Lorenio Ghiberti. p
2. Je n'ai pas la prétention de dresser ici le catalogue complet de l'oeuvre de Sansovino : on le trouvera dans les ouvrages de Perkins, de M. Schônfeld, de M. Bode. Ce dernier attribue entre autres à notre artiste deux bustes du Musée de Berlin (n°" 220, 226), le buste en marbre de Teodorina Cibo et le haut-relief, également en marbre, représentant le Cardinal Antonio del Monte.
cathédrale de Florence (iS^i; le philosophe est représenté à mi-corps, de trois quarts, tenant un volume des deux mains) révèle également quelques-unes des qualités propres aux quattrocentistes : il y a de la vivacité, sinon de la vie, dans cette figure, qui se distingue en outre par la sobriété et l'esprit. Elle nous transporte à mille lieues du pathos cher dès lors aux sculpteurs florentins, et cependant la statue de Saint André, exposée dans le même sanctuaire, nous prouve que Ferrucci se plaisait- par moments à s'inspirer de Michel-Ange : rien de plus tourmenté que ce morceau, avec son enchevêtrement de draperies. Ferrucci jouissait d'une grande notoriété à Florence et au dehors : tout jeune encore il eut l'honneur d'être appelé à Naples (1487) pour y être attaché au service de la cour. De retour dans sa patrie, l'œuvre de l'église San Jacopo de Pistoja lui commanda la décoration de la chapelle haptism.ale, avec le Baptànc dit Christ, en haut-reliet, et des Scènes de Ici vie de Saint Jean, en bas-relief (l'ornementation de cet ouvrage n'est pas moins prétentieuse que le sujet principal). En i5i2, l'œuvre de la cathédrale de Florence le nomma directeur de l'atelier de sculpture attaché à ce monument et qui comptait un personnel de dix-huit maîtres. En i5i7, le roi de Hongrie lui confia l'exécution d'une fontaine de marbre. Antérieurement, l'artiste avait sculpté pour un prélat hongrois, le cardinal de Strigonie, l'autel d'une chapelle située dans la cathédrale de cette ville '.
La réaction contre le style trop placide et trop facile des Eclectiques ne pouvait manquer d'éclater dans une fournaise telle que Florence. Verrocchio accentua la poursuite de la morbidesse; il prit plaisir à recroqueviller et à chiffonner ses draperies, par opposition aux draperies d'un jet trop simple de Civitale, de Majano, de Sansovino. Pollajuolo de son côté s'attacha aux expressions violentes, à une sorte de fierté sauvage, conservant, jusque dans l'exécution définitive, tous les caractères de l'improvisation.
Ces novateurs — ainsi que l'ont tait observer avec sagacité MM. Burckhardt et Bode — travaillaient de préférence le bronze, matière qui provoquait à toutes les audaces, en même temps qu'elle permettait de fouiller les draperies avec une ardente curiosité : les Éclectiques au contraire s'en tenaient au marbre, si propre
I . A Fiesolc, sa ville natale, Ferrucci orna h cathédrale d'un superbe retable où la souplesse du travail et l'ampleur des formes n'excluent pas encore la sincérité, la candeur. Ce monument s'impose à l'attention par la richesse de la matière première — du marbre violacé — non moins que par le charme de l'exécution. La P'hrge et l'Atige Gabriel, inscrits chacun dans un médaillon, égalent, pour la science du rythme et la délicatesse de l'expression, les plus pures créations du quattrocento.
Portrait d'Andréa Ferrucci.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
ANDKKA FERRUCCl.
à traduire les sentiments plus calmes, l'élégance, la grâce, et qui comportait en outre un plus grand degré de fini.
