LES PORTRAITS
statue équestre de Nie. Orsini, placée sur son tombeau à San Giovanni e Paolo1, etc.). Et que de bustes ou de médaillons d’un caractère rétrospectif : celui de Dante à Ravenne, celui de Giotto au dôme de Florence!
Ces statues monumentales étaient plus ou moins idéalisées. Quant aux bustes, productions dans lesquelles le réalisme pouvait plus facilement se
Buste vénitien anonyme, en terre cuite. (Collection Davillier, au Musée du Louvre.)
donner carrière, non seulement ils perdent en caractère et en vigueur, ils diminuent également en nombre. La fin du xvc siècle compte encore un choix considérable de bustes d’une facture à la fois souple, précise et large : le Mellini et le Filippo Stro^~i de Benedetto da Majano, le Jeune Guerrier de Pollajuolo, le buste vénitien anonyme qui est entré au Louvre avec la collection Davillier, Y Alexandre VI du Musée de Berlin (gravé p. 2 3q), la Beatrix à' Este, de G. Cristoloro llomano, au Musée du Louvre, le Charles VIII en terre cuite du Musée National de Florence, le Giovanni Almadiano de Viterbe,
t. Visconti, Histoire des Républiques italiennes , t. XIV, p. 3p.
protonotaire apostolique ( 1 5 1 o) , en terre cuite non coloriée, dans l’église San Giovanni dei Fiorentini, à Viterbe, un des rares portraits dus à un délia Robbia, et qui révèle un faire un peu facile1 ; puis les bustes de Pic de la Mirandole, des Gonzagues, des Bentivoglio, etc., etc.2 3 4 Mais dès le début du xvic siècle quelle décadence et quel appauvrissement! Nous ne possédons pas un buste de Jules II et de Léon X, pour faire pendant aux merveilleux portraits peints par Raphaël. Michel-Ange ne tente guère qu’une seule fois de fixer la physionomie d’un de ses contemporains, dominé qu’il est par les types préconçus, par ce que Platon aurait appelé les réminiscences (voyez p. 147). Ses confrères, prenant exemple sur lui, ou dédaignent la reproduction de traits individuels, ou y apportent un parti pris excessif, qui fait de tout point contraste à la sincérité des Primitifs. L’habitude de conserver par le moulage les traits des défunts, cette habitude si répandue au temps de Verrocchio (voyez t. I, p. 5o3), se perd également. O11 ne note plus que de loin en loin l’exécution d’un masque funéraire. C’est ainsi que Silvio Cosini fut envoyé en toute hâte à Castel Nuovo délia Garfagna, où Niccolô Capponi venait d’expirer, pour mouler le visage de ce citoyen, afin de le traduire ensuite en marbre \
La sculpture funéraire tira forcément de sa mission même un regain de réalité et de saveur : les artistes, obligés de mettre en scène des épisodes de la vie de leurs héros et de les représenter en buste ou en pied, ne pouvaient se dispenser de certains traits ayant une couleur personnelle. C’est ainsi que Verrocchio représenta sur le tombeau de Giovanna Tornabuoni des épisodes qui touchent presque au genre1.
La biographie des gens d’église ne se prêtait d’ordinaire que peu à une mise en scène brillante; mais il en allait autrement des guerriers : si le
1. Gravé dans YArchivio storico deJT Artc, j88g, p. 411 (article de M. Gentili).
2. Je ne fais pas entrer en ligne de compte le buste en terre cuite de Laurent le Magnifique, au Musée de Berlin, car ce morceau m’a toujours inspiré une grande défiance. Il ressemble furieusement à un pastiche moderne.
3. Je ne parle pas ici des masques à la façon antique, destinés à recouvrir presque entièrement la tête, et souvent garnis d’une chevelure, d’une barbe, de sourcils : ils supposaient forcément une certaine exagération et sortent en conséquence du domaine du réalisme. La fabrication de ces masques était une des spécialités de Ferrare et de Modène. Le sculpteur Guido Mazzoni y excellait dans sa jeunesse. Cf. ci-dessus p. 272 et YArchivio storico dell' Artc, 1890, p. 6 (article de M. Venturi).
4. La sage-femme (Giovanna était morte en couches) apporte le nouveau-né à son père, qui joint les mains tout ému. Entre eux une vieille femme; à droite et à gauche, des spectateurs assez indifférents. — La Mort de Giovanna Tornabuoni est encore plus réaliste : Au centre, sur un lit assez rudimentaire, quoique les montants soient ornés de vases et de rinceaux (quel aproposl), la jeune femme, soutenue par deux suivantes, se redresse une dernière fois avant d’expirer. A droite, assise sur le sol, une servante tient l’enfant emmailloté. Tout à l’entour, des femmes se désolent, avec la mimique exagérée, mais non éloquente, propre aux Toscans, depuis Jean de Lise et Giotto jusqu’à Donatello. L’une appuie sur sa main sa tête dolente, une autre croise ses mains sur sa poitrine, d’autres s’arrachent les cheveux. Mais l'artiste a beau se battre les flancs, il ne trouve pas la note émue, vibrante, humaine, la note qui nous touche.