‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 16 sur 284 · SUPERIORITE DE L’ART SUR LA LITTERATURE · texte numérisé non relu

SUPERIORITE DE L’ART SUR LA LITTERATURE

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connu avec l’Arioste l’ironie raffinée, le rire large avec /rt Calandra de Bibbiena, la tendresse avec les Ballades de Politien, la licence et le cynisme avec les Ragionamenti de l’Arétin et les Capitoli florentins, d’où vient, dis-je, que cette littérature n’a pas connu la passion tragique, le ravissement lyrique, l’intensité, l’héroïsme, le sublime? Cette différence entre la littérature et Part tient-elle à des lois historiques ou à la supériorité du talent personnel ?

La réponse est facile : Dès le xive siècle, la langue italienne, avec Dante et Pétrarque , avait atteint à son apogée, en tant que souplesse et en tant que force d’expression. On pouvait tout au plus égaler ces poètes de génie (c’est à imiter Pétrarque que s’employèrent la plupart des poètes lyriques du xvp siècle), ou encore s’essayer dans d’autres domaines. Quant à espérer de les surpasser, c’eût été une folie. L’art au contraire , après les Niccolô Pisano , les Arnolfo , les Giotto, avait encore énormément de progrès à

réaliser; deux siècles d’efforts persévérants ne furent pas de trop pour lui donner l’entière connaissance des procédés matériels et la liberté illimitée de l’expression. Conséquence : tandis que les poètes du xvp siècle pouvaient tout au plus ambitionner de prendre rang à côté de leurs glorieux devanciers, un Raphaël, en se comparant à Giotto, avait le droit de se considérer comme parvenu au sommet de l’échelle dont Giotto avait gravi les échelons in-

. Mausolée de Dante à Ravenne, par Pietro Lombardi (1-182).

férieurs.

La littérature subissait en outre plus lourdement que l’art le joug classique : les humanistes, s’exprimant dans la même langue que les anciens Romains, n’avaient qu’à copier Virgile, Ovide, Lucain, leur empruntant la tonne de leurs poèmes, les idées, et jusqu’à des hémistiches entiers. Les artistes au

contraire (et les peintres notamment, auxquels l’antiquité n’avait guère laissé de modèles appartenant à leur spécialité) durent se livrer longtemps à un travail considérable d’interprétation et d’appropriation; ils se virent forcés, par suite, de tenir toujours leur initiative en haleine.

D’autre part, les artistes, presque tous issus du peuple ou de la petite bourgeoisie, conservèrent plus longtemps que les littérateurs, grâce à leurs attaches plébéiennes, les trésors de piété ou de candeur, les fortes, saintes et généreuses aspirations, sans lesquels l’art tombe fatalement dans l’afféterie ou dans l’abstraction.

Nous dirons donc que la littérature est l’expression la plus variée et la plus complète de cette société, mais que l’art en est l’expression la plus élevée. L’une la reflète jusque dans ses moindres défauts, l’autre met uniquement en lumière les aspirations auxquelles la Renaissance a dû de captiver, à travers les siècles, la sympathie et l’admiration de l’humanité.

Toutes les forces vives de la nation concentrées sur le domaine de l’intelligence; les imaginations encore assez fraîches pour saisir les éléments qui donnent la vie aux idées; l’art soutenu et inspiré par une infinité de sentiments généreux; l’équilibre parfait des facultés de l’esprit et de l’âme; le culte de la forme favorisé par la distinction générale des mœurs, et, par surcroît, une pléiade de génies incomparables : telles sont, en résumé, les facteurs qui ont fait du xvT siècle l’âge d’or de l’art moderne.

Les Ames du Purgatoire regardant Virgile et Dante Fresque de l’Ecole de Signorelln (Dôme d’Orvieto.)

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