« Dans la sculpture et la peinture, nous dit Vasari, le style de ^■errocchio conserva quelque chose de dur et de cru, comme il était naturel chez un artiste qui devait plus à l'étude qu'à la nature : « Come quello che con inlinito studio
Retable sculple par Andréa Fenucci. (Cathédrale de Fiesole.)
se la guadagnô, più che col benefizio o tacilità délia natura » '. Cet arrêt porté sur l'auteur de Ylncrédulité de saint Thomas, du David de bronze, du CoUeone, peut paraître sévère, mais, après un examen approfondi, on ne saurait entièrement donner tort au biographe. Par le temps qui court, par cette marée montante de l'anarchie et de l'impuissance, il est de mode, en effet, de confondre les hypothèses avec les vérités démontrées, les efforts avec les résultats, les
I. BiBL. : Bode : Annm-'re des Musées de Berlin, t. III, p. 91, 235, 266. — Le même, Italienische Bildhauer. — Paul Durrieu, Un Tableau de l'atelier de Verrocchio au Musée du Louvre. Paris, l883 (extr. de VArt).
E. Muntz. — II. Italie. L'Age d'Or. ^
chercheurs avec les trouveurs. Chercheur, certes, Verrocchio le fut au souverain degré, de même que son immortel élève Léonard, et nul critique impartial ne saurait nier que ses efforts ne fussent éminemment suggestifs. Mais que de fois le sculpteur florentin n'a-t-il pas dû s'en tenir à l'intention seule !
Andréa del Verrocchio naquit à Florence en 143."^. Son père, Michèle di Francesco de Cioni, appartenait à cette classe si téconde de petits industriels : il exploitait un four (de briques?). L'entant commença par l'étude des sciences et cultiva particulièrement la géométrie, comme l'avaient fait Brunellesco, Piero délia Francesca et tant d'autres artistes fameux. Ce n'était guère alors une position sociale; aussi ses parents mirent-ils le jeune Andréa en apprentissage chez forfèvre Verrocchio, dont l'élève reconnaissant adopta dans la suite le nom. D'après Baldinucci, Andréa aurait également reçu les leçons de Donatello et aurait assisté celui-ci dans l'exé cution du lavabo en marbre de la sacristie de Saint- Laurent (gravé t. I, p. 420). Mais cet ouvrage offre tous les caractères du style d'Antonio Rossellino. Ce qui est certain, c'est qu'Andréa, semblable en ceci à l'immense majorité des artistes ses compatriotes, débuta par la pratique de l'orfèvrerie.
Les connaissances acquises comme orfèvre, cette
initiation à un métier délicat et difficile entre tous,
ne furent pas inutiles à Verrocchio lorsqu'il aborda
la pratique de la sculpture; elles l'habituèrent à
approfondir en tout et pour tout les secrets de la technique, à donner à ses
ouvrages le fini qui les distingue; on admirait notamment son habileté dans
le travail du bronze.
Parmi les ouvrages d'orfèvrerie de \'errrocchio, Vasari cite quelques boutons de chape, conservés de son temps au dôme de Florence, et des pièces de vaisselle. L'une de celles-ci, une tasse, jouissait d'une grande célébrité ; elle se distinguait par une frise composée d'animaux, de feuillages et d'autres ornements. Une seconde tasse avait pour décoration des Enfants dansant, d'une grande élégance (« Un ballo di puttini molto bello »). Mais des nombreux bijoux et pièces d'orfèvrerie inventés et ciselés par le maître — agrates, reliquaires, vases, coupes, statuettes d'argent des douze Apôtres, exécutées pour le pape Sixte IV, etc., — aucune n'a échappé à la destruction, ^'errocchio orfèvre ne nous est plus connu que par un bas-relief, la Décollation de saint Jean-Baptiste, ciselé entre 1477 et 14S0 pour le fameux autel d'argent du Baptistère de Florence. Pris dans son ensemble, l'autel, à l'exécution duquel collaborèrent PoUajuolo, Bernardo Cennini, Antonio de' Salvi et Francesco di Giovanni, n'a rien qui séduise ; l'arrangement est encore tout gothique ; nulle netteté, nulle distinction dans l'ordonnance; on dirait que la Renaissance n'a pas encore pénétré
Polirait de Verrocchio.
(Daprès la gravure publiée
par Vasari.)
VERROCCHK).
sur les rives de l'Arno, ou plutôt l'orfèvrerie ne serait-elle pas en retard sur la sculpture? Considéré isolément, le petit bas-relief de la DccoUaiion de saint Jcan-Bapiiite est, au contraire, d'une originalité et d'une vigueur saisissantes.
