‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 159 sur 284 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

PROMPT ÉPANOUISSEMENT ET PROMPTE DÉCADENCE DE LA SCULPTURE ITALIENNE. — L’iNFLUENCE DE L’ANTIQUITÉ ET L’iNFLUENCE DE MICHEL-ANGE. — LES PROCÉDÉS. - — LES IDÉES ET LES SUJETS. — LE STYLE.

i l’on ne considère qu’un certain nombre de pages éclatantes, telles que la Statue équestre du Colleone par Verrocchio, la Statue équestre de Fr. Sfor\a par Léonard de Vinci, puis, dans un ordre d’idées moins élevé, le Scipion de la collection Rattier; si l’on ne s’attache surtout qu’aux créations immortelles de Michel-Ange, il semble que la sculpture ait pleinement réalisé, pendant l’Age d’Or, les espérances qu’elle avait fait concevoir au temps des Primitifs1. Et cependant, quelque prodigieux que soit l’œuvre de Michel-Ange, quelque sentiment de vie qu’il ait mis dans sa Pieià, quelque puissance dramatique qu’il ait déployée dans son Moïse, dans ses Esclaves, dans ses Tombeaux des Médicis, la sculpture italienne de la tin du xv° et du commencement du xvf siècle, prise dans son ensemble et non pas seulement dans quelques glorieuses exceptions, ne saurait

i. Bibl. : Cicognara, Storia delta Scultura, T édit. Prato, 182.3-1824. 7 vol. et atlas. — Perkins, les Sculpteurs italiens. Paris, 1869. 2 vol. — Burckhardt et Bode, le Cicerone. — Lübke, Geschichte der Plastik , 2° édit. Leipzig, 1871- — Bode, Italienische Bilâhauer der Renaissance.

Berlin, 1887.

rivaliser, n’essayons pas de le dissimuler, avec la peinture contemporaine : elle n’en a ni la cohésion ni la variété. Abstraction faite des Florentins, les différentes Écoles de la Péninsule excellent avant tout dans la sculpture décorative : nous chercherions en vain chez elles la grâce exquise de Ghiberti, la verve ou le pathétique de Donatello, la santé robuste de Jacopo délia Quercia. A peine ont-elles cessé de pécher par l’archaïsme, que déjà elles tombent dans une facilité excessive. Comment se fit-il qu’après l’effort gigantesque de Donatello. alors qu’il n’y avait plus qu’à assouplir, qu’à discipliner, qu’à châtier, pour faire de la grande statuaire, digne des anciens, comment se fit-il, dis-je, que la décrépitude succéda presque sans transition à l’adolescence?

Après de longues méditations, je suis arrivé aux conclusions suivantes, que je soumets au jugement du lecteur : Cette prompte décadence tient d’une part à l’imitation trop rigoureuse de l’antique; de l’autre, à l’influence de Michel-Ange. Je m’explique : La supériorité éclatante, écrasante, de la sculpture gréco-romaine ne pouvait que provoquer le découragement chez tout artiste de second ordre, en même temps que la connaissance, de jour en jour plus approfondie, des chefs-d’œuvre classiques augmentait la tentation de les copier de toutes pièces. Les peintres, au contraire — et là se trouve le secret de leur vitalité. — privés qu’ils étaient de modèles antiques, se voyaient forcés de tout conquérir par leurs propres efforts : de là une application continue qui surexcitait en eux les plus nobles facultés.

11 faudrait que je me fusse fait bien mal comprendre de mes lecteurs, depuis le début de ma publication, s’ils pouvaient me soupçonner un instant de recommander l’imitation absolue de l’art classique, et en général l’imitation d’un art quelconque. Que les artistes de la Renaissance s’inspirassent des principes généraux de l’antiquité, qu'ils s’attachassent, comme elle, à l’harmonie et au rythme, qu’ils accordassent la préférence à la simplicité sur la complication , qu’ils prissent pour point de départ de la sculpture le corps humain dépouillé de vêtements, rien de mieux (voy. p. i3q-i36). Toutes ces études supposaient une interprétation, partant un effort. Mais appliquer des formules, copier des types, reproduire des motifs convenus, ce ne pouvait être qu’une abdication. L’influence antique, je n’ai cessé de le proclamer, ne fut féconde qu’autant qu’une forte dose de naturalisme venait la corriger et la vivifier : l’un des deux facteurs venant à disparaître, l’autre perdait immédiatement son efficacité. On le vit bien lorsque aux types choisis dans la réalité , par exemple au Saint Georges de Donatello, si original, si libre, et cependant si fier, certains sculpteurs, et des plus grands, substituèrent des types empruntés aux statues grecques et romaines, des types qui, s’ils se rapprochaient par certains traits ethnographiques de ceux de l’Italie (voy. p. 140), en différaient essentiellement par l’arrangement de la chevelure et de la barbe, par l’expression et par une foule d’autres particularités.

Avec ces copistes à outrance — les Bertoldo. les Vellano. les Riccio. — se

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