LES TOMBEAUX
tombeau du général romain L. Mancini ne contient que des trophées, en revanche, dans celui de Gaston de Foix, le Bambaja et ses collaborateurs prirent plaisir à retracer la Prise de Brescia, le Départ de Bologne, la Bataille de Ravenne, les Funérailles de Gaston, etc.
Les idées de résignation ou de contrition font d’ailleurs de plus en plus place aux idées d’apothéose et de gloriole : pour les têtes de morts sculptées sur les tombeaux de Bertini à Lucques (1479), de Pietro Soderini à Florence, du comte Giov. Mauruggi ( 1 5 1 7) à l’Incoronata de Milan, etc., etc., que d’emblèmes de la vanité! Et tout d’abord le luxe de ces asiles suprêmes : le tombeau de l’évêque Pandoljiui, qui devait être payé à Baccio da Montelupo1 2000 ducats d’or (100000 francs environ), le tombeau de Jules II, pour lequel Michel-Ange devait recevoir 16000 ducats (800000 francs), etc.
Le comte de Caylus avait l’habitude de dire que l’on pouvait juger des mœurs d’une nation ou d’une génération rien que par l’examen des tombeaux qu’elle avait élevés. Cette loi se vérifie de point en point pour la Seconde Renaissance. Pénétrée du sentiment de sa valeur, en pleine possession enfin de tous les secrets de la science antique, la mort n’est à ses yeux qu’un moyen d’affirmer l’immortalité, je veux dire l’éternité des conquêtes du génie humain et aussi l’éternité des renommées.
Mais même dans ce domaine l’allégorie tend à l’emporter sur l’élément narratif. Les Vertus théologales et cardinales, les Arts libéraux, continuent à former l’ornement obligé des tombeaux de papes ou de prélats (tombeaux de Sixte IV et d’innocent VIII, du cardinal Ascanio Sforza, du cardinal Zeno, etc.) : c’étaient formules toutes faites que l’on appliquait sans discernement à n’importe quel personnage, quelque chose de plus banal encore qu’une oraison funèbre. Michel-Ange mit dans ses figures, sinon un rapport plus direct, du moins une portée absolument transcendante.
Souvent aussi les réminiscences de l’antiquité étou fiaient la spontanéité : tels sont, à Vérone, les ridicules travestissements du tombeau des délia Terre par Andrea Riccio (p. 1 18). A Rome, le tombeau de la famille Satri di Baronelli (fin du xv° siècle, à Sant’ Omobuono) reproduit quelque bas-relief antique : le père et la mère sont représentés à mi-corps, se donnant la main; le fils, placé derrière eux, les réunit en posant une main sur l’épaule de chacun. A Venise, on alla jusqu’à donner place à des divinités païennes, à Hercule, sur le tombeau du doge P. Mocenigo; à Mars et à Neptune, sur le tombeau de l’amiral Pesaro. Dans d’autres cas, l’antiquité fournissait des motifs d’ornementation vides de sens (il est vrai qu’en imitant le moyen âge 1 on en serait arrivé à des résultats analogues) : tels sont, sur le tombeau du marquis G. Pallavicini ( 1 5 1 1 ) , à Corte Maggiore, les génies à cheval sur des béliers dont le corps se termine en rinceaux2.