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LES SUJETS

sur les procédés dont elle fit usage, essayons de déterminer le rôle de cet art pendant l’Age d’Or, d’analyser les idées qu’il a mises en oeuvre. On ne saurait, à mon avis, trop insister sur le choix des sujets, car à ce moment ce choix impliquait encore certaines convictions chez l’artiste aussi bien que chez les Mécènes. On ne commandait pas sans un motif sérieux la statue de tel ou tel personnage. Plus tard au contraire, lorsque l’art devint absolument artificiel, on ne consulta plus guère que la fantaisie.

Les âmes candides, telles que les Benedetto da Majano et les Civitale, se montraient peu curieuses de sujets nouveaux : elles s’en tenaient aux données traditionnelles. Mais les natures généreuses à la façon de Michel -Ange et Raphaël, penseurs et poètes autant qu’artistes, ne pouvaient se contenter du symbolisme si plat propre aux Primitifs. Ils renouvelèrent de fond en comble le symbolisme soit philosophique, soit religieux.

Le bas-relief ne pouvait pas étendre son domaine, car les Primitifs y avaient fait entrer tous les sujets possibles, religieux, mythologiques, historiques et jusqu’aux scènes de genre. Mais la ronde bosse réclamait impérieusement un accroissement de limites; nous avons vu (p. io2-io3) avec quelle rapidité les représentations des divinités antiques se multiplièrent au début du xvf siècle : des statues d’Apollon, de Mars, de Neptune, de Mercure, d’Hercule, de Cupidon même, se dressèrent dans les vestibules des palais, et jusque sur les places publiques. Constatons que les statues de déesses turent infiniment plus rares : Minerve, Cérès, Vénus, Junon, ne pénétrèrent que tar divement dans la statuaire italienne. Cette anomalie n’est qu’apparente; en choisissant des divinités masculines, les sculpteurs pouvaient librement faire montre de leur science du nu. La représentation des divinités féminines les plaçait au contraire dans cette alternative : ou de draper leurs figures, ce qui ne les séduisait que médiocrement; ou de les représenter sans vêtements, ce qui effarouchait encore bien des pudeurs. Ce ne fut que dans la Nuit et Y Aurore, de la chapelle des Médicis, que Michel-Ange affronta cette difficulté. Vénus dut attendre l’avènement de Jean Bologne pour être véritablement rétablie dans ses droits.

Aux sculptures mythologiques firent pendants les statues et les bustes des hommes célèbres d’Athènes ou de Rome, les héros, les sages et surtout les empereurs, dont les effigies surgirent par centaines (cathédrale de Corne avec les statues de Pline l’Ancien et de Pline le Jeune-, palais de la « Ragione », à

Esquisse de Civitale d'après sa statuette de Saint Georges (Archives de Sarzane.)

Vérone, avec les statues de Catulle , de Cornélius Nepos, d’ Æmilius Maurus, de Vitruve et de Pline-, palais municipal de Brescia, etc.).

Il faut en outre rattacher à l’antiquité la sculpture allégorique, qui refleurit de plus belle après une éclipse de près d’un siècle. Mêlant les souvenirs de la Bible ( Lia et Rachel, comme personnifications de la vie active et de la vie contemplative) à ceux du polythéisme classique, Michel-Ange l’éleva à une hauteur où elle n’avait pas atteint jusqu’alors. Il se plaisait à personnifier jusqu’aux forces naturelles ou morales les plus subtiles. Sur le tombeau de Jules II, il se proposait de placer des statues représentant des Victoires ayant à leurs pieds des Provinces vaincues, des statues de Prisonniers, représentant les Arts libéraux, des groupes de Vainqueurs et de Vaincus, puis six statues colossales, probablement des patriarches ou des prophètes, et parmi eux Moïse. Dans une note conservée à la « Casa Buonarroti », l’artiste marqua lui-même la signification, passablement vague, des quatre figures allégoriques qu’il préparait pour le tombeau des Médicis : « Le Ciel et la Terre, le Jour et la Nuit, parlent et disent : Dans notre cours rapide nous avons conduit à la mort le duc Julien. Il est donc juste qu’il se venge. Sa vengeance consiste en ce que, maintenant que nous l’avons tué, il nous a ravi la lumière et de ses yeux fermés a fermé les nôtres, de manière que nous ne luisions plus sur terre. Que n’eût-il pas fait de nous, s’il fût resté en vie? »

Malgré l’invasion de tant d’éléments proftnes, la religion continua, pendant toute cette période, à inspirer la majorité des statues ou des bas-reliefs.

Les Patriarches, les Prophètes et les scènes de la Bible s’enorgueillirent d’une vogue bien faite pour porter ombrage aux dieux ou aux héros de l’antiquité (voy. p. 87-90). En dehors d’Adam et d’Eve, dès lors si populaires, nous avons à enregistrer une longue série de statues de David (Verrocchio, Michel-Ange, statuette anonyme en bronze, dans la collection Davillier au Louvre, etc.), Y Isaïe et le Habacuc de Civitale au dôme de Gênes, le Moïse de Michel-Ange, le Jonas de Raphaël, YÉlie de Lorenzetto, Y Isaïe, le Daniel, YAmos, le Jérémie, Y É^échiel, le Maladie, le David, le Zacharie, le Moïse, le Bileam, sculptés par A. Sansovino et ses collaborateurs dans le sanctuaire de Lorette, les Prophètes placés dans les niches provisoires de la façade du dôme de Florence à l’occasion de l’entrée de Léon X, les Prophètes du tombeau de Gaston de Foix, puis d’innombrables bas-reliefs, retraçant les épisodes les plus significatifs de l’histoire du peuple d’Israël (par exemple, au « Santc » de Padoue, les basreliefs de Vellano et de Riccio).

Les Sibylles, si fréquentes dans la statuaire du xive siècle (cathédrale de Florence, etc.) et dans la peinture du xv1', deviennent rares. On peut citer celles de Lorette, attribuées à G. -B. délia Porta.

Si l’Ancien Testament compte un si grand nombre d’illustrateurs, à plus forte raison les sujets se rattachant au culte furent-ils l’objet d’une interprétation

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