L’ORFÈVRERIE
De même qu’à Athènes et à Rome, la passion pour la sculpture colossale (p. 79) eut pour pendant la passion pour la sculpture microscopique; avec des monolithes tels que le David de Michel-Ange alternèrent des gemmes et des intailles d’un fini extrême. Quoique la Glyptique n’ait atteint son apogée que pendant la dernière période de la Renaissance, avec les Valerio Belli, les Matteo del Nassaro, les Giovanni da Castelbolognese , comment ne pas signaler ici des graveurs toscans et lombards de la réputation de Giovanni delle Corniuole, de Pier Maria da Pescia, de Domenico dei Cammei !
Giovanni delle Opéré, surnommé Giovanni delle Corniuole, en raison de l’habileté avec laquelle il sculptait les cornalines , semble être né après 1470 à Pise, où il eut probablement pour maître le graveur Antonio. Il ne tarda pas
à retourner à Florence, patrie de son père, et y grava sur une pierre dure le portrait de Savonarole, un des joyaux du Musée des Offices. Sa nomination au poste d’horloger du « Mercato Nuovo » et les différentes expertises qui lui furent confiées témoignent de l’estime dont il jouissait. Il mourut en 1 5 1 6 ou peu après.
Pier Maria Serbaldi, surnommé « il Tagliacarne », naquit à Pescia vers iq55; il entra en 1497, en qualité de graveur des monnaies, au service de la cour pontificale, poste qu’il conserva jusqu’en i52 2 au moins'. Vasari vante l’habileté avec laquelle il
Médaille d'Ag. Bonfrancesco.
Par Sperandio.
imitait les ouvrages des anciens.
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Dans le nord de l’Italie , la réputation du Milanais Domenico dei Cammei (confondu par plusieurs biographes avec Domenico Compagni, qui travaillait un siècle plus tard, entre 1 5 y5 et i58o) balança celle de Giovanni delle Corniuole. Cet artiste grava en creux, sur un rubis balais de la dimension d’un jules, le portrait de
Ludovic le More; on lui attribue en outre, au Musée des Offices, un camée représentant le même prince.
Médaille de Julia Astallia.
Attribuée à Talpa.
L’histoire de I’orfèvrerie confine à tout instant à celle de la statuaire, de même que la biographie des orfèvres se confond sans cesse avec celle des sculpteurs, des peintres et des graveurs. Nous ne saurions songer, dans le
I. Voy. mon Atelier monétaire de la ville de Rome, p. 10 et suiv.
Médaille du cardinal Alidoso.
petit nombre de pages dont nous disposons, à passer en revue soit tant d’artistes justement célèbres, soit tant d’œuvres merveilleuses. Bornons-nous à signaler une pièce aussi extraordinaire que peu connue, le Calvaire du trésor de Gran (Strigonie) en Hongrie, exécuté pour Mathias Corvin, donné par son fils, en
1494, à l’archevêque Thomas Bakan, et publié récemment par M. Mobilier dans les Chefsd'œuvre d’ Orfèvrerie ayant figuré à /’ Exposition de Budapest.
Les plus riches services d’argenterie modernes ne sauraient donner une idée approchant du luxe déployé par les grands seigneurs de la fin du xvc' siècle et du commencement du xvC, de la richesse et de la variété des ornements et des services de table. Il 11’était pas rare que l’on fit usage de surtouts, de candélabres, de vases, de couverts en or massif; l’élégance des formes ne manquait jamais, bien entendu, de relever l’éclat de la matière première1. On éprouve à la fois un éblouissement et une déception amère en parcourant les descriptions des fêtes, les pièces comptables, les inventaires : de tant de
merveilles, à peine deux ou trois vestiges sont parvenus jusqu’à nous.
En dehors de Florence , où les bijoux étaient signés des noms d’Andrea Verrocchio, d’Antonio Pollajuolo, de Domenico Ghirlandajo, il n’y avait guère de ville de quelque importance qui ne comptât à cette époque un orfèvre fameux. Pérouse s’enorgueillissait d’avoir donné le jour à Cesarino Rossetti , qui eut l’honneur de travailler d’après les modèles de Raphaël (p. 23q), et à Lautizio. A Bologne, le nom de Francia éclipsait tout autre (p. 7 33). A Venise, les da Sesto formèrent une dynastie aussi nombreuse que célèbre, qui demeura toutefois attachée plus longtemps qu’il ne convenait à la tradition gothique. Pour Milan, prononcer le nom de Caradosso, c’est évoquer non seulement le souvenir d’un artiste hors ligne, mais encore celui de l’armée d’orfèvres
Boucle d'oreille d’après
un portrait de femme attribué
à S. del Piombo.
(Musée de Francfort-sur-Mein
Médaille de Camelio.
Par lui-même.
1. Voy. Burckhardt, Die Renaissance in Italien, 2° édit., p. 371. — Labarte, les Arts industriels aie moyen âge et à l’époque de la Renaissance. — La Renaissance au temps de Charles VIII,
L'ORFEVRERIE.
habiles qui le reconnaissait pour chef, et qui répandit en tous lieux la réputation des ateliers milanais; à côté de lui brillait l’émailleur Daniele Arcioni.
Le trait qui domine dans toutes ces créations, c’est un luxe intelligent; l’imagination de l’artiste et la perfection de la main-d’œuvre décuplent la valeur de la matière première; on n’admire pas moins la multiplicité des ressources mises en action. Les orfèvres ne se contentent pas en effet de parfaire leurs sculptures microscopiques au moyen de la ciselure et de la gravure : ils les enri-
Soubassement du Calvaire de l'église métropolitaine de Gran.
chissent de nielles, d’émaux, de damasquinures (procédé employé en Italie dès le commencement du xv1' siècle).
La ferronnerie, sacrifiée pendant quelque temps à la fonte en bronze, doit sa renaissance à l’initiative d’un artiste florentin et d’un artiste siennois, Niccolô Grosso, surnommé « il Caparra », et Cozzarelli (p. 5 1 3). Le chefd’œuvre du Caparra, ce sont les quatre lanternes du palais Strozzi (mises en place le 16 novembre i5oo; elles ne coûtèrent pas moins de ioo florins chacune, rien que pour la main-d’œuvre1). Accordons aussi un souvenir aux