LA COULEUR LOCALE
des anciens Romains, ou encore à représenter nus des personnages laits pour être vêtus, Y Homme au drapeau, les Vendangeurs du même Marc-Antoine *, sur l’esprit duquel l’antiquité finit par peser comme une obsession.
Répétons-nous, en guise de consolation, que ceux qui copièrent sans les modifier les formules antiques, auraient tout autant copié, si les circonstances les y avaient poussés, les formules de l’art byzantin ou de l’art gothique. Or, copier pour copier, mieux valait prendre pour modèles des monuments d’un art parfait que des productions maigres, raides ou pauvres. Même sans la résurrection de l’antiquité, l’art italien aurait peu à peu tourné à la banalité, par la force même des choses, par cette’ loi fatale qui préside à l’essor des Ecoles et à leur déclin : dans l’art comme dans la vie politique, comme dans l’existence de chacun de nous, l’affaissement ne succède-t-il pas invariablement à l’effort !
Mais, m’objectera un adversaire à bout d’arguments, ce détachement de jour en jour plus marqué à l’égard des événements ou des hommes ne déri— vait-il pas en droite ligne des leçons de l’antiquité, c’est-à-dire des modèles romains, les seuls que l’on connût alors? Erreur, erreur absolue. Combien de monuments fameux, à Rome même, ne retraçaient pas, le plus souvent avec un rare luxe d’informations, les exploits des empereurs, depuis les médailles jusqu’aux arcs de triomphe de Titus, de Trajan, de Septime-Sévère, de Constantin, jusqu’à la colonne Trajane et la colonne Automne ! documents inappréciables et pour l’iconographie, et pour l’histoire du costume, de l’armement, de l’art militaire. Si les représentations historiques ont eu tant de peine à prendre racine en Italie pendant cet âge d’or de la peinture, la faute n’en est pas, convenons-en, aux leçons de l’antiquité.
Pour nous résumer, on ne peut que prendre en pitié ceux qui considèrent comme pernicieuse l’influence antique. Jamais, sans les leçons de l’antiquité, la Renaissance n’eût atteint ni à la pureté et à l’ampleur de formes, ni surtout à l’éloquence et à l’éclat des personnifications , que nous admirons dans ses productions. Supprimez ces emprunts, que reste-t-il de l’œuvre de Raphaël? Plus d 'Ecole d'Athènes, plus de Parnasse, plus de Galatée, plus de Psyché, plus de Vertus, de Planètes, de Saisons, plus même de génies ou de grotesques, ou d’attributs. Quelque chose comme les plates et lourdes allégories flamandes du temps.
Dans la première partie de ce chapitre, nous avons passé en revue les ressources littéraires ou artistiques que l’étude de l’antiquité offrait à la Seconde Renaissance; les paragraphes suivants ont été consacrés à l’énumération des sujets : mythologie, compositions allégoriques, scènes de l’histoire grecque ou romaine. Il nous reste à rechercher quel parti la génération appartenant à la fin du xvc et au commencement du xvf siècle tira de ces enseignements.