Je me figure volontiers Verrocchio comme un esprit lent, indécis, conduisant assez mal ses affaires. Personne ne tut plus long à s'émanciper; on croit qu'il a définitivement rompu avec l'orfèvrerie, et le voilà revenu tout à coup à cette pratique! Combien, chez Donatello et chez tant d'autres, l'affranchissement n'avait-il pas été plus prompt! V'errocchio fit de même pour la peinture, qu'il n'aborda qu'avec hésitation, et, en vérité, il eût mieu.x fait de ne pas s'y risquer (voy. plus loin notre livre V)'. Et quelle lourdeur, quelle impéritie dans ses dessins si vantés " !
La DccoUalioii de saint Jean-Baptiste date de 1478 à 1480. Mais longtemps auparavant Verrocchio avait fait ses preuves comme fondeur en métal : en 14O4, il fondit la dalle de bronze destinée à recouvrir les ossements de Cosme de Médicis; en 1467, pour le compte de Luca délia Robbia, les deux derniers compartiments de la porte de la sacristie du dôme; en 14' 8, la boule colossale destinée à surmonter la coupole du même édifice, et, la
i"'""Ml|i"i "
La Décollation de saint Jean-Baptiste,
par Verrocchio.
(Autel d'ai'gent du Baptistère de Florence.)
même année, un candélabre destiné au Palais Vieux. En 1471-1472 enfin, il fut chargé d'exécuter le mausolée de Jean et de Pierre de Médicis, l'oncle et le père de Laurent le Magnifique, pour la sacristie de l'église Saint-Laurent. Arrêtons-nous un instant devant ce monument (gravé t. I, p. 5<); t. II, p. -140). Il se compose d'une arcade en bronze, sur la face de laquelle se développent des bouquets qui sortent de deux vases placés dans le bas, et d'un sarcophage de porphyre, dont les angles de bronze, richement ornés, reposent sur des griffes de lion. Un grillage également en bronze protège le sarcophage. Sur le soubassement est gravée cette inscription qui affecte une simplicité grandiose, mais qui est plutôt un peu vide : « Patri patruoque » (à leur père et à leur oncle). Les vases méritent de nous arrêter : ils se composent d'un pied orné
1. On a soutenu que Verrocchio s'est e'g.ilement exercé d.ins I.i gravure, et l'on a cite à l'appui trois estampes dont il serait l'auteur : une tète de femme, un portrait d'homme, des têtes de chevaux. Mais rien ne confirme cette supposition absolument gratuite. Cf. Passavant, le Peintre-graveur, t. V, p. .Ï2.
2. Tel est, au Musée du Louvre, le dessin de la collection His de la Salle (n° 1 15) qui représente un Apollon, des médailles antiques et deux bustes copiés assez maladroitement. Plusieurs des dessins du Louvre ont été publiés dans la Ga^elte des Beaux-Arts (1882, t. I, p. 225 et suiv.), et dans tes Dessins du Louvre de M. Henry de Chennevières (t. II, in principio).
.ioo HISTOIRE DK LART PENDANT LA RENAISSANCE.
de griffes de lion, de sphinx, de lampes et de rinceaux, avec les deux plumes des Médicis dans une bague (d'un travail assez rudimentaire), puis d'une partie convexe, sur laquelle se détachent des « putti », d'un travail très libre, et des festons.
La première statue qui mit Yerrocchio en évidence prit naissance relativement tard' : ce tut le David de bronze terminé en 147O (payé i5o florins) et destiné au palais de la Seigneurie. Tout le monde connaît ce morceau fameux, qui orne aujourd'hui le Musée national de Florence. La conception est des plus originales : à l'exubérance de la vie, à la poésie du David de Donatello, en face
Croquis de Venocchio. (Musée de rEcole des Beaux-.\rts.)
duquel son bronze devait prendre place un jour, Verrocchio oppose la maigreur d'un gamin florentin, une silhouette nettement, durement dessinée, presque anguleuse; une mine provocante, presque impertinente. L'œuvre plaît infiniment aux artistes. J'avoue qu'elle me touche moins; la recherche du caractère l'v emporte trop sur celle de la beauté; la maigreur y frise la caricature. Original, certes, le David l'est au plus haut degré; beau, il ne l'est en aucune façon.
