CHAPITRE V
L’ESTHÉTIQUE DE l’âge d’or. — LES MÉTHODES D’ENSEIGNEMENT. LES ENCYCLOPÉDISTES. — LA CONDITION DES ARTISTES AU XVÉ’ SIECLE.
près cette vue d’ensemble sur l’art italien à la fin du
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dans lesquelles vécurent les artistes de cet âge heureux, d’examiner les principes d’esthétique, les méthodes d’enseignement, l’organisation du travail, le rôle des corporations, les idées sur la propriété artistique, les rapports entre les artistes et les amateurs, bref ce que l’on peut considérer comme l’ossature de ce vaste temple consacré à la beauté.
La Première Renaissance n’avait connu que des traités pratiques soit de peinture et de perspective (Cennino Cennini, Piero délia Francesca, L.-B. Alberti) , soit d’architecture (Alberti, Francesco di Giorgio Martini); un seul auteur, Ghiberti, s’était efforcé d’indiquer, du moins dans ses traits généraux, 1 évolution des styles. Quant à l’esthétique, elle ne comptait d’autre représentant que Fra Francesco Colonna, le prolixe auteur de YHypiierotomacbia ou Songe de Polyphile, ouvrage terminé en 146“ et publié en 14QQ.
La Seconde Renaissance reprit sur tous les points la tâche à peine esquissée
E. Milntz. — IL Italie. L'Age d’Or. 2q
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comme nous l’avons fait pour la période préc de passer en revue les conditions morales et ma
par son aînée. Une longue série d’écrivains s’efforcent de définir la beauté, surtout chez la femme : tels sont Machiavel, dans la description de la Peste de Florence; l’Arioste, dans le portrait de la fée Alcine (ch. vii, str. xi et suiv.); Niphus (f 1 538), qui dans son traité de Pulchro et A more, dédié à Jeanne d’Aragon, s’évertue à prouver que le corps de cette princesse (qu’en savait-il?) est le « critérium formæ » ou la beauté archétype, vu qu’il oftre en tout la proportion sesquialtère'; enfin et surtout Agnolo Firenzuola (né vers iqcp, mort vers i5q8), l’auteur du délia Bellepga délia Donna. En regard d’ouvrages aussi curieux, il n’y a même pas lieu de mentionner le Courtisan de Balthazar Castiglione avec son esthétique flottante et tout oratoire.
Quoique la réflexion et le raisonnement passent d’une manière générale pour nuire à la spontanéité de la production, le plus grand peut-être des maîtres de la Renaissance, Léonard de Vinci, a été un théoricien autant qu’un artiste : à tout instant il a éprouvé le besoin de se rendre compte de ses impressions et de codifier les résultats de ses expériences.
L’œuvre maîtresse de Léonard , le Traité de Peinture, comprend, à côté de formules d’un caractère essentiellement pratique, tous les éléments d’un traité d’esthétique transcendante. Dans la première partie, l’auteur compare la peinture avec les sciences positives, avec la poésie, la musique, la sculpture, et s’élève aux considérations les plus fécondes, les plus éloquentes. Longtemps aussi avant Charles Le Brun, Léonard cherche à définir l’expression des passions (manière de représenter un homme en colère, un homme au désespoir, etc.).
Un reflet, un écho plus ou moins déformé de l’esthétique de Léonard se retrouve dans la Divina Proportione de Fra Luca Pacioli1 2, ouvrage pour lequel Léonard a fourni un certain nombre de dessins. Analyser les divagations de Pacioli serait peine perdue : l’obscurité des idées du pauvre moine n’a d’égale que la barbarie de son style; et puis à tout instant il mêle un mysticisme puéril aux essais d’esthétique : c’est ainsi qu’il déclare n’énoncer que treize propositions, par respect pour le nombre que l’on obtient en ajoutant le Christ aux douze apôtres (chap. xxm) !
Le trait saillant de la Divina Proportione, c’est l’influence des vieilles doctrines pythagoriciennes, entrevues à travers le Timée de Platon; le triangle considéré comme le facteur par excellence de la formation du monde, l’assimilation des corps réguliers aux éléments simples, la terre, l’air, l’eau, le feu et le ciel, etc. On retrouve également chez Pacioli (chap. vm) comme un embryon de la fameuse formule de la moyenne proportionnelle (théorème