‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 92 sur 284 · Schmarsow : l'Art, 1881, t. II, p · texte numérisé non relu

Schmarsow : l'Art, 1881, t. II, p

2. Bibl. : Aux ouvrages cités dans le précédent volume (p. i3p) il faut ajouter le Luca Signorelli de M. Vischer (p. 25-28) et le Melo^o du Forli de M. Schmarsow, ainsi qu’un article de ce dernier savant dans la revue l’Art, 1881, t. Il, p. 201 et suiv.

CÔO

tecte vénitien Marino di Marco di Jadera, pris ensuite en mains en 1469 par le pape Paul II, ce vaste travail se poursuivit jusque sous Sixte-Quint, c’est-àdire pendant près de cent cinquante ans. Les architectes les plus éminents, Bramante et Giuliano da San Gallo, des sculpteurs tels que Giuliano et Benedetto da Majano, ainsi qu’Andrea Sansovino , des peintres tels que Melozzo da Forli et Signorelli, y consacrèrent le meilleur de leurs forces.

Le sanctuaire de Lorette comprend, comme on sait, plusieurs groupes d’œuvres d’art : la sacristie de gauche, ornée d’une fontaine par B. da Majano, de fresques par Signorelli et de marqueteries par Giuliano da Majano; la sacristie de droite, décorée de fresques par Melozzo da Forli; la « Santa Casa », décorée d’après les projets de Bramante et ornée de sculptures par Andrea Sansovino, assisté du Tribolo; la chapelle du Trésor, dont la coupole octogonale fut achevée par Giuliano da San Gallo en i5oo.

A l’église fait pendant le Palais apostolique ou Maison des chanoines, commencé en 1 5o8- 1 509 sur les dessins de Bramante.

Dans son Voyage d'Italie , Montaigne nous a tracé un tableau assez piquant de cette ville, qui n’avait de raison d’être que son pèlerinage célèbre entre tous : « C’est un petit village clos de murailles, et fortifié pour l’incursion des Turcs, assis sur un plan un peu relevé, regardant une très belle pleine, et de bien près la mer Adriatique ou golfe de Venise; si qu’ils disent que, quand il fait beau, ils descouvrent au delà du golphe les montaignes de l’Esclavonie; c’est enfin une très belle assiete. Il n’y a quasi autres habitans que ceus du service de cette dévotion, corne hostes plusieurs, et si les logis y sont assés mal propres, et plusieurs marebans : sçavoir est, vandurs de cire, d’images, de patenostres, agnus Dei, de salvators, et teles danrées, de quoi ils ont un grand nombre de beles boutiques et richement fournies1. »

A Jesi, nous avons déjà signalé l’Hôtel de ville, bâti sur les plans de Francesco di Giorgio Martini : il nous reste à mentionner la construction du portique et de la loge du même édifice par Andrea Sansovino en 1 5 1 9.

Il est des villes bâties dans un site merveilleux, riches, belles, imposantes, et qui cependant, pour n’avoir pas concentré leur attention sur un certain idéal, pour n’avoir pas adopté un certain parti pris, nous laissent indifférents. Tel est le cas d’Ancône : Montaigne nous la montre « fort peuplée, et notamment de Grecs, Turcs et Esclavons, fort marchande, bien bastie, costoiée de deus grandes butes, qui se jetent dans la mer, en l’une desquelles est

un grand fort En l’autre, ajoute-t-il, qui est fort voisin, il y a une église

entre ces deus butes : et sur les pandans d’icelles, tant d’une part que d’autre, est plantée cette ville : mais le principal est assis au tons du vallon et le long

1. Édition da Voyage publiée par M. d’Ancona; Città di Castello, i88q, p. 346-347.

LES MARCHES ET LA IlOMAGNE. 261

de la mer, où est un très beau port, où il se voit eneores un grand arc à rhonur de l’amperur Trajan, de sa femme et de sœur. » Mais le moindre grain de mil — je veux dire quelque belle église de la Renaissance, quelque statue monumentale, quelque cycle de fresques — ferait bien mieux notre affaire. Notons toutefois le palais communal élevé en 1484 sur les dessins du Siennois Francesco di Giorgio Martini. Comme corollaire à la pénurie des monuments nous avons la pénurie des artistes :

on ne compte que sept peintres nés à Ancône pendant le xvie siècle, et encore aucun d’eux n’at-il frit figure.

L’entrée en scène des Urbinates 1 — j’entends Bramante et Raphaël — est un des phénomènes les plus imprévus de l’histoire de l’art italien.

Rien dans le passé du petit duché ne laissait prévoir un tel essor; seule l’initiative passionnée du duc Frédéric avait fait pour un temps de sa capitale un foyer d’art.