Le voyage à Rome, pendant le pontificat de Sixte IV, a-t-il exercé sur Verrocchio l'influence qu'on se plaît à lui attribuer ? Frappé de la beauté des chefsd'œuvre qui remplissaient alors la Ville Éternelle, et surtout de la statue équestre de Mair-Aiircle, le jeune artiste, nous raconte-t-on, résolut d'abandonner l'orfèvrerie pour se livrer tout entier à la statuaire, et il mit à e.xécution ce
1. En comparant attentivement les dates de la biographie de Verrocchio et de la biographie de Léonard de Vinci, je suis arrivé à la conviction que Verrocchio ne s'émancipa véritablement qu'après s'être trouvé en contact avec son prétendu disciple, et que celui-ci lui enseigna autant de secrets qu'il en apprit de lui. J'ai développé cette théorie dans un article de la Revue des Deux Mondes (1887, t. LXXXIII, p. ôSg).
VERROCCHIO
projet avec une rare ténacité. Quelle singulière exagération, et comme on reconnaît bien, à ce procédé, les habitudes de rhétorique de notre ami Vasari ! Si Verrocchio a étudié et imité l'antiquité, ce n'est point certes à la façon des Donatelio, des Mantegna ou des Rossellino. Il a pu l'admirer, mais son admiration a été toute platonique. Aucun style ne diffère plus sensiblement de l'antiquité que le sien; chacun de ses ouvrages le proclame à satiété; chacun nous le montre engagé, non dans la voie de l'imitation classique, mais dans celle du réalisme. (Nous savons qu'il tenta l'impossible pour serrer de plus près le rendu de la nature vivante ou des draperies ; il introduisit — Vasari le certifie — l'usage de mouler en plâtre les mains, les pieds et les autres parties susceptibles de servir de modèles.) — On s'étonne, étant données de pareilles tendances, qu'un juge aussi éclairé que Laurent le Magnifique ait confié à Verrocchio la restauration d'un des Marsyas antiques de sa collection.
Vasari (vo}'. p. 445) n'a pas manqué de relever les lacunes de cette restauration. Nul artiste n'a moins imité la netteté
des contours, le galbe de la sculpture gréco-romaine; ses statues, d'un faire essentiellement fouillé, avec des physionomies chiffonnées, procèdent avant tout de la peinture.
On rattache à ce séjour sur les bords du Tibre l'exécution du tombeau de Franccsca Tonialuioni (autrefois dans l'église de la Minerve), dont les basreliefs se trouvent aujourd'hui au Musée national de Florence (voy. t. I, p. 297, et t. II, p. 460). Mais est-il croyable que Verrocchio, après s'être montré, dès 1476, dans le David de bronze, familiarisé avec tous les secrets de la statuaire, ait fait preuve, dans une œuvre postérieure au moins d'un an (Francesca Tornabuoni mourut en 1477), de tant d'inexpérience, de lourdeur, de grossièreté? Encore s'il n'y avait à reprocher à ces bas-reliefs que leur style déclamatoire!
Busle de David iirairmentl. par Verrocchio. (Musée national de Florence.)
Mais, dans l'exécution matérielle elle-même, tout prête à la critique : les corps sont mal construits, les proportions vicieuses, et les types d'une laideur repoussante. Il fltut donc admettre : ou que le tombeau n'est pas celui de Francesca Tornabuoni et porte une date bien antérieure à 1477, ou qu'il n'a pas pour auteur Verrocchio, mais bien un de ses élèves {Le Ciccvonc admet qu'il a été exécuté dans l'atelier du maître, mais non par lui)'.
