I. Taine, Voyage en Italie, t. II, p
peut-être encore davantage de Ghirlandajo à Filippino Lippi. Dans cette nouvelle étape, les figures gagnent en aisance, en liberté, en noblesse, la composition en vie et en mouvement. Bref, l’heure de l’affranchissement définitif va sonner.
L’École florentine n’ayant pu connaître qu’indirectement les admirables conquêtes réalisées par Mantegna, il nous faut chercher ailleurs les causes de ces progrès. Je ne crois pas faire erreur en les attribuant à l’étude croissante des modèles antiques, cette étude qui, si imparfaite encore chez Botticelli, plus sérieuse chez Ghirlandajo, aboutit enfin chez Filippino à une assimilation complète. A force de consulter les statues et les bas-reliefs grecs et romains,
avec infiniment plus d’indépendance d’ailleurs que les Padouans, Filippino parvint, non seulement à poser d’aplomb ses personnages — secret encore peu familier à Botticelli, — non seulement à leur donner le mouvement et le pathétique, mais encore à introduire la clarté dans l’ordonnance et à marier harmonieusement les groupes.
Fils d’un moine et d’une nonne, doué des plus heureuses aptitudes, cajolé et adulé par son tuteur Fra Diamante1, Filippino, le fils de Fra Filippo Lippi, offrait un rare mélange de distinction, d’esprit et de frivolité. Les rigoristes mêmes ne pouvaient se soustraire à la fascination de cet art si brillant, et jusqu’à sa fin l’heureux fils du « Frate » reçut de la part des congrégations les plus sévères d’innombrables marques de laveur.
Filippino était né à Prato en 1457. Initié aux principes de l’art par son père, il fut confié par celui-ci, au moment de sa mort (1469), aux soins de son ami et collaborateur Fra Diamante. Il ne tarda toutefois pas à entrer dans l’atelier de Botticelli, son aîné de dix ans seulement, et il réussit à s’approprier sa manière, au point de tromper parfois les plus fins connaisseurs.
Parmi les premières productions de Filippino on cite Y Histoire d' Est ber, peinte sur un coffre de mariage (galerie Torrigiani à Florence).
En 1480, Piero di Francesco Pugliese chargea Filippino de peindre, pour la
Portrait de Filippino Lippi.
( D'après la gravure publiée par Vasari.)
I. Né vers 1480 à Terranuova, Fra Diamante entra de bonne heure dans l'ordre des Carmes et se trouva tout naturellement amené à se placer sous la discipline de Fra Filippo Lippi. Après la mort de son maître, qu'il assista dans la décoration de la cathédrale de Spolète, il travailla surtout à Prato, à Florence et à Rome, où le pape Sixte IV lui fit l’honneur de l’adjoindre aux peintres de la chapelle Sixtine. Ses supérieurs le firent plusieurs fois mettre en prison pour des motifs que l’on ignore. Cet artiste, qui semble ne s’être pas élevé au-dessus de la médiocrité — on ne possède de lui aucune œuvre authentique, — disparaît après 1498. (Milanesi : l’Art, 1877 et 1878. — Arte e Storia, 1884, p. 101.)