‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 42 sur 284 · I. Comte Henri Delaborde, Marc-Antoine Raimondi, p. 5t · texte numérisé non relu

I. Comte Henri Delaborde, Marc-Antoine Raimondi, p. 5t

Les progrès dans la connaissance de l’antiquité devaient avoir tout d’abord pour effet de donner la couleur locale véritable à une foule de sujets antiques étrangement travestis par la Première Renaissance (voy. t. I, p. 248 et suiv.). La réalité du costume, des attributs, de la mise en scène, et surtout la vraisemblance des attitudes, des gestes, des expressions, de l’action en un mot, ne pouvaient que s’en ressentir avantageusement. Il y avait encore fort à frire de ce côté, tant pour l’antiquité classique que pour l’antiquité biblique, tant pour la mythologie et les annales d’Athènes et de Rome que pour les Evangiles. Prenons, à titre d’exemple, un épisode du Jugement dernier de Signorelli; ce maître vaillant s’est évertué à y frire de l’archéologie; au milieu de personnages bizarrement costumés, il a placé un soldat armé à la romaine — sandales, jambes nues, cuirasse avec le lambrequin, — puis un autre également chaussé de sandales, coiffé d’un turban avec un manteau à manches, qui imite maladroitement la toge, enfin un troisième qui porte de larges pantalons noués à la cheville, à la façon des prisonniers sculptés sur les arcs de triomphe : autant de caricatures. Antonio Pollajuolo ne brille pas davantage dans ses essais archéologiques; ses Travaux d' Hercule, son Combat entre deux Centaures (gravé t. I, p. 253), son Combat de Gladiateurs, c’est à la fois la mythologie dénuée de sens et la violation de tous les principes de goût posés par l’antiquité '. Veut-on une preuve de plus? Domenico Ghirlandajo, l’éminent peintre de Santa Maria Novella, nous la fournira. « On rapporte de lui que, dessinant les antiquités de Rome, arcs, thermes, colonnes, cirques, obélisques, amphithéâtres et aqueducs, il mettait tant de justesse dans ses croquis, qu’il les faisait à main levée, sans équerre ni compas; après coup, en les mesurant, il se trouvait qu’ils étaient justes. Après avoir esquissé à main levée le Colisée, il plaça, ajoute Vasari, à qui j’emprunte ces détails, au pied une figure debout, et les dimensions de cette figure indiquèrent celles de l’édifice, comme le prouva l’expérience frite après sa mort par des maîtres autorisés1 2. » Eh bien, malgré cette étude assidue, Ghirlandajo, même vis-à-vis des personnages de l’Evangile, tomba dans les plus étranges licences archéologiques; il affublait la Vierge et ses compagnes du costume des Florentines du xv‘‘ siècle, et donnait à l’action le caractère de quelque scène de famille de son temps.

Le premier, parmi les peintres, Mantegna réagit contre cette ignorance ou ce laisser aller, comme on voudra l’appeler, et ses principes trouvèrent en Raphaël le champion que le vieux peintre de Mantoue eût pu souhaiter. Ainsi prirent naissance les plus merveilleuses restitutions historiques — de vraies visions — ,

1. En tant que sculpteur, Pollajuolo fit preuve de plus de goût, ainsi que le montrent deux statuettes en bronze du Musée national de Florence : Y Hercule et Aillée et le Faune joueur de flûte, ce dernier copié par Raphaël dans le Livre d’esquisses de Venise. (Courajod, V Imitation et la Contrefaçon des Objets d'art antiques aux AT' et A" 17 siècles, p. 62.)

2. La Visitation, au Musée du Louvre, contient quelques-unes de ces réminiscences-, entre autres une vue du Panthéon de Rome.

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