LE COMIQUE ET LE FANTASTIQUE
Moins indépendant dans le choix de ses sujets, Raphaël se vit contraint, un
Paysan assistant à l'Enlèvement d’Europe.
Fac-similé d’une gravure de Benedetto Montagna.
jour, par un caprice de Léon X, qui aimait les grosses plaisanteries, d’esquisser une véritable caricature : à l’occasion de la représentation des Suppositi de
l’Arioste, force lui fut de peindre sur le rideau du théâtre Fra Mariano tourmenté par les diables (voy. p. 55).
Moins encore que les peintres, les sculpteurs devaient se complaire dans des sujets si contraires à la dignité, à la gravité de leur art. Il n’est même pas sûr qu’ils aient mis en œuvre des motifs facétieux ou grotesques sur de petits bas-reliefs sans conséquence, tels que les médailles ou les plaquettes.
Seuls ces enfants terribles qui s’appellent les graveurs se sont laissé séduire par un ordre de représentations que je suis loin pour ma part de condamner, mais qui jure, il faut bien le reconnaître, avec la tenue si grande de l’art italien pendant sa période classique. Baccio Baldini a publié une Grimace (les deux doigts du milieu ouvrent la bouche, tandis que les deux index abaissent les paupières inférieures). Un anonyme de l’Ecole lombardo-vénitienne de la seconde moitié du xve siècle a représenté une Troupe de singes faisant toutes sortes de niches à un marchand endormi (Passavant, t. V, p. 190), motif que Holbein a traité plus tard dans son tableau de la Bibliothèque de Zurich. Un autre anonyme, de l’École de Mantegna, a symbolisé le Mois de mars par un homme barbu vu de face, assis sur une chaise et ouvrant la bouche toute grande comme pour se plaindre de la mauvaise chère du carême. De la main gauche il tient quelques oignons et appuie le pied gauche sur un panier rempli de légumes. Vis-à-vis de lui on voit un petit baril de sardines et, tout près, quelques poissons avec des écrevisses. A droite, des poissons et une sépia. A ses pieds, une tablette avec l’inscription :
Io son Marzo che carne non rnanzo bocone, Po non posso esser compagnone
Vivando de morona, spinaze e ganbareli, Caviaro, tonina, pori e burateli.
Au mois de Mars ou au Carême fait pendant le mois d’Octobre, un jeune homme assis et contemplant avec douleur une cruche renversée à terre. Cependant, sur la table qui est à sa gauche, on voit encore une autre cruche avec un flacon de vin. Dans le fond, un second jeune homme assis sous un oranger contemple son compagnon, les bras croisés. Au bas, sur une tablette :
Io son Otubrio bon citadino Che non posso bever niun picol vino;
Se io avese qualche bon tribiano Ne beveria in loco de padoano.
On attribue au même graveur la Vieille Femme aux Saucisses, composition grotesque dont l’héroïne, une vieille femme avec une chevelure frisée en toupet, tient de la main droite une broche garnie de saucisses et donne de la gauche un pied de porc à un jeune homme. Un autre client lui adresse sa requête à genoux. Plus loin, quatre danseurs et deux musiciens aux vêtements garnis de boutons en forme de clochettes.
Signalons encore, sur la dernière des vingt-deux cartes d’un Jeu de Tarots,