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nerie y semble plutôt le cadre d'un tableau que le corps même de l'édifice.
La construction de la cour du Belvédère, quelque magnifique qu'elle fût, et celle du palais des Loges se trouvent reléguées au second plan par la reconstruction de la basilique de Saint-Pierre, à coup sûr l'entreprise architecturale la plus considérable des temps modernes'. L'importance des problèmes à résoudre, le concours des maîtres les plus éminents en l'art de bâtir, des vicissitudes de toute sorte, intimement liées aux événements politiques et religieux, nous autorisent à affirmer que l'histoire de cette œuvre colossale , dont l'achèvement exigea un siècle et demi, se confond à chaque instant d'une part avec l'histoire de l'Église, de l'autre avec celle de la Renaissance'.
L'initiative de la reconstruction de Saint- Pierre remonte , comme on l'a vu, au premier et au plus ardent champion de la Renaissance, Nicolas V. Il était à peine monté sur le trône (mars 1447), qu'il donna l'ordre de démolir les boutiques qui encombraient l'atrium de la basilique, tant était
grand son désir d'achever les travaux, d'ailleurs secondaires, commencés dans cette région par son prédécesseur, Eugène IV; mais son ambition ne devait pas s'arrêter là. Dès qu'il se trouva en possession des immenses ressources fournies par le jubilé de 1450, il s'occupa de réaliser un projet caressé et mûri depuis longtemps déjà sans doute : la réédification de la basilique constantinienne.
La Grande Niche du Belvédère (état actueli.
1. BiBL. : Bonani, Numismata stimmorum Pontificum Templi Vaiicani fabricam indicantia. Rome, 1696, 1700 et 1715. — De GeymûUer, les Projets piimitifs pour la basilique de Sainl- Picrre de Rome. Paris, 1875-1880. Un vol. de texte et un atlas. — Jovanovits, Forschuvgen ùber aen Bau der Pelersttirche i^u Rom. Vienne, 1877. — Redtenbacher : Ze-'tschrift fiir bildende Kunst, t. IX. — H. Semper, Ibid, iSjS, p. 178 et suiv. — Galette des Beaux-Arts, 1879, t. I, p. 353 et suiv.; t. II, p. 5o6 et suiv. — Letarouilly et Siniil, le Vatican et la Basilique de Saint-Pierre de Rome. Paris, Morel, 1882. 3 vol. de planches in-fol., sans texte.
2. « Quelle entreprise, écrivait Raphaël, est plus noble que la construction de Saint-Pierre, qui est le premier temple du monde ! »
La mort de Nicolas V (24 mars I455) interrompit les travaux. Calixte III s'empressa de congédier la vaillante phalange d'artistes réunie par son prédécesseur, et pendant longtemps il ne fut plus question de la reconstruction de la basilique vaticane. L'œuvre d'Alberti et de Rossellino a cependant plus qu'un intérêt historique : les auteurs modernes sont d'accord pour reconnaître que les fondations gigantesques des deux architectes florentins furent utilisées et que l'on tint compte de leur plan au début du x\i" siècle.
On croit généralement que Jules II fut le premier qui osa reprendre les projets de Nicolas V. C'est une erreur. Trente-cinq années avant que le rude et énergique neveu de Sixte IV montât sur le trône, un pape trop longtemps calomnié, Paul II, fit recommencer les travaux de la tribune de Saint-Pierre. Sur cette entreprise, si honorable à tous égards, on ne possédait jusqu'ici que deux témoignages qui ont passé inaperçus, ou qui ont été méconnus l'un et l'autre'.
Il était réservé au plus fougueux des papes du wf siècle de reprendre l'œuvre de Nicolas V et de la pousser avec tant de vigueur, qu'après lui l'achèvement de Saint-Pierre ne serait plus qu'une affaire de temps et d'argent. Jules II avait été élu pape le i''' novembre i5o3 : il ne tarda guère à s'occuper de la basilique vaticane. Mais avant d'aboutir à l'idée d'une reconstruction complète, ses projets avaient subi diverses modifications. Son intention première avait été de terminer l'abside commencée par Nicolas V, continuée par Paul II, et d'y faire placer son mausolée. L'exécution de ce dernier ouvrage avait été confiée à Michel-Ange, comme on sait, dès le mois de mars i5o5. Les architectes consultés par le pape entrèrent d'abord dans ses vues; puis la discussion engendra des plans nouveaux, de plus en plus brillants. Le résultat final fut l'éloignement de Michel-Ange et l'adoption d'un projet différent de celui de Nicolas V, mais non moins magnifique, la réédification, dans le style de la Renaissance, de toute l'ancienne basilique. Le C> janvier i5oO, Jules II écrivait au roi d'Angleterre pour lui annoncer cette nouvelle et pour solliciter son concours; le 18 avril suivant avait lieu la pose de la première pierre.
