‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 8 sur 284 · L'ARIOSTE · texte numérisé non relu

L'ARIOSTE

ils imitèrent les chansons de geste dans leurs productions épiques1. Ce qui séduisait dans ces dernières les prédécesseurs de l’Arioste et l’Arioste luimême, c’est que vis-à-vis du moyen âge ces troubadours de la Renaissance pouvaient se permettre toutes les licences, l’enjoliver, le travestir à leur aise, et Dieu sait s’ils ont usé et abusé de cette latitude. Vis-à-vis de l’antiquité, ils éprouvaient trop de respect encore et n’auraient pas osé la traiter avec un sans-gêne pareil.

Et de fait, ce ne sont pas les héros traditionnels qui ont fait le succès du Roland amoureux ou du Roland furieux ; ce sont les personnages nouveaux inventés de toutes pièces, princes sarrasins ou amazones, Agramant, Astolphe, Rodomont et Roger,

Angélique, Bradamante et Marphise. De Roland, de Charlemagne, d’Olivier, de Turpin, il n’est question que de loin en loin; l’Arioste se souvient de leur existence tous les six ou huit chants, c’est-à-dire tous les trois ou quatre ans, puisqu’il n’a pas mis moins de vingt- cinq ou trente ans pour mener à fin ses quarante chants.

La mythologie elle-même l’Arioste : l’Aurore et Apollon furent de toutes les fêtes; Philomèle et sa sœur remplirent de plus belle les bocages de leurs lamentations et de leurs pleurs; Pluton continua de régner sur les Enfers. Quant à Boiardo, plus fortement ancré dans son sujet, il célébra néanmoins le « dicitor » Arion, la « donzella » Méduse et le « damigello » (damoiseau) Narcisse. (P. I, ch. xii; P. Il, ch. xvn, xxvii.)

Le reproche le plus grave que l’on soit en droit d’adresser à ces poètes, quelque spirituelles ou charmantes que leurs compositions puissent être en elles-mêmes, c’est de ne pas croire aux personnages qu’ils évoquent, vrais héros de roman et non d’épopée; c’est de fausser à tout instant l’histoire en y intro-

Page 1