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Le Martyre de Saint Sébastien, par Civitale. (Dôme de Lucques.)
populaire des créations du maître (gravée p. 22). Cette figure touchante, qui est comme une évocation des Vertus modelées par Andrea Pisano pour les portes du Baptistère, réunit l’élan du sentiment à la liberté et à la largeur de l’exécution. Quelle ferveur dans le geste par lequel la jeune femme joint ses mains! quel abandon dans son regard, qui est comme perdu dans la contemplation de l’infini ! — Des recherches récentes permettent de revendiquer en outre pour Civitale un bas-relief du même Musée, un profil de femme, en costume du xvc siècle, la Comtesse Mathilde.
Le Musée de South Kensington montre avec orgueil, de son côté, une frise avec le médaillon en profil d’un homme au nez extraordinairement proéminent, des candélabres et un couple de mains enlacées (gravées t. I, p. 202), un tabernacle en marbre, signé « Opus Matthæi Civitali », une statue de la Vierge en prière, agenouillée, dont le style libre, ample et harmonieux contraste toutefois quelque peu avec la manière de l’artiste (M. Ridolfi l’attribue à Niccolô Civitali, fils de Matteo), enfin différents autres morceaux dont on trouvera la description dans le volume de M. Yriarte.
Le sculpteur lucquois mourut dans sa ville natale, le 12 octobre 1 5oo, âgé de soixante-quatre ans. Son fils Niccolô et son petit-fils Vincenzo embrassèrent comme lui la carrière des arts.
Civitale, c’est le Pérugin de Lucques, moins la chaleur qui distingue son émule le peintre ombrien. Dans son grand ouvrage, Cicognara n’a pas eu tort de placer la gravure du Saint Sébastien sculpté par l’un en regard du Saint Sébastien peint par l’autre. Les deux morceaux n’ont rien à s’envier : mêmes scrupules dans la reproduction du modèle, même ferveur et même sentimentalisme. D’après l’heureuse définition de M. Yriarte, le sculpteur lucquois « est un des derniers représentants de cette Ecole qui se plaisait dans l’expression des doux sentiments, dans les demi-teintes harmonieuses, dans la sobriété des reliefs, où la vie est intense parce qu’elle se révèle par ses accents les plus essentiels, et où le dessin est grand parce qu’il est concentré et rassemblé, où l’expression est forte parce que la main traduit l’émotion de l’âme. Il est le dernier qui reste encore contenu, doucement ému, pieusement recueilli, ennemi du tumulte, des grands gestes, des contorsions superbes et des gigantesques efforts : il sculpte, pour ainsi dire, en ton mineur'. »
Le troisième des sculpteurs toscans que nous comprenons sous la dénomination d’Éclectiques, Andrea Sansovino (1460-1 Saq)3, se rapproche de Benedetto da Majano et de Civitale par l’inspiration générale et par son goût pour l’ornementation (bénitiers, tabernacles, etc.), ordre de productions si profondément dédaigné des sculpteurs du xvT siècle. Il se différencie d’eux par plus de souplesse, par plus de liberté, par un sentiment plus vif de la beauté plastique. Andrea Sansovino, d’après M. Bode, fut le premier à représenter avec pureté le besoin de beauté qui dominait le xvi° siècle, et qui se fit jour aux dépens d’une émotion véritable et aux dépens d’une interprétation véritablement naturaliste.
Andrea, nous raconte Vasari, était fils d’un pauvre laboureur de Monte Sansavino, nommé Domenico Contucci, qui lui faisait garder les troupeaux. Comme Giotto, il dessinait sur le sable et modelait en terre quelques-uns des animaux confiés à sa garde. Un jour, à ce que l’on assure, un citoyen florentin, Simone Vespucci, alors podestat de Monte Sansavino, remarqua l’enfant qui était occupé à dessiner ou à modeler attentivement. Il l’emmena dans la capitale de la Toscane et le plaça dans l’atelier de Pollajuolo.
Les ouvrages de la jeunesse de Sansovino, — un carton avec la Flagellation, deux bustes en terre cuite de Néron et de Galba — ont disparu, à l’exception du retable en terre cuite, avec les statues de Saint Laurent, Saint Sébastien et Saint Roch et différents bas-reliefs (transporté de Florence dans l’église Santa
]. Matteo Civitali, p. 2.
2. Bibl. : Fischer, dans la Zeitschrift fur hitd. Kiinst, 1879, p. 149-102. — Schônfeld. Andrea Sansovino mut seine Sclmle. Stuttgart, 1881 ; pl.