‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 233 sur 284 · LORENZO DI CREDI · texte numérisé non relu

LORENZO DI CREDI

(600 francs) par an, mais ne tarda pas à devenir son collaborateur et son ami : en mourant, son maître l’institua son exécuteur testamentaire et le chargea en outre de terminer la statue du Colleone (p. 5o6).

Le voyage à Venise fut le seul événement marquant dans la longue carrière de Lorenzo : ami du travail et de la tranquillité, entouré de la considération universelle, il ne quitta plus sa ville natale que pour de courtes absences.

Parmi les premières peintures de Lorenzo, Vasari signale deux Madones, copiées, l’une d’après Verrocchio, l’autre, meilleure que la précédente, d’après Léonard de Vinci. Lorenzo, ajoute le biographe, imita celui-ci avec tant d’exactitude, que l’on ne pouvait distinguer la copie de l’original. Ces deux Madones furent envoyées au roi d’Espagne.

Porté au recueillement, presque à la vie contemplative, Lorenzo di Credi, longtemps avant d’être touché par les prédications de Savonarole, dont il devint le sectateur fervent, n’affectionnait que les sujets religieux et les scènes les plus calmes (Annonciations, Nativités, Adorations des Bergers, etc.), qu’il relevait par une ornementation des plus discrètes et par des paysages limpides. Il poussa le scrupule jusqu’à sacrifier, sur l’autodafé de 1497, tous ceux de ses tableaux qui ne lui paraissaient pas irréprochables au point de vue religieux.

Cet artiste, consciencieux et méticuleux s’il en fut, s’impose à notre estime par sa technique minutieuse, qui produit souvent de la monotonie et qui donne à ses tableau^ l’aspect d’émaux (voy. p. 5p5). Il ne se recommande pas moins par la candeur et la sérénité des impressions, qui ne vont point toutefois jusqu’à la suavité de Léonard, jusqu’à la ferveur du Pérugin. N’ayant qu’une corde à son arc, il se répétait sans cesse, comme la plupart des peintres religieux du temps, notamment le Pérugin; aux fraîches et poétiques impressions qu’il avait puisées à l’origine au contact de la nature, il substitua peu à peu des formules.

Il n’y aurait donc aucun intérêt à dresser ici le catalogue d’un œuvre assez considérable et dont la chronologie n’est pas toujours facile à déterminer. J ’y renonce avec d’autant moins de regret que ce travail a été mené à bonne fin

E. Müntz. — II. Italie. L’Age d'Or. 85

Etude de tête, par Léonard de Vinci.

(Musée du Louvre.)

par MM. Crowe et Cavalcaselle. Je me bornerai à décrire quelques compositions particulièrement caractéristiques.

L’ Adoration des Bergers, à l’Académie des Beaux-Arts de Florence, est une composition excellente, peinte avec amour et émotion, pleine de recueillement et de charme. Une lumière tranquille enveloppe le paysage frais et vaporeux, dans lequel se dresse la masure obligatoire qui sert de refuge à la Sainte Famille. Sur le gazon, des fleurs dont le fini aurait pu faire envie aux Flamands. L’Enfant Jésus repose sur un drap bleu relevé à une de ses extrémités par une gerbe, de manière à former oreiller. Sa mère agenouillée l’adore, en

compagnie de deux anges; deux autres anges, debout au tond, se communiquent leur joie par leurs gestes; un berger, à genoux, fait pendant à la Vierge; un autre s’incline en levant les mains d’un air d’admiration. Au premier plan, d’un côté saint Jean -Baptiste adulte, tenant l’agneau, de l’autre saint Joseph, appuyé sur son bâton. Dans ces figures l’artiste fait preuve d’une force d’abstraction assez grande pour ne pas s’arrêter aux pauvretés de ses modèles et pour leur donner une plénitude (exagérée, selon son ordinaire, dans le « bambino »), qui n’est pas encore la beauté, mais qui la prépare. Cette belle page marque l’apogée du talent de Lorenzo.

Le Baptême du Christ, au couvent de San Domenico près de Fiesole, n’ajoute rien à ce que nous savons des mérites et des défauts de Lorenzo : l’éclairage est excellent, égal et doux, mais le dessin pèche par sa lourdeur; le corps nu du Christ surtout manque de toute élégance.

Vasari considère comme le chef-d’œuvre de Lorenzo la Vierge entre saint Julien et saint Nicolas, qui, du couvent de Santa Maria Maddalena dei Pazzi, est entrée en 1812 au Musée du Louvre. Il est impossible, déclare-t-il, de surpasser le fini de ce tableau. L’Enfant Jésus, potelé et joufflu outre mesure, comme dans tous les tableaux du maître, manque de grâce, mais dans saint Julien adolescent Lorenzo atteint à une suavité presque léonardesque.

Un autre tableau du Louvre, le Noli nie tangere (la Madeleine agenouillée devant le Christ qui appuie sa main droite sur une bêche), est une jolie composition habilement agencée, avec des types dont la douceur rappelle également Léonard. Les traits et l’attitude de la Madeleine respirent la vénération la plus profonde, et il est impossible de n’en être pas touché.

Vasari signale l’habileté de Lorenzo di Credi comme portraitiste et mentionne le portrait qu’il fit de lui-même dans sa jeunesse, ceux de Verrocchio, du pérugin et de Girolamo Benivieni.

Portrait de Lorenzo di Credi.

(D'après la gravure publiée par Vasari.)

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