‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 183 sur 284 · BENEDETTO DA MAJANO · texte numérisé non relu

BENEDETTO DA MAJANO

destiné à prendre place dans la cathédrale de Florence. La même année et poulie même monument, Benedetto sculpta le buste du fameux constructeur d’orgues Antonio Squarcialupi. Ce morceau, placé dans un encadrement circulaire, nous montre une figure joufflue, assez vulgaire, aux larges épaules, au pourpoint formant des plis par trop réguliers.

Une œuvre importante de Benedetto, un e Madone avec l'Enfant, en terre cuite polychrome, d’une facture très libre et très large, et d’un caractère aussi souple qu’ample, a été récemment acquise par le Musée de Berlin'.

Benedetto ne comptait que cinquante - cinq ans quand il mourut, le 24 mai 1497, laissant le souvenir d’une vie exemplaire et d’un talent qui, pour n’avoir pas brillé au premier rang, n’en mérite pas moins toute notre estime, toute

] . Tschudi : Annuaire des Musées de Berlin ; t. IX, p. 128.

2. Quelques détails biographiques peu connus ne seront pas hors de propos ici :

Benedetto menait l’existence laborieuse et régulière des artisans d’alors. Il vivait entre sa femme . ses six enfants encore en bas âge, et ses deux bellessœurs, les veuves de Giuliano et de Giovanni da Majano. Une seule domestique pour servir toute la famille. Sa double profession de sculpteur et d'ébéniste l’obligeait à tenir plusieurs ateliers : celui qu’il occupait « Via de’ Servi » ne lui coûtait que 3 florins (environ i5o francs) par an; il comprenait une « botega del legname », c’est-à-dire un atelier pour les ouvrages en bois, et une « botega dei marmi ». Au moment de sa mort, Benedetto faisait construire une maison pour son usage personnel.

L’inventaire de l’atelier de Benedetto nous initie à la multiplicité de ses travaux : on se croirait chez un marbrier plutôt que chez un sculpteur. Ce sont des pilastres, des mortiers, des tabernacles, des fragments de corniches, des chapiteaux, des lavabos, des bustes, des statues d’anges, des médaillons, la série d’ébauches destinées à la Porte Royale de Naples, des terres cuites (la Vierge avec l’Enfant dans les bras, etc.), un « tondo di gesso » avec la Vierge assise, des Crucifix destinés à être mis en couleur par Cosimo Roselli, etc.

Comme fortune, Benedetto laissait deux créances d’environ 685 florins sur le Mont de Florence, 809 florins et 5o livres en numéraire, trois maisons et une ferme située à l’endroit dit

notre sympathie2.

La Force,, par Benedetto da Majano.

(Chaire de Santa Croce.)

L’émule de Benedetto da Majano, Matteo Civitale ou Civitali1, naquit à Lucques en iq.36, deux années seulement avant la mort de Jacopo délia Quercia, que Vasari, par un de ces anachronismes dont il est coutumier, lui a donné pour maître. En réalité on ignore ses débuts. Selon toute vraisemblance, le jeune artiste se forma dans quelque atelier florentin, peut-être chez Antonio Rossellino (dont il expertisa un ouvrage en 1468). La première mention que l’on trouve de ses travaux remonte à une époque où il avait déjà passé la trentaine : c’est le mausolée du secrétaire pontifical Pietro da Noceto (1472), au dôme de Lucques.

Sous une niche semi-circulaire pratiquée dans la paroi, le défunt, les mains jointes, tenant une épée et un livre, la tête tournée de côté, est étendu sur une bière, que recouvre un drap funéraire et qui repose à son tour sur un sarco pliage. Dans la voussure, des rosaces; dans la frise, des palmettes; dans le bas, des grillons et des guirlandes; sur la corniche, deux « putti » debout.

Ce monument, pour lequel l’artiste reçut la somme, relativement considérable, de q5o florins, résume, avec une sobriété peut-être excessive, les principaux traits du mausolée florentin, tel que l’avaient constitué Bernardo Rossellino, Desiderio da Settignano et Antonio Rossellino : au premier, Civitale a pris l’ordonnance générale, au second ses anges nus debout, au troisième son riche sarcophage imité de celui de la place du Panthéon à Rome (p. 35o). Mais il n’a réussi à atteindre ni à l’ampleur des uns, ni à la délicatesse ou à l’harmonie des autres.

En 1473, Civitale commença, pour son compatriote Domenico Bertini, qui fut son principal Mécène, un retable consacré au Saint-Sacrement. Il ne subsiste de ce monument que deux Anges en adoration , d’une expression touchante, au dôme de Lucques. En 1479, il éleva, au dôme également, le tombeau destiné à son protecteur, monument d’une extrême simplicité, dont le buste — un

