‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 51 sur 284 · LE COMIQUE ET LE FANTASTIQUE · texte numérisé non relu

LE COMIQUE ET LE FANTASTIQUE

un fou dans l’ivresse, tombé à terre, et qui soutient, avec les jambes en l’air, un grand vase rempli de vin sur lequel on lit l’inscription Muscatello'.

En regard du comique je placerai une catégorie d’idées encore plus en opposition avec les tendances de la Renaissance italienne, cette Renaissance faite surtout de clarté et de santé : je veux parler de ces cycles plus ou moins fantastiques mis à la mode par le moyen âge et par les pays du Nord.

Prenons le cycle de la mort, si populaire en France, en Allemagne, en Angleterre, où les danses macabres continuent à se développer sur les marges des livres d’heures aussi bien que sur les façades des monuments publics. Pendant la période que nous étudions, les artistes italiens, si heureux de vivre, si attachés aux biens de ce monde, ne mettent guère ces images funèbres en œuvre sans nécessité absolue, je veux dire en dehors des tombeaux, des Jugements derniers, des Triomphes de Pétrarque, de V Art de bien mourir de Savonarole. Seules les têtes de morts ont le privilège de figurer assez fréquemment sur des monuments avec lesquels elles n’ont pas trop affaire. Parmi les rares exceptions, il suffira de signaler ici les deux danses macabres (« ballo délia Morte ») peintes à Ferrare, l’une dans l’église Saint-Benoît en 1499, par Ludovic de Modène, l’autre dans le Palais de la Ragione1 2 3, d’après les dessins de Garofalo, affirmet-on, par son élève Flori (f 1 523) . Je rappellerai en outre la Mort représentée sous forme de squelette vivant dans une peinture de Signorelli, au couvent de Saint-Antoine à OrvietoA Par un contraste lugubre plutôt encore que plaisant, les organisateurs de diverses fêtes absolument profanes, telles que le carnaval, eurent l’idée d’évoquer l’horrible spectre. En 1 5 1 1 , à ce que l’on croit, le peintre florentin Piero di Cosimo représenta, au moyen de tableaux vivants, le Triomphe de la Mort, dans les données imaginées soit par Pétrarque, soit par un des commentateurs du poète : des buffles traînaient un char orné de squelettes et de croix blanches, sur lequel se tenait la Mort avec la faux. Tout à l’entour, des tombeaux qui s’ouvraient de temps en temps, et dont sortaient des personnages déguisés en squelettes. Autour du char, sur des chevaux efflanqués, d’autres squelettes. Des torches fumeuses, des trompettes sonnant des airs lugubres, le chant des psaumes et du Miserere, achevaient de donner à la scène un indéfinissable caractère de terreur. — Il ne fallait pas moins de mauvais goût pour mêler ces évocations lugubres à des festins, comme le fit un certain Matteo da Panzano, qui prit les supplices de l’Enfer pour thème du banquet offert à une société d’artistes florentins (voy., plus loin, le chapitre V).

Ici encore, les infractions à la règle commune sont surtout nombreuses chez les graveurs, gent particulièrement indisciplinée, en raison même de la

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