L'oratoire d'Or San Michèle, orné de chefs-d'œuvre d'Orcagna, de Donatello, de Ghiberti, de Nanni di Banco, doit à "N'errocchio une de ses plus belles créations, le groupe représentant VlucrcdiiUlc de saint Thomas. Commencé vers 1478, cet ouvrage ne fut mis en place qu'en 1488. Nulle part ailleurs le maitre n'a montré une telle profondeur de sentiment religieux. L'expression est grave, mais sans rien de sévère ni de dur; dans l'échange de sentiments entre le Christ et l'apôtre incrédule, dans cette fine et pénétrante analyse psychologique, on voit poindre comme l'aurore de la Cène peinte quelque quinze ans plus tard par Léonard, dans le cénacle de Sainte-Marie des Grâces. Les draperies, fouillées et un peu conventionnelles, ne montrent pas moins d'affinité avec celles dans lesquelles se complaira le disciple; leurs plis anguleux ont f;iit supposer que Verrocchio se servait, pour les disposer, d'étoffes de coton mouillées, procédé qui empêche l'heureux développement des lignes, et ces accidents plus heureux encore qui donnent des dispositions pleines de grâce et d'imprévu.
Un critique, que je me plais à citer, en raison de la délicatesse de son goût — qualité si rare aujourd'hui, — non moins qu'en souvenir de l'amitié qui m'unissait à lui, Charles Perkins, déplore que la profondeur de l'expression soit déparée par une dureté de style, des mouvements anguleux, une exagération de sentiment et enfin par le traitement heurté des draperies, dont les plis brisés troublent le regard. Sans réprouver entièrement ce jugement, je rappellerai que l'originalité et la fraîcheur de Vliicrèiliililè de saint Thomas rachètent bien des défauts.
L'Enfant au Dauphin, primitivement destiné à Careggi, la villa flivorite de Laurent le Magnifique, depuis exposé sur une fontaine dans la cour du Palais Vieux de Florence (gravé p. 471), est une des créations les plus séduisantes de Verrocchio. Le motif est traité avec autant de naïveté que de liberté.
Les Madones en bas-relief de Verrocchio, conservées l'une au Musée national, l'autre à l'hôpital de Santa Maria Nuova, . offrent une grande importance, surtout par l'influence qu'elles ont exercée sur les peintres contemporains. La composition est d'une extrême simplicité; le travail un peu mou, et parfois
1. Mme Edouard André, à qui tous les amis de la Renaissance ont tant d'obligations pour le zèle avec lequel elle ne cesse de recueillir dans son hôtel du boulevard Haussmann les plus précieux documents, a acquis il y a peu d'années les figures de Vertus, en marbre blanc (citées par Vasari), qui complétaient le mausolée.
2. Perkins rapporte que VIncrhhililc fut payée 400 florins (environ :o œo francs). .Mais il résulte d'un document publié par Gaye {Cartcggio, t. I, p. S"!) que l'artiste devait recevoir 800 florins larges.
VERROCCHIO
comme écrasé; au poli de Mino, de Benedetto da Majano et de Civitale, Verrocchio oppose la souplesse et la morbidesse des chairs; chez l'Enfant Jésus, les formes sont grassouillettes ; de petites fossettes se dessinent sur les bras et les jambes; bref, partout on devine avec quelle ardeur le maître étudiait d'après nature et quel parti il sut tirer des moulages pris sur les différentes parties du corps humain.
Verrocchio exécuta en outre, pour la lunette qui surmonte le tombeau de L. Bruni, un médaillon contenant la Madone à mi-corps avec l'Enflmt debout, et, aux côtés du médaillon, deux anges en adoration. Cette œuvre, très pure et très suave, se rapproche des sculptures de Bernardo RosseUino, qu'elle a pour mission de compléter.
Le buste d'une /(■//;/(• Femme teiniiil une fleur, au Musée national de Florence , montre ce qu'il y avait à la fois de personnel, de suave et d'incomplet dans le style de Verrocchio.
Certaines parties , la main, le poignet, sont d'une délicatesse que Léonard n'eût pas désavouée; la physionomie
est douce, avec un sourire d'une grâce exquise. Mais combien la construction générale de la figure, l'emmanchement des membres, le contour, ne devaient-ils pas provoquer de critiques! A force de creuser le détail, l'artiste en arrive à oublier l'ensemble. N'importe, dans cette morbidesse, dans cette curiosité ardente, il y a une réaction, et une réaction salutaire, contre la froideur, la sécheresse ou la banalité que l'École toscane, avec les Éclectiques, tendait à introduire dans la statuaire. Verrocchio veut foire palpiter la chair : un peu plus, il rêverait de faire sentir
L'Incrédulité de saint Ttiomas, par Verrocchio. (Or San Michèle.)