Aussi, lui disparu, fut-ce au dehors que Bramante et plus tard son jeune parent ou ami Raphaël durent chercher l’emploi de leur génie : leur patrie ne les comprit pas ou ne fit rien pour eux.

Guidobaldo de Montefeltro (1472-1508), fils et successeur de Frédéric, et son épouse Elisabeth Gonzague (mariée en 1489), appréciaient surtout les plaisirs littéraires; pendant plusieurs lustres, leur cour servit de rendez-vous à quelques-uns des plus rares écrivains de l’Italie, les futurs cardinaux Bembo et Bibbiena, le comte Balthazar Castiglione, ou à des connaisseurs non moins

1 . Bibl. : les ouvrages cités t. I, p. 128. — Pungileoni, Elogio slorico di Giovanni Sailli. Urbin, 1822. — Le même, Elogio slorico di Raffaello Sanli da Urbino. Urbin, 182g — Bertolotti, Artisti urbinati in Rom a prima del secolo AT ni. Urbin, 1881 (extr. du journal II Raffaello). — Charles Blanc, Histoire de la Renaissance artistique en Italie , t. II, p. 83, 106 Paris, 188g.

La Vierge et l'Enlant Jésus, par Giovanni Sanli. (Galerie nationale de Londres.)

distingués, Julien de Médicis et les Canossa de Vérone; ils contribuèrent à porter à leur maturité les plus délicates, les plus rares fleurs de l’esprit. S’agissait-il de mettre sur la scène quelque comédie, ces princes ne reculaient devant aucun sacrifice : on a pu le voir par la description de la première représentation de la Calandra (p. 3q); ils acceptaient aussi de grand cœur les dédicaces d’ouvrages, tels que le traité de Quinque Corporibus de Piero délia Francesca ou la Summa de Arithmetica, Geometria, Proportion i et Proportialità de Luca Pacioli (Venise, 1494).

Vis-à-vis de l’art, ils se montraient infiniment moins prodigues. Ayant fait achever l’admirable palais ducal par Francesco di Giorgio de Sienne et par Baccio Pontelli, ils se crurent désormais quittes. Aussi ne songèrent-ils jamais à s’attacher Bramante ou Raphaël. Ce dernier ne peignit pour eux que le petit Saint Michel et les deux Saint Georges, dont l’un destiné à être offert en cadeau au roi Fleuri VII d’Angleterre. Il trouvait chez ses souverains un accueil cordial, des lettres de recommandation, mais point de travaux suivis. Des artistes indigènes moins en vue, Giovanni Santi, le père de Raphaël, Timoteo Viti et les Genga, ou des étrangers, tels que le Francia, le sculpteur et médailleur Gian Cristoforo Romano, étaient mieux partagés. Le Francia peignit pour Guidobaldo une Lucrèce e t des caparaçons de cheval. Une fois aussi ce prince fit faire sa médaille, mais il semble que ce bronze fut tiré à très peu d’épreuves, car on ne connaît jusqu’ici que l’exemplaire conservé au Cabinet des Médailles de Vienne.

Les choix faits par le duc Guidobaldo et la duchesse Élisabeth ne laissaient pas, quelque intermittente que fût leur action, d’imprimer une certaine direction de goût aux villes dépendant de leur petite principauté. Nous avons montré (t. I, p. 1 36) comment Francesco di Giorgio Martini, le fameux architecte et ingénieur siennois, et Baccio Pontelli élevèrent une série de constructions militaires et civiles, non seulement à Gubbio, qui appartenait alors aux Montefeltro, mais à Cagli, à Sasso di Montefeltro, etc., tandis que Giovanni Santi défrayait de tableaux de sainteté les cités des environs d’Urbin, surtout Cagli, Gradara, Fano, et Montefiorentino, près de Castel-Durante.

Le duc Francesco Maria délia Rovere, successeur de Guidobaldo, qui régna de 1 5 08 à 1 5 1 6, puis de 1 5 2 2 à 1 538, appartient déjà plutôt à la période dont nous nous occuperons dans notre troisième volume ; nous le retrouverons en temps et lieu.

De même que Gubbio, Urbin se rejeta sur les majoliques. Un homonyme et parent du Sanzio, Raffaele di Ciarla, s’v fit une véritable réputation.

C’est par ses productions céramiques également que Castel-Durante (aujourd’hui Urbania) s’est Dit un nom dans l’histoire des arts.

Forli, gouvernée par la veuve de Girolamo Riario, l’énergique et ambitieuse Caterina Sforza, une des victimes de César Borgia, puis par les Ordelaffî,

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