Dès le 6 avril i5o6, le pape avait fiit mettre 7600 ducats à la disposition des architectes qui s'étaient engagés à édifier la tribune. Puis vient, sous la date du 20 avril, la constitution de fidéjusseurs; le 23 avril enfin l'argent est versé aux entrepreneurs. Ces maîtres, que les registres qualifient de « magistri architecti », étaient primitivement au nombre de cinq : on trouvera leurs noms dans l'article ci-dessus visé publié par la Ga:^elte des Beaux-Arts.
Le gros œuvre — le contrat signé avec ces maîtres nous l'apprend — faisait l'objet d'un traité distinct; chaque brasse de mur était payée conformément à un tarif général. Pour les colonnes et les chapiteaux, on accordait une somme fixe, déterminée d'avance. Pour les autres ouvrages enfin, les
I. Us Arts à la cour des Papes, t. II. — Gaielle des Beaux-Arts, 1879, t. I, p. 357-
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Les différentes phases de la reconstruction de Saint-Pierre de Rome (i^5o-i02y). ( D'après la restitution de M. de Geymûller.)
E. .Munlz. — II. Italie. L'Age d'Or.
ouvriers étaient payés à la journée. Le fonctionnaire qui stipulait au nom du pape, celui par les mains duquel devaient se Eure tous les payements, n'était autre que Bramante, dont on rencontre le nom presque à chaque page des registres pontificaux.
Pour conquérir le poste si envié d'architecte en chef de Saint-Pierre, il avait fallu bien des luttes, peut-être même des intrigues. Lorsque Jules II résolut de faire reconstruire la basilique vaticane, les candidats à la direction des travaux ne manquèrent pas en effet, à commencer par Giuliano da San Gallo, le vieil ami du pape, et Fra Giocondo.
A peine entré en fonctions, Bramante fit abattre la moitié de la vieille basilique (cette destruction d'un sanctuaire vénéré entre tous lui valut le surnom de maître démolisseur, « maestro guastante, maestro rovinante ») et jeta les fondements de la nouvelle, résolu à enflinter — déclare Vasari — une œuvre qui surpassât en beauté, en grandeur et en richesse tous les monuments de Rome créés par la puissance des souverains, par l'art et le génie de tant de vaillants maîtres'.
Grâce à une collaboration aussi éclairée que dévouée, les travaux avancèrent rapidement. Nous avons mentionné le contrat conclu en i5o6 avec les maçons chargés de construire les fondations et d'élever les piliers de la coupole. Les tailleurs de pierre ne tardèrent pas à se mettre également à l'œuvre. Dès le mois de mars i5cr, ils travaillèrent aux chapiteaux de la nouvelle basilique. Le ]"' mars 1008, fut signé le contrat par lequel Francesco di Domenico de Milan, Antonio di Jacopo de Ponte a Sieve et Benedetto di Giovanni Albini de Rome, tous trois qualifiés de « scarpellini », promettaient d'exécuter un certain nombre de chapiteaux, sur le modèle de ceux du Panthéon. Notons cette dernière clause, elle a son intérêt pour l'étude du projet de Bramante.
Quelle que fût la prodigalité de Jules II quand il s'agissait de créations artistiques, le pape-soldat se vit plus d'une fois forcé de restreindre ses dépenses, partant d'enrayer la marche des travaux. On sait à quel point le manque d'argent retarda l'achèvement du mausolée confié au ciseau de Michel-Ange. La construction de Saint-Pierre aussi se ressentit, d'après les historiens de la basilique, de la disette du trésor pontifical. Le pape cependant ne prélevait pas sur ses revenus ordinaires les ressources nécessaires à l'entreprise. De nombreux brefs nous apprennent que l'Europe tout entière était appelée à concourir à la réalisation de son projet favori. S'il faut en croire l'auteur du poème satirique intitulé Siiiiia et publié i Milan en i5i~, les indulgences dispensèrent le pape de puiser dans sa propre bourse.
I. Pour donner une idée de la grandeur de Saint-Pierre, il suffit de rappeler que les piliers de la coupole du Panthéon de Soufflot, qui avaient à l'origine i3°',83, auraient, exécutés à l'échelle de Saint-Pierre, 93 mètres. — Le Saint-Pierre actuel mesure |85 mètres de long et 46"", 25 de haut; la coupole a i23°,37 d'élévation du sol à la lanterne, et 42", 3o de diamètre; l'ensemble occupe 21 092 mètres carrés, contre u 960 occupés par le dôme de Milan.