5o4 HISTOIRH DE LART PENDANT LA RENAISSANCE.
les battements des tempes, comme Léonard dans le portrait de la Jocondc.
Le dôme de Pistoia possède , dans le tombeau du cardinal Fortegucrya, l'ébauche d'un monument grandiose rêvé par Verrocchio '. De ce monument, le maître, surpris par la mort, n'a pu exécuter qu'un petit nombre de figures, notamment deux anges, moitié courant, moitié volant, une de ses créations les plus personnelles et les plus charmantes (l'un d'eux gravé t. I, p. 5oo). Les attitudes sont tourmentées, les raccourcis peut-être trop risqués, les draperies froissées et chiffonnées à l'excès; mais quelle grâce, toujours un peu cherchée, dans les têtes ! Quel charme dans le sourire des deux messagers divins, qui sont bien des anges, non des génies, nouvelle preuve de l'indépendance de l'artiste vis-à-vis de la tradition antique !
L'œuvre capitale de Verrocchio est la statue équestre du fameux condottiere Colkone, à Venise, la plus belle des statues équestres de la Renaissance avec le Gaitamelata de Donatello. Le Colleone (t. I, p. 10:^-104), après s'être enrichi au service de la République vénitienne, lui avait fait des legs considérables. En reconnaissance de sa libéralité et en souvenir de ses exploits, le Sénat de Venise résolut, en 1479, de lui élever, sur une des principales places de la cité, un monument digne de lui ; il crut ne pouvoir s'adresser à un maître plus justement fameux qu'Andréa ^'errocchio. Le prix fut fixé à i8ou ducats vénitiens, soit environ iooikio francs de notre monnaie, toutes les fournitures (cire, bois, bronze, fer) et le logement étant à la charge du Sénat". L'artiste se mit à l'œuvre avec ardeur; déjà il avait terminé le modèle en terre du cheval et commencé l'armature destinée au moule, lorsque, à la suite d'intrigues — c'est du moins ce que raconte Vasari, — le médiocre Vellano de Padoue obtint d'être chargé de la figure du cavalier. Verrocchio, indigné, exaspéré, brisa les jambes et la tête du cheval et s'enfuit à Florence. Par représailles, le Sénat vénitien — je suis toujours la version de \'asari — décida que, si l'artiste retournait jamais à Venise, il aurait la tête tranchée. La réponse de Verrocchio à cet arrêt fut des plus fières. «Vous vous garderez bien, écrivit-il au Sénat, de me faire couper la
1. Le Musée de South Kensington a acquis une maquette en terre cuite pour l'ensemble de ce monument (Robinson, p. 3ô), et le Musée du Louvre une ébauche pour deux des anges (Collection Thiers). Ces figures d'anges, déjà toutes léonardesques, sont à rapprocher de celles du retable de Monteluce, près de Pérouse. Dans le monument de Pistoja, l'ange du milieu, vu de profil, est copié sur un des anges exécutés deux siècles aup.iravant par Giovanni Pisano, soit à Pistoja même, soit à Pise.
2. Il Biionarroti, série IH, t. II (1887), p. 409. Il est dit dans le contrat que Verrocchio fit la statue plus grande qu'on ne le lui avait demandé dans le principe et qu'il devait recevoir de ce chef un supplément d'honoraires. A sa mort, le cheval et le cavalier étaient terminés (?), mais en terre seulement : « nondum perfecto dicto opère, sed relicto facto sdlum et dumtaxat dicto equo et figura de terra ». Verrocchio n'avait à ce moment touché que .38o ducats. Dans le saufconduit accordé à Leopardi pour venir achever l'œuvre de Verrocchio, il est question de la statue du cheval et de celle du cavalier comme ayant été conunencées avec beaucoup de talent : « perficere equum et statuant... jam cum multa laude cœptam ». (Cigogna, délie Iscri\ioni Venele, t. II, p. 298-oOl.J
Statue nu Colleonk, par Verkocchio. (Le soubassement par Leopardi.) (Plate de San Giovanni e Paolo a Venise.)
