‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 27 sur 284 · LA TRADITION ANTIQUE · texte numérisé non relu

LA TRADITION ANTIQUE

poèmes arcadiques. Nous devons donc faire abstraction de la signification religieuse de ces mythes pour ne nous attacher qu’à leur sens symbolique ;

Cérès. Fac-similé d’une gravure de Robetla.

ainsi seulement nous comprendrons comment ils ont vécu jusqu’à nos jours, comment ils vivront aussi longtemps que la civilisation même issue de l’antiquité, cette civilisation née une seconde fois avec la Renaissance.

Les amateurs et les artistes ne furent pas seuls à encourager ou à répandre les souvenirs du monde classique. Le domaine de l’antiquité était si vaste, que toutes les formes de gouvernement, républiques comme monarchies, y trouvaient leur compte : aux unes, elle offrait l’image de la prospérité terrestre; à d’autres, d’éclatants exemples de la justice des dieux, d’un amour farouche de la liberté ou de la puissance de l’Empire romain. Les chefs d’Etats et les municipalités comprirent rapidement combien ils avaient d’intérêt à invoquer tant de hautes leçons de patriotisme, à personnifier les grandes forces morales de la société en des figures plastiques parlant si nettement aux yeux. Hôtels de ville et tribunaux s’ouvrirent aux héros de l’antiquité ou aux réminiscences du polythéisme, même dans les régions les plus attardées. Au « Cambio » (la salle des Changeurs) de Pérouse, le Pérugin peignit, comme représentants de la Justice, Camille, Pittacus et Trajan; comme représentants de la Prudence, Fabius Maximus, Numa Pompilius; de la Modération, Scipion, Périclès et Cincinnatus; du Courage, L. Licinius, Léonidas, Horatius Codés, puis Caton, qui tous se prélassent à côté des Sibylles et des Prophètes. Venise, si longtemps réfractaire à la Renaissance, finit par accueillir avec enthousiasme, au palais des Doges, sur les bases de ses mâts, sur les bucentaures, sur ses médailles et ses monnaies, ces images, les plus claires et les plus éclatantes qu’on ait jamais conçues. La mythologie, l’histoire grecque et l’histoire romaine cessèrent par là d’être lettre morte, pour redevenir la chair et le sang de la nation. Au palais municipal de Brescia on choisit, pour personnifier la Justice, un mélange de scènes bibliques et de scènes païennes : l'Histoire de Suzanne, — Pljilippe de Macédoine réparant une sentence injuste , — Charondas se donnant la mort pour avoir enfreint une loi qu'il avait promulguée , — Seleucus se crevant un œil et faisant crever l’autre à sou fils, — le Jugement de Cambyse , — Manlius condamné à mort par son père, — la Justice de Trajan, — le Jugement de Salomon (fresques attribuées tour à tour à Giulio Campi et à Antonio Campi).

L’antiquité s’assura une place jusque dans l’art de la guerre et sur les engins de destruction. Les figures de Mars et de Bellone servirent à orner les façades des arsenaux ou des casernes, les canons, les cuirasses, les casques; la tète de Méduse devint l’ornement obligé des boucliers (rondache de Léonard de à inci, boucliers de l’Armeria de Madrid, etc.).

(Constatons en passant que, contrairement à toute présomption, cette époque profondément spiritualiste accueillit sur un pied d’égalité les divinités représentant les forces de la nature et celles qui symbolisaient une idée morale).

Un autre signe des temps, c’est l’apparition, sur les places publiques, de statues monumentales sculptées ou fondues en l’honneur des dieux. Jusque vers la fin du xv1' siècle, les sculpteurs, en exécutant les simulacres des divinités païennes, auraient craint de froisser les sentiments des fidèles. Seul Donatello avait eu le courage, dans son Cupidon, de donner au dieu de 1 Amour les dimensions d’un être réel. Longtemps ses contemporains ou successeurs

Page 1