique. L’Age d’Or, gagné par les doctrines de Platon, avait pris le goût de l’absolu, et poursuivait la beauté immanente et non plus la beauté relative. Volontiers il aurait invoqué, avec Diotime, « cette beauté éternelle, non engendrée et non périssable, exempte de décadence comme d’accroissement, qui n’est point belle dans telle partie et laide dans telle autre, belle seulement en tel temps, dans tel lieu, dans tel rapport, belle pour ceux-ci, laide pour ceux-là; qui n’a point de forme sensible, un visage, des mains, rien de corporel; qui n’est pas non plus telle pensée, ni telle science particulière; qui ne réside dans aucun être différent d’avec lui-même, comme un animal, ou le ciel, ou la terre, ou toute autre chose; qui est absolument identique et invariable par cela même; de laquelle toutes les autres beautés participent, de manière cependant que leur naissance ou leur destruction ne lui apportent ni diminution, ni accroissement, ni le moindre changement ».

Le courant néo-platonicien qui, développé d’abord à Florence, sous les auspices des Médicis, avait trouvé son premier interprète, fort inconscient à coup sûr, en Brunellesco ; ce courant qui avait ensuite inspiré Alberti et

Fra Luca Pacioli1, finit par entraîner Bramante. Aussi longtemps que ce prince des architectes avait habité la Lombardie, il n’avait fait que du relatif, modifiant son style selon les besoins de ses clients et selon la nature des matériaux; à Rome, au contact de monuments résumant les aspirations d’un monde et celles d’une longue série de siècles, il voulut faire de l’absolu, du beau éternel et universel. Devenu spiritualiste à outrance, il ne compta plus pour rien l’individu, la race, le climat, et rêva un idéal qui fût de toutes les latitudes : illusion féconde, qui a fait de l’architecture classique comme une langue internationale, avec des différences d’accent correspondant aux différentes régions, mais, somme toute, intelligible de nos jours encore d’un bout à l’autre de l’Europe, dans les deux Amériques et jusque dans la lointaine Australie. On pourra nier les bienfaits de cette révolution, on n’en saurait nier la portée.

Ne trouvons-nous pas ici encore l’application de cette théorie de Platon si étrange, et cependant si suggestive : « Le propre de l’homme est de comprendre le général, c’est-à-dire ce qui dans la diversité des sensations peut être compris sous une unité rationnelle. Or c’est là le ressouvenir de ce que notre âme a vu dans son voyage à la suite de Dieu, lorsque, dédaignant ce que nous appelons improprement des êtres, elle levait ses regards vers le seul être véritable 2 . »

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