‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 241 sur 284 · FRANCESCO FRANCIA · texte numérisé non relu

FRANCESCO FRANCIA

prend par sa bizarrerie. Le coloris intense, mais un peu lourd, contient dans les carnations de ces tons rouges qui ne sont pas encore assimilés.

U Annonciation du Musée de Brera, quoique nettoyée à fond, a infiniment plus d’éclat. Un fond de ciel, d’un bleu éblouissant, relève les figures qui sont d’une grâce et d’une noblesse parfaites, notamment l’ange s’agenouillant, un lis à la main, devant la Vierge.

Dans le retable de l’église San Giacomo Maggiore, peint en 1499 aux frais de Jean Bentivoglio, on constate un progrès décisif : le groupement et le coloris deviennent plus harmonieux.

L’ Adoration de T Enfant Jésus, peinte en 1499 pour le protonotaire Antonio Galeazzo Bentivoglio, aujourd’hui à la Pinacothèque de Bologne, montre enfin Francia en possession de tous les secrets de la technique et de toutes les ressources de l’expression. Au premier plan, on voit étendu sur le sol, à côté d’un arbrisseau qui sert d’abri à deux oiseaux, l’Entant Jésus, tout nu, dans une attitude véritablement prise sur le vif. Autour de lui, à genoux, sa mère, deux anges, saint Augustin, et le donateur, qui appuie sa droite sur sa poitrine par un geste de componction véritablement touchant; puis trois personnages debout : saint Joseph, saint François d’ Assise et un jeune homme la tête ceinte d’une couronne de chêne, les jambes nues, beau et fier comme un dieu antique (peut-être un berger). Un sentiment

commun anime et relie les uns aux autres tous ces acteurs et donne à la composition le caractère d’unité et presque l’intérêt dramatique qui font trop souvent défaut aux Saintes Conversations. Au fond, un fragment d’arc de triomphe, aux écoinçons ornés de prophètes tenant des banderoles, puis un de ces purs et radieux paysages, dans lesquels le Francia se rencontre avec Lorenzo di Credi. Quoique le fini de certains détails, par exemple la chape de saint Augustin, révèle la préoccupation, la minutie, de l’orfèvre devenu peintre, les figures ont une ampleur et une noblesse, une fermeté et une assurance qui laissent loin derrière elles les productions du Pérugin.

Sans accorder au portrait plus de place qu’il n’en mérite dans la peinture religieuse, Francia savait à l’occasion, tout comme le Pérugin, fixer une physionomie avec autant de souplesse que de fermeté : on le voit par ses portraits de donateurs et par plusieurs portraits à mi-corps. Disons à ce sujet que depuis longtemps les critiques les plus autorisés sont d’accord pour enlever au maître bolonais le merveilleux portrait de Jeune Homme exposé au Louvre, dans le Salon carré, avec son expression à la fois inquiète et volontaire et son coloris si profond, si chaud.

Portrait de F. Francia.

(D'après la gravure publiée par Vasari.)

Cependant Francia, associé avec Lorenzo Costa, avait ouvert un atelier qui devint bientôt le plus populaire de l’Italie ; les élèves s’y pressaient par centaines (p. 6 1 3) . En même temps, l’orfèvre-peintre entassait tableaux sur tableaux : ses productions, disséminées dans toutes les galeries de l’Europe, le cèdent à peine en nombre à celles du Pérugin.

Ses succès dans la peinture de chevalet décidèrent Francia à aborder la fresque. Il peignit, au palais Bentivoglio, Judith et Holopherne. On y voyait le camp garni de fantassins et de cavaliers gardant les tentes; Judith, habillée en veuve, saisissant de la gauche la chevelure d’Holopherne, toute baignée de sueur, et de la droite brandissant le glaive, tandis que sa vieille servante l’encourageait du regard, et apprêtait le sac destiné à recevoir la tête de leur ennemi. Une autre peinture, un camaïeu, représentait une Dispute de Philosophes. Ces fresques furent détruites en i5o7, lors de la démolition du palais des Bentivoglio.

Parmi les nombreuses Madones appartenant à sa dernière période, celle de la Pinacothèque de Munich séduit et par la poésie de la conception et par la finesse de son coloris argentin. Le tableau a pour cadre un beau paysage, calme et limpide : au premier plan, une haie de roses — au milieu desquelles chantent les oiseaux — abrite et la Vierge qui s’incline avec les marques de vénération la plus profonde, et l’Enfant qui, étendu sur le gazon, sourit .à sa mère. Cette belle composition, tout à fiait dans la donnée des Écoles mystiques primitives, respire une fraîcheur délicieuse et nous montre dans Francia un poète autant qu’un peintre.

Dans la Vierge entre saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint Georges et saint Etienne, à la Pinacothèque de Bologne, Francia revient au thème des Saintes Conversations, c’est-à-dire à la réunion, en quelque sorte fortuite, de personnages se livrant chacun à un monologue, sans se soucier de leurs voisins. Les tons rougeâtres ont disparu, mais les figures ont une certaine dureté et paraissent construites morceau par morceau, au lieu de venir d’un jet.

Francia sentait tout autant d’éloignement que le Pérugin pour les scènes ultra-dramatiques. La Descente de croix, de la galerie de Parme, montre (sauf chez la femme qui accourt les bras étendus) la tristesse ou la résignation plutôt qu’une douleur véhémente.

Un peu plus tard (avant l5og), Francia peignit à fresque, dans l’oratoire de Sainte-Cécile, le Mariage de sainte Cécile avec Valérien et les Funérailles de sainte Cécile. Ce sont des compositions calmes et pittoresques, qui offrent de frappantes analogies avec la manière de Lorenzo Costa, autant qu’elles s’éloignent, par le piquant des costumes, de la manière du Pérugin.

Parmi les rares compositions profanes peintes par Francia, Vasari cite des

Page 1