‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 236 sur 284 · MELOZZO DA FORLI · texte numérisé non relu

MELOZZO DA FORLI

tine de Botticelli ou de Filippino Lippi. Le soin avec lequel sont reproduits les ornements des vêtements de brocart ou des tapis décèle également une influence septentrionale.

Les personnifications des Arts Liberaux ont peut-être trop d’ampleur; je veux dire que la silhouette n’en est pas assez accusée et que les vêtements cachent trop la forme du corps. La structure des trônes sur lesquels elles siègent offrent de leur côté des formes architecturales quelque peu trapues, mais en tout cas pleines et fermes, et qui rendent témoignage de l’extrême sérieux et de l’extrême conviction propres au maître. Les deux morceaux conservés à Berlin semblent d’ailleurs avoir été indignement repeints.

La recommandation de Frédéric 11e pouvait qu’être toute-puissante auprès de la cour de Rome, à laquelle le rattachaient dès lors, outre ses fonctions de capitaine général de l’Eglise, le mariage de sa fille Jeanne avec Jean délia Rovere, neveu de Sixte IV (1475). Melozzo ne tarda pas à entrer au service du pape : les pièces comptables nous le montrent occupé à la Bibliothèque du Vatican en 1477, puis de nouveau en 1480. Nous reviendrons tout à l’heure sur ces peintures.

La ville et le sanctuaire de Lorette constituaient un des fiefs de l’insatiable Sixte IV. Plus de trente années durant, de 1476 à i5o7, son neveu, le cardinal Girolamo Basso délia Rovere, occupa ce siège opulent. Fidèle aux principes des souverains de la Renaissance et de son oncle en particulier, il voulut faire de la propagande au moyen des œuvres d’art, et continua brillamment l’œuvre de ses prédécesseurs.

La tâche assignée à Melozzo (en 1478, d’après M. Schmarsow) consista dans la décoration d’une chapelle octogonale dite du Trésor. L’artiste orna la coupole de huit figures de Prophètes , assis et méditant, puis de figures d 'Auges, tenant les instruments de la Passion, et enfin de Chérubins. Des ornements classiques, d’une grande fermeté et d’une grande saveur, — torsades, oves, vases, grecques, dauphins accolés, palmettes, etc. — encadrèrent les figures.

Se conformant à la tradition, Melozzo choisit pour plusieurs de scs Phophètes le type et le costume des Sarrasins : tels sont Baruch et Zacharie, tous deux coiffés d’un turban. Les autres, avec leurs fronts dénudés et leurs barbes postiches, se rapprochent de certains types florentins contemporains. Jérémie annonce de la façon la plus saisissante les Patriarches que Filippino Lippi peignit quelques années plus tard à Santa Maria Novella.

Je ne puis m’empêcher de trouver un certain maniérisme dans l’arrangement des figures, par exemple dans Amos, vu de profil, ainsi que dans l’ange qui étend le doigt vers lui. Les anges, aux draperies trop amples, manquent en outre de l’aisance et de l’élégance inimitables de ceux de la basilique des Saints Apôtres : ils sont comme perdus dans les plis de leurs robes.

En 1478, Melozzo, de retour à Rome, prenait part à la fondation de l’Académie de peinture.

La décoration de la tribune de la basilique des Saints Apôtres (exécutée d’après l’opinion commune en 1472-1473, d’après Schmarsow seulement quelques années plus tard) fournit au peintre de Forli l’occasion de produire un nouveau chef-d’œuvre. Il y peignit à fresque Y Ascension du Christ.

Dans ce cycle célèbre, Melozzo s’appliqua surtout, comme l’a déjà constaté Vasari, à l’étude des raccourcis, ainsi qu’on pouvait le voir autrefois dans une frise, en perspective, avec plusieurs personnages occupés à cueillir des grappes de raisin, et plus ouvertement encore dans l’Ascension, où la ligure du Christ est si bien en raccourci, qu’elle semble percer la voûte. Nous en dirons autant — ajoute Vasari — du groupe d’anges qui l’environnent et des apôtres qui occupent le bas de cette composition, qui est aujourd’hui même l’objet de l’admiration des connaisseurs. Melozzo déploya également une science profonde de la perspective dans les divers édifices qui ornaient cette peinture.

Lorsque la tribune fut démolie en 1711, le pape Clément XI fit incruster le fragment principal, le Christ bénissant dans une gloire d’anges, sur l’escalier intérieur du palais du Quirinal et lit don des autres fragments, parmi lesquels trois têtes d’apôtres et des anges musiciens, à la sacristie du Vatican. Si l’influence de Piero délia Francesca se révèle dans la tête d’apôtre aux traits juvéniles, et si la figure du Christ se distingue par la gravité plutôt que par la beauté, en revanche, dans les anges musiciens, quel incomparable mélange de mouvement et de rythme, d’élan et de suavité, de poésie et de style ! Ces figures radieuses, dont le charme ne saurait s’expliquer avec des paroles, sont uniques dans la peinture italienne : elles offrent une originalité, une liberté et une beauté telles, que Raphaël même n’est pas allé au delà.

D’après M. Schmarsow, la tresque de la chapelle de la Conception, dans la basilique du Vatican (achevée en 147g et démolie en 1609), dont j’ai fait connaître la composition en mettant au jour un croquis de l’antiquaire romain J. Grimaldi, et dont un fragment se trouve aujourd’hui dans les grottes du Vatican, serait également l’œuvre de Melozzo da Forli. Cette fresque, représentant la Viefge et l’Enfant dans un chœur d’anges, avec saint Pierre, saint Paul, saint François d’Assise, saint Antoine de Padoue et le donateur Sixte IV agenouillé, semble avoir inspiré Raphaël lorsqu’il peignit la Vierge de Foîigno. L’attitude de la Vierge, autant du moins que l’on peut en juger d’après le croquis de Grimaldi, offre de réelles analogies dans les deux compositions.

La décoration de la Bibliothèque du Vatican, que Sixte IV venait de faire construire, occupa Melozzo à diverses reprises entre les années 1477 et 1 4^ 1 • Il travailla en compagnie du peintre romain Antonazzo, non seulement dans la Bibliothèque secrète proprement dite, mais encore dans la salle ajoutée

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