TI
à Rome tant de pages immortelles, n’y devint-elle jamais, comme rence par exemple, la chair et le sang de la nation. Qui sait : peut-être a- 1- elle dû à cette absence d’éléments régionaux d’avoir une portée plus haute et de servir, comme l’kglise elle-même, d’interprète aux sentiments de la chrétienté entière et non plus seulement à ceux d’une cité déterminée.
Si les environs immédiats de Rome s’enrichissent pendant cette période de deux créations aussi importantes que la villa Madame, commencée vers i?20, et la villa de la Magliana — cette dernière embellie par Innocent VIII, Jules II et Léon X — une foule de localités, Vicovaro, Corneto, Nepi, Cività-Castellana, retombent dans leur apathie. A Ostie, nous ne trouvons à signaler que des grisailles de B. Peruzzi, dans la citadelle; à Cività-Vecehia que le château du port, commencé en 1 5o8 par Bramante et achevé par Michel-Ange; à Narni, que l’élégant portique du dôme (1497); à Viterbe, la cité par excellence des belles fontaines, que la « ‘Madonna délia Quercia », avec sa façade un peu incohérente et son cloître élégant, à l’embellissement desquels ont peut-être pris part Bramante et Antonio da San Gallo le vieux. Un peu plus tard, cette ville acquit, pour l’église Saint-François, une superbe Vicia, de Sebastiano del Piombo. De Sutri sortirent seulement quelques orfèvres, qui travaillèrent pour le pape Alexandre VI.
à Flo
Pour Naples, comme pour Rome et Florence, nous avons anticipé dans notre premier volume en étendant nos recherches jusqu’à l’entrée de Charles VIII et la mort de Ferdinand Frl. Les règnes d’Alphonse II (1494-149?), de Ferdinand II (1495-1496), de Frédéric III (1496-1 Soi), ne furent que de courte durée : dès i5o3, Ferdinand le Catholique, chef de la branche espagnole de la maison d’Aragon, prit définitivement possession du royaume. De même que Milan, Naples se trouva ainsi désormais sous le joug des étrangers, avec cette différence que ces étrangers étaient des Espagnols, non des Français. Aussi, tandis qu’à Milan l’art continuait à prospérer, à Naples il s’étiola rapidement. Pendant ces trop rares
Le Luxe de la table à l’époque de Léon X.
Couteau et fourchette.
(Collection Spitzer.)
1. Bibl. : 1 . I, p. 106. — N. Barone, le Cedole di Tesoreria dell' Archivio di Slato di Nupoh
accalmies la dynastie régnante ne trouva plus guère le loisir de se livrer à une propagande véritablement suivie; à tout instant elle se voyait forcée de mettre en gage ses joyaux ou ses reliquaires. Lorsque, à un moment donné, Frédéric III et ses parentes, Béatrix d’Aragon, veuve de Mathias Corvin, et Isabelle d’Aragon, veuve de Jean Galéas Sforza, duc de Milan, se trouvèrent réunis, dans File d’ischia, ils avaient à pleurer sur leurs malheurs réciproques plutôt qu’à commander des statues et des tableaux. Les deux peintres que nous trouvons en 1497 au service de Frédéric, Giovanni Marco Ciniso et Serio de Andrea, n’ont laissé aucune trace dans l’histoire. Aussi à peine s’il
nous reste quelques médailles qui nous retracent les traits de ces princes infortunés, parmi lesquels Frédéric, mort en France en 1504, était assurément digne d’un meilleur sort.
Quant au général illustre qui, après avoir rétabli sur le trône la branche italienne de la dynastie aragonaise, la renversa pour le compte de son maître Ferdinand le Catholique, rien ne prouve
qu’il ait apprécié les arts de la paix. Gonsalve de Cordoue (1443- 1 5 1 5) passa comme un étranger, comme un ennemi, sur la terre d’Italie, sans y laisser d’autres traces de son passage que des ruines. Tout au plus le voit-on, dans les comptes publiés par M. Barone, donner des ordres pour le payement des honoraires dus à l’architecte- ingénieur Antonio de Settignano (i5oq) et pour l’entretien des jardins de la Duchesca, de la villa Capuana et de Poggio Reale. Assurément, on 11e saurait demander à chaque homme d’Etat, à chaque guerrier illustre, d’être en même temps un Mécène. Mais nous avons bien le droit de regretter que, tout en étant le « grand capitaine » et un diplomate singulièrement perfide, Gonsalve n’ait pas eu assez de liberté d’esprit, des aspirations assez généreuses , pour fixer par moments son attention sur un autre idéal, qu’il n’ait été qu’un homme de guerre supérieur, non une de ces organisations encyclopédiques si nombreuses dans l’Italie de la Renaissance.
Il n’est pas surprenant, étant données les guerres presque ininterrompues
Le cloître de la « Madonna délia Ouercia » à Viterbe.
dalP anno 1460 al 1J04. Naples, i8B5; p. 177, 17g. délia Tesoreria aragonese. Naples, 1886.
Le même, Un Nuovo Registre) di Cedole