‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 215 sur 284 · I. Vasari, trad. Jeanson et Leclanché, t. V, p · texte numérisé non relu

I. Vasari, trad. Jeanson et Leclanché, t. V, p

LES PROCEDES DE PEINTURE

S’il n’est pas exact de dire que les peintures murales diminuent en importance, il faut reconnaître, d’autre part, que la vogue des tableaux de chevalet va grandissant. A chaque instant il est question, chez Vasari, de retables transportés au loin, non sur des charrettes, mais à dos d’homme et presque en procession (biographies de Signorelli, du Pérugin, etc.). Comme jadis ceux des Yan Eyck , et avant eux ceux de l’Ecole byzantine, pour ne pas remonter aux peintures portatives de l’antiquité, ils s’exportaient dans l’Europe entière. « Ces tableaux à l’huile, dans lesquels se déposent l’intensité, les nuances du génie d’un maître, seront la proie du vainqueur; ils vont se répandre par la conquête dans toute l’Europe. Mobiles, transportables, ils serviront à l’éducation du genre humain, mais ils détacheront peu à peu l’artiste du fond de la nationalité1. »

Dans les tableaux de chevalet, la peinture a l’huile eut longtemps encore à lutter contre la peinture « a tempera » et la peinture à la détrempe. Botticelli, Domenico Ghirlandajo, Andrea Mantegna, Niccolô de Foligno et bien d’autres affectionnaient ce dernier procédé, consacré par une pratique séculaire. Les Vénitiens adoptèrent les premiers l’invention des Van Eyck. A Florence, les Peselli et Baldovinetti se servirent d’huile ainsi que de vernis, mais sans réussir à fondre leur coloris2. A. Pollajuolo fit un pas de plus. Son Saint Sébastien de la National Gallery (1476) offre toutes les particularités de la technique propre aux Flamands k L’atelier de Verrocchio institua dans cette direction les recherches les plus fécondes : outre les efforts de Léonard de Vinci, il faut y signaler ceux du Pérugin, qui découvrit, d’après Vasari, le secret des tonalités claires et des lumières, et de Lorenzo di Credi, qui apporta un soin extrême à la préparation des couleurs. Il purifiait et distillait lui-même, nous raconte Vasari, ses huiles, et composait sur sa palette des tons qu’il conduisait par gradation depuis le plus clair jusqu’au plus obscur. « En vérité, ajoute le biographe, il se montrait en cela trop minutieux, car parfois sa palette était chargée de vingt-cinq ou trente de ces tons, et pour chacun il réservait une brosse particulière. Il ne souffrait point qu’on fit le moindre mouvement dans son atelier, tant il redoutait la poussière. »

Le Bolonais Amico Aspertini faisait preuve de non moins de minutie. Vasari nous le montre prenant d’une main un pinceau avec de la couleur claire, de l’autre un pinceau avec de la couleur sombre; une ceinture passée autour des reins contenait une série de petits pots avec des couleurs. On eût dit, ajoute le biographe, que c’était le diable de Saint-Macaire avec sa masse de petites boites.

Aux yeux de Léonard, affirme Eastlake, la peinture à l’huile avait ce double avantage de porter les formes et les expressions au dernier degré de perfection

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