‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 228 sur 284 · Melozzp da Forli, p · texte numérisé non relu

Melozzp da Forli, p

vieillards, hommes dans la force de lage et adolescents regardent attentivement.

En 1480 Ghirlandajo exécuta les fresques de l'église d’Ognissanti à Florence. 11 y peignit entre autres une figure de Saint Jérôme dans sa cellule et une Sainte Cène. Celle-ci offre une certaine animation, mais manque d’éloquence et même d’énergie. J’y signalerai les gestes par lesquels deux des apôtres protestent de leur innocence, l’un en appuyant les deux mains sur sa poitrine, l’autre en plaçant une main sur son cœur.

Une autre Sainte Cène, peinte dans le réfectoire du couvent de Saint-Marc, montre une table chargée de cerises (une idée de Primitif!), avec les disciples — tantôt trop écartés les uns des autres et tantôt trop serrés — assis sur trois des côtés. Derrière la double lunette formée par la boiserie, on aperçoit des arbres chargés de fruits. Les visages ne manquent pas de caractère, mais ils ont quelque chose de triste et de sévère. Point d’action commune; chacun agit et pense pour son propre compte : saint Jean repose sa tête sur le bras de Jésus, qui lève la main, etc. Les expressions, d’autre part, sont loin d'avoir la netteté et l’énergie nécessaires. Il faut étudier attentivement cette page due à un maître éminent pour se rendre compte du gigantesque progrès réalisé à peu d’années de là par Léonard de Vinci dans le réfectoire de Sainte-Marie des Grâces.

Entre les années 1481 et 1480 prirent naissance les fresques de la salle de l’Horloge, au Palais Vieux. Ces fresques, aujourd’hui fort endommagées, sont divisées en trois compartiments : à gauche, sous des arcades séparées par des pilastres, trois Guerriers debout; au centre, sous un portique surmonté des figures en grisaille de la Vierge, de l’Enfant Jésus et de deux anges. Saint Zanobi trônant entre deux saints ; à droite, des Guerriers faisant pendant à ceux de gauche. Ce sont des figures graves en même temps que vivantes; une ornementation des plus riches (pilastres, médaillons avec les bustes de Romains célèbres, etc.), et déjà tout inspirée de l’antiquité, en fait ressortir la majesté.

Les fresques de la chapelle Sassetti, dans l’église de la Trinità (terminées en iq85), fournirent à Ghirlandajo l’occasion de s’attaquera un de ces cycles monumentaux où il pouvait à loisir déployer toute l’exubérance de son imagination. Je ne saurais mieux frire apprécier cet ensemble si varié et si intéressant qu’en plaçant sous les yeux du lecteur la très vivante analyse qu’en a donnée Vasari.

Sur la première paroi, où sont fidèlement représentés le pont de Santa Trinità et le palais des Spini, Ghirlandajo a peint Saint François apparaissant dans les airs et ressuscitant un enfant. La douleur fait place à la joie sur le visage des femmes témoins de ce miracle. Les religieux qui sortent de l’église avec les fossoyeurs marchant derrière la croix sont d’une vérité merveilleuse, ainsi que d’autres personnages, parmi lesquels on reconnaît Maso degli Albizzi, Agnolo Acciajuoli, et Palla Strozzi, notables citoyens de Florence.

GHIRLANDAJO

Dans d'autres compartiments, 011 voit Saint François refusant l'héritage deson père, Saint François obtenant du pape Honorius la confirmation des règles de son ordre et lui présentant les roses de Janvier. Cette dernière scène se passe dans la salle du consistoire, où siègent des cardinaux, et à laquelle conduisent des escaliers ornés de rampes et occupés par des figures à mi-corps, parmi lesquelles on remarque le portrait de Laurent le Magnifique. — On y constate une tendance fâcheuse à séparer les personnages et à scinder les groupes, au lieu de les relier les uns aux autres : c’était la conséquence fatale de l’intercalation des portraits des amis et des connaissances de l’artiste, étrangers à l’action principale. Quel trésor d’observation d’ailleurs dans les tètes , les costumes, les édifices, et comme on aimerait à s’arrêter devant ces fresques pour en épeler les figures une à une !