« dell’ Ulivo », près de Prato. - Le mobilier de Benedetto se composait de lits en noyer ornés de marqueterie, avec des matelas remplis de laine, des coussins remplis de bonnes plumes, des draps blancs, de la serge rouge, et un ciel, puis de deux coffres (« casse ») en noyer ornés également de marqueterie, d’une grande armoire à habits en pin, avec des pilastres, une corniche en noyer et d’autres ornements, d’un grand coffre à marqueterie, d’un tabernacle avec la Vierge en bas-relief et avec un chandelier en cuivre, d’une viole, d’un crucifix en ronde bosse, de la statue en bois d’un Enfant habillé de satin ronge, etc. Deux cabinets de travail (« scrittoj ») renfermaient, l’un la bibliothèque de Benedetto, l’autre celle de Giuliano. La première comprenait, outre les livres de piété (la Bible en italien, les Miracles de la Vierge, la Mort de saint Jérôme, Saint Bernard, les Evangiles'), une Histoire de Florence en italien, une Vie d' Alexandre, un Dante, un Traité des Vices et des Vertus. Dans la bibliothèque de Giuliano les ouvrages d’édification dominaient également ; en n’y remarquait, parmi les livres profanes, qu’un Tite Live et un Cristoforo Landino. {La Parrocchia di S. Martino a Majano.)

1. Bibl. : M. Yriarte a consacré à Civitale une monographie absolument définitive : Sculpture italienne au AT' siècle. Matteo Civitali ; sa vie et son œuvre. Paris, 1886, in-q°, avec de nombreuses planches. — Ridolfi, I Descendent i di Matteo Civitali. Florence, 1889; extr. de YArchivio storico italiano. - Bode, dans Kunst and Kiinstler de Dohme et dans YArchivio storico dell’ Acte, 1888, p. 4.3.

Le Tombeau de Pieîro da Noceto, par Civitale. (UOiME de Lucques.)

E. Müntz. — 11. Italie. L'Age d’ür.

peu mou - — de Bertini, deux écussons et quatre têtes de mort font tous les frais.

La cathédrale de Lucques fut redevable à Civitale d’une foule d’autres embellissements, la balustrade ou le chancel qui séparait le chœur de la nef, l’édicule octogonal destiné à abriter la Sainte Face (« Volto Santo »), œuvres mi-architecturales, mi-sculpturales, aussi pures que froides', la statue nue de Saint Sébastien , l’autel et le tombeau de Saint Régulas (1484), qui est le chef-d’œuvre de l’artiste, puis la chaire (1494-1498), enfin deux bénitiers.

L’autel de Saint Régulus, avec la Présentation de la tête de Saint Jean-Baptiste à Hérode (gravée t. I, p. 3o3), la Décollation de Saint Régulas et le Martyre de Saint Sébastien , se compose de petits hauts-reliefs, ayant les figures du premier plan en quelque sorte découpées, c’est-à-dire s’enlevant en silhouette sur le fond, dont elles sont complètement détachées (seules les figures du second plan sont traitées comme les bas-reliefs ordinaires). Cette disposition est singulièrement disgracieuse, et l’initiative comme la responsabilité en revient à Civitale. Celui-ci en a encore accentué les inconvénients en employant un modelé essentiellement plat. Il y a néanmoins de l’esprit et de la vivacité dans ces petits tableaux; l’action est animée, les expressions justes et naturelles; les costumes — ce sont ceux du xvü siècle, mais fortement imprégnés de réminiscences classiques — ont quelque chose de piquant et de pittoresque.

Les trois statues de Saint Jean-Baptiste, de Saint Régulus et de Saint Sébastien, qui ornent le même autel, sont moins satisfaisantes. Le Saint Sébastien surtout est guindé et disgracieux, plein de lourdeur et de pauvreté.

Laissant de côté différents travaux exécutés par Civitale pour les églises de sa ville natale (un bas-relief avec une Annonciation d’un style exquis, le tombeau de San Roinano, etc.), ainsi que pour la cathédrale de Lise, nous accorderons un coup d’œil aux statues et bas-reliefs de la chapelle de Saint-Jean, au dôme de Gênes, et à la statue ou plutôt à la statuette équestre sculptée pour une des places de la petite ville de Sarzane, un Saint Georges terrassant le dragon (i5oo, p. 468), en marbre partiellement doré, dont M. Yriarte a retrouvé le dessin.

Il 11e serait pas impossible que les sculptures destinées à la cathédrale génoise eussent été exécutées, à des intervalles inégaux, soit à Lucques même, soit à

Tabernacle en marbre de Matteo Civitale.

(Cathédrale de Lucques.)

1 . Civitale, si dégagé de toute influence antique, aussi bien dans ses statues et ses bas-reliefs que dans le choix même de ses sujets, tous empruntés au cycle religieux, se montre au contraire archiclassique dans ses ornements. C’est un nouvel exemple à ajouter à ceux que j’ai signalés dans mon premier volume (p. 264).

MATTEO CIVITALE.

Carrare, où l’artiste fit un séjour prolongé. La pauvreté d’imagination et le manque de tempérament de Civitale s’y trahissent en maint endroit : trois des bas-reliels — des Scènes de la Vie de Saint Jean-Baptiste — sont des variantes des bas-reliefs du retable de Saint Régulus. Quant aux statues d 'Adam et d 'Eve, de Zacharie et à’ Elisabeth, d’Isaïe et de Habacuc, elles manquent d’accent. Le Cicerone attribue en outre à Civitale les quatre médaillons de la voûte avec les Evangélistes.

Un certain nombre de sculptures de Civitale ont pris place dans les musées italiens ou étrangers. Le Musée national de Florence a conquis la Foi, la plus

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