E. Wuntz. - II. Ualie. L'Age d'Or.
5o6 llISroiRl-: DE LART PENDANT LA RENAISSANCE.
tête, car il n'est pas en votre pouvoir de rajuster les têtes humaines, une fois qu'elles sont séparées du tronc, et surtout de refoire une tête pareille à la mienne, cette tête qui a su exécuter cette belle tête de la statue du cheval et qui saurait la faire plus belle encore. » Frappé de la noblesse de cette attitude, le Sénat (toujours d'après Vasari) rappela l'artiste florentin et doubla ses honoraires. Verrocchio réussit à raccommoder le modèle qu'il avait brisé et mena heureusement à fin l'exécution, en terre, du cheval et du cavalier, sans pouvoir toutefois fondre cette masse colossale, car il mourut sur les entrefaites, laissant à son élève, le peintre Lorenzo di Credi, le soin de terminer le monument. Mais celui-ci, qui ne se sentait pas de taille à s'attaquer à une telle tâche, céda (d'après la découverte de M. Milanesi) le travail à un sculpteur florentin jusqu'ici inconnu, Giovanni d'Andréa di Domenico. On ignore à la suite de quelles péripéties l'ouvrage fut terminé (de 1490 à i4fK) par Alessandro Leopardi, dont la part fut assurément beaucoup plus considérable qu'on nt l'admet d'ordinaire, car seul il inscrivit son nom sur le socle, et seul aussi il est nommé comme auteur du monument par difli'érents écrivains contemporains, entre autres par Luca Pacioli.
Le CoUeone se distingue à la fois par l'allure superbe du cheval et par la fierté du cavalier. Supérieur en cela à Donatello dans le Gaitamelata, Verrocchio a su établir un lien plus intime entre le héros et sa monture; la fusion est plus complète, le rythme et l'harmonie plus grands. « Cette robuste et vaillante figure de Colleone, revêtu de son armure, le casque en tête, est bien, d'après l'appréciation de Perkins, le type du condottiere italien. Le cou ramassé, la tête légèrement ramenée, le cheval s'avance d'un pas lent. Le guerrier, droit et ferme sur ses arçons, regardant par-dessus son épaule gauche, nous montre un visage rude et fortement accusé, aux yeux profondément enfoncés et dont le ■regard intense trahit une volonté de fer qui ne recula jamais'. »
Verrocchio ne comptait que cinquante-six ans lorsqu'il mourut. Son disciple
I. Longue est k liste des marbres, bronzes ou terre cuites exposés sous le nom de Verrocchio dans les collections publiques ou privées. Les rédacteurs du catalogue du Musée de Berlin, MM. Bode et de Tschudi, font honneur au maître d'une série de terres cuites conservées dans le musée confié à leurs soins : la statuette, non coloriée, d'un Jeune. Homme endoniii, les jambes écartées, dans une attitude qui rappelle vaguement celle du Faune Barberini , une Mise nu tombeau, deux Enfants nus couchés, également privés de couleur, une Sainte Madeleine, coloriée et dorée, un David debout, dans une attitude assez sentimentale, un Saint Jean- Baptiste jeune, etc. Verrocchio, d'après MM. Bode et de Tschudi, serait en outre l'auteur de deux bas-reliefs en marbre de Paros faisant partie du même musée, les portraits en buste de Mathias Corvin et de Bèatrix d'Aragon ; mais j'avoue pour ma part éprouver quelque hésitation à attribuer au maître ces deux morceaux d'une finesse et d'un fini extrêmes. — Au Musée de South Kensington, M. Robinson attribue à Verrocchio une statuette de Saint Jérôme, assis, lisant, et un Crucifx. — A Paris, dans la collection de M. Gustave Dreyfus, si riche en œuvres des Primitifs italiens, le buste en marbre d'une Jeune Femme (avec les cheveux formant comme des bourrelets sur les tempes), le buste en terre cuite de Julien de Médicis, le frère de Laurent, et la statue en terre cuite d'un Enfant, se rattachent également à Verrocchio.
VERROCCHIO
favori, Lorenzo di Credi, rapporta ses restes à Florence, où ils furent honorablement ensevelis dans l'église Saint-Anibroise.