BRA.MANTE
Quoi qu'il en soit, nous savons par les registres pontificaux que le total des sommes payées aux entrepreneurs de Saint-Pierre, ou consacrées au traitement des surveillants des travaux, s'éleva, depuis le mois d'avril i5o6 jusqu'à la fin de l'année i5i3, à 70 653 ducats d'or seulement. Ce chiff"re n'a rien d'excessif, si nous le comparons aux sacrifices foits par les successeurs de Jules II. Des documents encore inédits nous apprennent que, du 22 décembre 1529 au 2 janvier 1540, soit pour une période de treize ans, la construction de Saint-
La Basilique de Saint-Pierre en construction. (D'après un dessin ancien publié par M.M. Letarouilly et Simil.)
Pierre absorba 89727 écus 65 1/2, et, du q janvier \5^3 au 25 février 1549, soit pour une période de six ans, 160 774 écus .i 0/4.
Jules II mourut dans la nuit du 20 au 21 février i5i3. En d'autres temps, un pareil événement aurait pu compromettre le sort de la nouvelle construction. C'est ainsi que la mort de Nicolas V avait arrêté court ses projets si grandioses. Mais cette fois-ci l'impulsion était donnée. Alors même que le nouveau pape n'aurait pas porté le nom de Médicis, alors même qu'il n'aurait pas préféré à toute autre gloire celle que procure le culte des arts, il lui aurait été difficile de se soustraire au rôle que lui léguait son prédécesseur. La continuation des travaux ne dépendait plus d'un caprice individuel; elle était désormais intimement liée à l'existence même du catholicisme. Qui aurait pu prévoir à ce moment que ce temple, destiné à marquer le triomphe définitif de la papauté, deviendrait pour celle-ci une cause d'affiiiblissement et
détacherait d'elle des millions de croyants ? La Réforme — est-il nécessaire de le rappeler — a eu pour cause directe, immédiate, le trafic des indulgences, et ce trafic, à son tour, n'était-il pas destiné à subvenir aux fi-ais de la construction de Saint-Pierre?
Bramante ne tarda pas à suivre Jules II : il mourut, comme nous le verrons, une année après son protecteur. Voici quel était, au moment de sa mort, l'état des travaux : Les quatre piliers gigantesques destinés à supporter la coupole s'élevaient jusqu'à la hauteur de la corniche; les arcs étaient bandés, ornés de leurs caissons; la chapelle située au fond de la basilique était presque terminée; dans beaucoup d'autres parties, les constructions étaient fort avancées. Vasari déclare que la corniche qui ornait l'intérieur de la partie terminée par Bramante était d'une telle élégance, qu'on ne pouvait la modifier sans la gâter. Les chapiteaux, et toute la partie dorique de l'extérieur, montraient également combien était vaste le talent de ce grand artiste. Les successeurs de Bramante n'avaient donc qu'à suivre la voie qu'il leur avait tracée pour doter Rome du plus magnifique de tous les temples. Mais des considérations que nous aurons à étudier dans la suite firent adopter d'autres plans. On commença par substituer la croix latine à la croix grecque; puis on revint à celle-ci, pour l'abandonner de nouveau quelques années plus tard. Le résultat final fut l'œuvre bâtarde que nous vo3'ons aujourd'hui.
Le Saint-Pierre de Bramante avait la forme d'une croix grecque, avec une coupole au centre. Quatre tours en saillie formaient les quatre angles du carré; quant aux bras de la croix, avec leurs déambulatoires, ils avançaient .sous forme de tribunes demi-circulaires. Entre ces tribunes et les tours s'étendaient des portiques qui conduisaient sous les quatre petites coupoles'. On peut juger des eftets de lumière et de perspective que produisait ce mélange de portiques, de coupoles et de déambulatoires donnant les uns sur les autres : Bramante, d'après l'expression de M. de GeymûUer, unit ainsi, à la grandeur et à la majesté des édifices antiques, la fantaisie et la magie des cathédrales du moyen âge.
La basilique de Saint-Pierre, telle aue la concevait Bramante, a été à peine ébauchée et nous ne pouvons l'étuûier que dans des dessins plus ou moins fragmentaires, dans la médaille de Caradosso et le plan, absolument dénaturé, publié par Serlio. Qui sait? Peut-être la gloire de l'architecte y a-t-elle gagné. Depuis trois siècles et demi, un Saint-Pierre idéal flotte devant l'imagination des critiques attachés à la restitution d'un ensemble à coup sur admirable. Mais on ne prête qu'aux riches, et je suis sûr que mon ami M. de Geymiiller, qui a dévoué si noblement son existence à l'étude de Bramante, est resté dans les limites de la vérité historique en proclamant le nouveau Saint- Pierre la merveille de tous les temps et de tous les pays. L'œuvre esquissée