I. La Grande Encyclopédie, t. V, p
LA GRAVURE
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supérieure invariablement rasée. Le Tractatus solemnis et utilis (1482), dont nous reproduisons une gravure, offre plus de distinction.
A Florence, les principaux livres illustrés sont : les Sette Giornate délia Geographia, de Berlinghieri (1480); le Specchio di Croce, de Cavalca (1490); les Laudi de Jacopo da Todi; le Libro de Giuocchi di Scacchi, de Jacopo da Cessole ( 1 498) ; les Epistole et Evangelii (de 1496); Y Esope de 1496; enfin les illustrations de Savonarole '.
Il faut bien le reconnaître, la xylographie florentine tourne quelque peu dans le cercle des illustrations savonarolesques, d’une inspiration véritablement tendre et évangélique, mais d’une conception et d’un style assez faibles au point de vue de l’art. On y regrette surtout l’absence d’harmonie, les contrastes trop violents entre les noirs et les blancs. Ces livres ont pu faire beaucoup pour l’édification, mais leur rôle au point de vue de l’art est beaucoup plus modeste.
A Ferrare, le nombre des livres à gravures publiés de 1479 à 1 532 ne s’élève qu’à dix, et, sur ces dix, deux seulement ont marqué, le De plurimis... daris Mulieribus, de Filippo Foresti (1497)1 2, avec ses profils élégants de dames célèbres , et le Saint Jérôme (même année), avec la simplicité tout évangélique de ses petites vignettes. Quant aux autres, avec leurs gravures rudes et
1. M. Gruyer a consacré à ces dernières une monographie très complète et très distinguée : les Illustrations des écrits de Jérôme Savonarole publiés en Italie au XVe et au XVI 0 siècle et les Paroles de Savonarole sur l'Art. Paris; Didot, 1879.
2. Foresti y entreprend la réhabilitation ou la glorification de la plus belle moitié du genre humain, depuis Ève, Méduse, etc., jusqu’aux princesses de son temps, depuis les guerrières ou les martyres jusqu’aux savantes et aux poétesses. Les portraits (!), à mi-corps, se détachent, dans la partie inférieure, sur une sorte de gazon, dans le haut sur un fond blanc. Plusieurs d’entre eux sont d’une grâce achevée (t. I, p. 182). Quant à la fidélité de la reproduction, ce n’est point le fort de cet éditeur peu scrupuleux : la même gravure représente Sémiramis, Penthésilée, Camille, Jeanne de Sicile, Élisabeth d’Espagne, etc.
Fac-similé d’une gravure de la Bible de Malermi. (Venise, 1400.)
pauvres, ils donnent une triste idée de l’état de la xylographie ferraraise1.
Milan est représenté par la Summula de pacifica Consciencia de Fra Pacifico de Novare (1479), Par Practica Musice de Gafori (1496), aux illustrations si piquantes, dues à notre compatriote l’éditeur, imprimeur et graveur sur bois Guillaume Signerre de Rouen2 3, par le Legendario di Santi Padri (1497), et par le Specchio d’ Anima de Ferraro (1498), etc. Une gravure reproduite cicontre, la Vierge et T Enfant Jésus, montre quelle suavité les graveurs milanais savaient dès lors mettre dans leurs bois.
Venise, quoique engagée encore, à beaucoup d’égards, dans la tradition du
moyen âge, développa une activité merveilleuse. Elle mit au jour une longue série de livres illustrés dont quelques-uns sont restés d’inimitables modèles. La gravure sur bois vénitienne acquit rapidement une ampleur et un éclat extraordinaires.
Les figures du Fasciculus de Medicina de Ketharn et du Plan de Venise, gravé par Jacopo de’ Barbarj (t. I, p. 164), n’ont véritablement rien à envier aux plus belles productions de la xylographie allemande contemporaine.
Au début du xvie siècle, par suite de causes générales ou particulières qui n’ont pas encore été déterminées, la gravure sur bois et surtout l’illustration des livres subit un ralentissement regrettable (voy. p. 64). Le procédé parut-il trop rude à des raffinés tels que les contemporains de Léonard et de Raphaël? Les conditions nouvelles de la librairie italienne, et notamment l’apparition de l’in-octavo, impliquaient-elles la diminution ou la suppression des gravures dans le texte? Toujours est-il que la xylographie italienne ne tint pas les espérances qu’elle avait fiait concevoir.
Dans les Arts décoratifs5, au fur et à mesure que l’on s’éloigne du moyen âge, on constate un besoin plus vif de subordonner la matière à la main-
1 . Gustave Gruyer, les Livres bubliés à Ferrare avec des gravures sur bois. Paris, Galette des Beaux-Arts, 1889.
2. Le frontispice de cet ouvrage, déjà tout italien quant à l’intention, mais encore à moitié français quant au style, est reproduit dans la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 467.