Plus loin, Ghirlandajo a peint Saint François recevant les stigmates et la Mort de saint François. Des religieux entourent le corps du bienheureux, et l’un d’eux lui baise les mains avec effusion. O11 remarque en outre un évêque qui, le nez surmonté de lunettes, chante les vigiles avec tant de naturel qu’on le croirait vivant. Les portraits du fondateur,

Francesco Sassetti, de sa femme, de ses fils et de ses filles, les Sibylles, etc., complètent ce

cycle, qui forme la digne préface des fresques de l’église Santa Maria Novella.

Spectateurs des Funérailles de Santa Fina.

Fragment, par Ghirlandajo.

(Eglise collégiale de San Gemignano.)

Celles-ci, commandées par Giovanni Tornabuoni l’année même où furent achevées les fresques de la chapelle Sassetti, occupèrent Domenico et David Ghirlandajo depuis le mois de mai i486, jusqu’au mois de mai 14901.

Je mettrai à contribution ici encore la description de Vasari pour donner

1. Le contrat, en date du 1" septembre 1486 (publié par M. Milanesi dans 11 Buonarroti , 1887, t. II, p. 335-358), porte que Domenico et David s’engagent à peindre dans un délai de quatre ans (mai i486 à mai 1490) : sur les voûtes, les Quatre Évangélistes ; — sur la paroi de droite, sept Histoires de la vie de la Vierge (la Naissance de la Vierge, les Fiançailles et le Mariage de la Vierge, Y Annonciation, la Naissance du Christ avec Y Adoration des Mages, la Purification, le Christ au milieu des docteurs, la Mort de la Vierge ) ; — à gauche, sept Histoires de la vie de saint Jean-Baptiste (Zacharie au temple, la Visitation, la Naissance de saint Jean, Saint Jean partant pour le désert, la Prédication de saint Jean, le Baptême du Christ, le Festin d’Hérode et la Décollation de saint Jean). — Au fond ils devront placer les figures de Saint Antonin, de Saint Thomas d’ Aquin, de Saint Dominique, de Sainte Catherine de Sienne, de Saint Vincent, de Saint Pierre Martyr, et enfin le Couronnement de la Vierge.

Avant de commencer le travail, les deux frères sont tenus de soumettre à Tornabuoni une esquisse, que celui-ci sera libre de modifier à son gré. (Plusieurs des sujets mentionnés par le contrat ont en effet été remplacés par d’autres : le Massacre des Innocents a pris la place de la Purification, etc.) Le prix pour le tout était fixé à 1 ion florins seulement (environ 55 OOO francs), et encore les deux frères s’engageaient-ils à ne ménager ni l’or, ni le bleu d’outremer, et à faire murer à leurs frais P « oculus » existant au fond de la chapelle.

une idée de cet ensemble unique dans les fastes de la peinture florentine.

Le premier compartiment, à droite, en commençant par le bas, représente Joachim chassé du Temple. On lit sur son visage la patience et la résignation, et sur ceux des Juifs la haine et le mépris que leur inspiraient les hommes impuissants qui venaient au temple. On remarque dans cette composition, du côté de la fenêtre, quatre personnages peints d’après nature. Celui qui est vieux et sans barbe est Alesso Baldovinetti, qui enseigna la peinture et la mosaïque à Domenico ; celui qui a la tète nue, la main sur le flanc, et un petit pourpoint bleu sous un manteau rouge, est Domenico lui-même; celui qui a une longue chevelure noire et de grosses lèvres est Bastiano Mainardi, son élève et son parent; enfin, celui qui tourne le dos au spectateur, et qui est coiffé d’un petit béret, est David Ghirlandajo.

Le second compartiment contient la Nativité de la Vierge. On y admire, entre autres, une fenêtre qui éclaire la chambre où se passe la scène, et qui est un véritable trompe-l’œil. Sainte Anne, étendue sur son lit, reçoit la visite de ses amies; quelques femmes lavent l’enfant avec précaution; l’une apporte de l’eau, l’autre prépare des langes; en un mot, chacune s’utilise comme elle peut, tandis que celle qui tient l’enfant la fait rire par ses agaceries.

Le troisième compartiment est consacré à la Présentation de la Vierge au Temple. On y admire un édifice dont la perspective est des mieux entendues, ainsi qu’un personnage nu qui, malgré ses imperfections, fut beaucoup admiré à cette époque.

Le Mariage de la Vierge forme le sujet de la quatrième fresque. Parmi les nombreux acteurs de la scène, on distingue ceux qui brisent de colère les verges qui n’ont pas fleuri comme celle de Joseph.

La cinquième fresque, Y Adoration des Mages, avec son brillant cortège de personnages, les uns agenouillés, les autres debout, tous plein de ferveur ou de recueillement, avec ses chevaux, son arc de triomphe, son riche paysage, se détache par sa valeur transcendante sur cet ensemble si intéressant. Ghirlandajo y atteint à une chaleur de composition, à une harmonie et une vigueur de groupement, que je n’hésite pas à qualifier d’admirables. Il est à jamais regrettable que cette fresque, ainsi que plusieurs autres de la même paroi, soient si gravement endommagées.

Avec les riches fonds d’architecture alternent des paysages accidentés et fouillés. Ghirlandajo, fidèle à ses principes, y consulte la nature avec discrétion, l’interprète avec finesse, en un mot subordonne le réalisme aux exigences de l’art monumental.

Dans la composition suivante, le Massacre des Innocents, Ghirlandajo se laisse aller, par exception, à l’émotion, à la fougue. Nous assistons à une mêlée horrible; les mères luttent désespérément avec les bourreaux. Vasari accorde la palme à cette page inspirée. Il nous montre les soldats d’Hérode, sans pitié pour les mères, tuant ces pauvres petits enfants. L’un de ces derniers,

GH1RLANDAJ0.

encore attaché à la mamelle, meurt des blessures qu’il a reçues à la gorge en tétant non moins de sang que de lait. Si la pitié et la compassion, ajoute le biographe, disparaissaient jamais, ce spectacle suffirait pour les taire renaître. Il signale ensuite une femme qui se jette sur le ravisseur de son enfant, et le tire par les cheveux avec tant de vigueur, qu’elle l’arrête dans sa course et le force à se ployer en arrière. Au milieu de cette lutte l’enfant expire, étouffé entre les bras du bourreau, qui se venge ainsi, contre cette innocente créature, de la sainte fureur que déploie contre lui la mère infortunée.

Dans le dernier compartiment de cette série, Ghirlandajo a figuré la Mort de la Vierge et Y Assomption de la Vierge ; il y a multiplié les anges, les paysages et les ornements que son habile et facile pinceau savait prodiguer.

Le premier compartiment de la paroi opposée, consacrée, comme il a été dit, à saint Jean-Baptiste, contient Y Apparition de l'Ange à Zacharie. Cette composition est enrichie des portraits de beaucoup de citoyens florentins, entre autres de ceux de tous les Tornabuoni, jeunes et vieux. En outre, pour montrer qu’à cette époque les lettres étaient florissantes, Domenico plaça au bas de son tableau quatre personnages à mi-corps, qui 11e sont autres que les hommes les plus instruits qui vivaient alors à Florence. Le premier, revêtu d’un habit de chanoine, est Marsile Ficin ; le second, couvert d’un manteau rouge et le cou entouré d’un ruban noir, est Landino; le troisième est le Grec Demetrius, et le dernier, qui lève un peu la main, est Politien. — Ajoutons que cette composition rappelle la Vocation des SS. Pierre et André, de la chapelle Sixtine. Ici encore, des spectateurs, en costume florentin du temps, assistent plus ou moins impassibles à la scène principale. L’artiste a séparé et délimité les groupes avec une netteté peut-être excessive. Filippino Lippi n’eût pas manqué de les relier les uns aux autres par des personnages accessoires, et, mieux encore, de les marier harmonieusement.

Le second compartiment représente la Visitation. Beaucoup de femmes coiftées à la mode du temps, et parmi elles la jeune et belle Ginevra di Benci, accompagnent sainte Elisabeth.

Le troisième compartiment est consacré à la Naissance de saint Jean. Sainte Elisabeth est couchée; ses voisines viennent lui rendre visite; l'une d’elles demande le nouveau-né à la nourrice, qui l’allaite, pour le leur montrer. Une campagnarde, portant des fruits et des flacons, complète la scène (gravures t. I, p. 3qq, 5c)3). L’aisance, le naturel, la distinction des acteurs de ces tableaux de mœurs, car en réalité les peintures de Ghirlandajo 11e sont pas autre chose, méritent des éloges sans réserve. Pour lui, l’histoire sainte n’est qu’un prétexte; on dirait qu’il ne se doute même pas que ses héros et héroïnes ont vécu quelque quinze siècles auparavant. Observateur plus encore qu’inventeur, il puise à pleines mains dans la société de son temps. Les Florentines, minces et pâles, qu’il fait assister à la naissance de saint Jean-Baptiste ou à la naissance de la Vierge, sont bien les ancêtres de celles qui vivent de nos jours

sur les bords de l’Arno. Il s’en faut que l’ovale de leur visage soit partait; mais la distinction tient lieu chez elles de beauté. « On passerait ici de longues heures, dit M. Taine, à contempler les figures de femmes; elles sont la fleur de la cité au xve siècle, et les voilà telles qu’elles ont vécu, chacune avec son expression originale, et la charmante irrégularité de la vie, toutes avec ces traits florentins si intelligents et si vits; demi-modernes et demi-féodales. Dans la Nativité de la Vierge, la jeune fille en jupe de soie qui vient faire visite est la demoiselle de bonne condition, sage et simple; dans la Nativité de saint Jean, une autre debout est une duchesse du moyen .âge; près d’elle, la servante qui apporte des fruits, en robe de statue, a l’élan, l’allégresse, la force d’une nymphe antique, en sorte que les deux âges et les deux beautés se rejoignent et s’unissent dans la naïveté du même sentiment vrai1. » L’extrême sérieux, la conviction profonde avec lesquels ces scènes sont représentées, n’ajoutent pas peu à leur intérêt.

Dans le quatrième compartiment, Zacharie, qui n’a pas encore recouvré la parole, écrit, tout en regardant son fils que tient une femme agenouillée devant lui, son nom sur une feuille de papier placée sur son genou.

La Prédication de saint Jean occupe le cinquième compartiment. Les auditeurs, hommes et femmes, debout ou assis, sont revêtus de costumes variés. L’attention que ne manquent jamais d’exciter les paroles d’un novateur se manifeste sur tous les visages, et particulièrement sur ceux des scribes, qui expriment en outre la raillerie et même la haine.

Dans le sixième compartiment, 011 voit le Christ recevant le baptême. Au milieu d’hommes nus ou déchaussés qui attendent leur tour pour être baptisés, on en remarque un qui ôte ses souliers avec une vivacité extraordinaire. A gauche, une belle académie de jeune homme vu de profil.

Dans la dernière fresque de la série, la Présentation de la tête de saint Jean- Baptiste à Hérode, Ghirlandajo évoque un somptueux banquet florentin, avec trois tables dressées sous une voûte d’une extrême richesse et de nombreux convives, serviteurs ou musiciens; c’est ainsi que Paul Véronèse, s’il avait vécu au xve siècle, eût représenté les Noces de Caria.

Le Couronnement de la Vierge, peint dans l’abside, n’offre, quoi que l’on dise, ni l’aisance de groupement, ni la fougue qui deviendront bientôt inséparables de cette scène auguste. Les personnages sont juxtaposés avec hésitation, au lieu d’être reliés d’une façon organique et vivante. Leurs attitudes et leurs gestes n’ont pas non plus la liberté — pour ne point parler de l’élégance — désirable. N’importe, cette page importante a eu l’honneur de servir de prototype à Raphaël pour sa fresque de l’église San Severo à Pérouse.

Quant aux Evangélistes peints sur la voûte, ils ont le tort de se trouver trop à proximité des Patriarches de Filippino Lippi : ils sont raides et archaïques autant que ceux de Filippino sont vivants et mouvementés.

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