L'atelier de \'errocchio fut une pépinière féconde. De là sortirent, outre plusieurs sculpteurs de talent, Nanni Grosso, Agnolo di Polo et Francesco di Simone Ferrucci, deux des plus grands peintres italiens de la Première Renaissance, le Pérugin et Lorenzo di Credi, enfin et surtout Léonard de Vinci.
■""fei^"
Buste du CoUeone (Détail de la statue gravée, p. 5o5).
Esprit curieux, chercheur, agité et inquiet, Verrocchio ne pouvait manquer d'ouvrir à l'art des voies nouvelles. Nous avons mentionné tout à l'heure ses efforts pour répandre l'usage des moulages et développer le goût de ces masques funéraires, d'ordinaire coloriés, qui nous ont conservé les traits d'un assez grand nombre de personnages florentins célèbres. Rappelons également qu'il prit plaisir à substituer des formes foncièrement pittoresques aux silhouettes si nettes et si plastiques dont les Primitifs avaient emprunté la formule aux anciens.
A l'anxiété et à la morbidesse de Verrocchio font pendants la fierté et il convient d'ajouter la brutalité de son compatriote Antonio Pollajuolo, talent non moins incomplet que le sien, mais infiniment moins suggestif.
5o8 MISTOIRI-: DE L'ART PKXDAXT LA RENAISSANCE.
Antonio di Jacopo Benci, surnommé del PoUajuolo, naquit a Florence en 142Q. Son père était marchand de volailles, de poulets : d'où son surnom. Antonio débuta, comme tant d'autres artistes florentins, par l'apprentissage de l'orfèvrerie. E^ntré dans l'atelier de Bartoluccio, le beau-père de Ghiberti, il se fit remarquer de ce dernier et eut l'honneur de l'assister dans l'exécution des ornements de la seconde porte du Baptistère : il y exécuta entre autres une caille, à laquelle, affirme \'asari, il ne manque que le don de voler, tellement elle est parfaite. Il ne tarda pas à s'établir pour son propre compte et ouvrit sur la « Piazza del Mercato Nuovo » une boutique d'orfèvrerie. Son habileté lui valut de la part de la corporation des marchands la commande d'un bas-reliel destiné au retable d'argent du Baptistère : une Nativité (Vasari lui attribue par erreur diverses autres parties du retable), et de la part de la Seigneurie la commande d'un casque en argent destiné à être offert au duc d'Urbin en souvenir de la prise de Volterra (1472). Il ne se distingua pas moins dans l'émaillerie, qui lui fut redevable de nombreux progrès (la Déposition de croix, conservée au Musée des Offices, n'est toutefois pas de Pollajuolo, comme on le rapporte ordinairement, mais de Giovanni Soldi).
Ses essais en peinture et en gravure (sur lesquels nous reviendrons plus loin) ajoutèrent, quelque incomplets qu'ils tussent, à sa réputation, car il y fit preuve d'une science anatomique rare chez ses contemporains. Mais ce fut surtout comme sculpteur qu'il brilla au premier rang; c'est uniquement aussi sous cet aspect que nous avons à le considérer pour le moment.
De même que Verrocchio, Pollajuolo semble avoir dû ses premiers succès à son habileté dans la fonte du bronze. Un chef-d'œuvre en ce genre est le petit groupe d'Hciriilc étouffant Cacns (Musée national de Florence). La terre cuite l'attirait d'ailleurs aussi; il l'utilisa pour celui de ses ouvrages qui est devenu le plus populaire, le buste àe Jeune Guerrier (même Musée'), figure sèche, dure et insolente, et pour un bas-relief, un Combat d'hommes nus, armés de poignards et de boucliers : composition pleine de « terribilit.'i, » mais pleine aussi d'incohérence (Musée de South Kensington).
Une grande incertitude plane sur la chronologie des sculptures de Pollajuolo et, qui pis est, sur le nombre même de ces sculptures. La critique moderne a retranché de son oeuvre une série d'ouvrages sur lesquels on avait pendant longtemps jugé le maître".
1. La coHection de M. le baron Arthur de Schickler, à Paris, contient le buste en terre cuite d'un membre de la famille à'Ugolino délia GlierauJesca, qui offre des analogies frappantes avec le buste de Jeune Guerrier.
2. La plaque en bronze du Musée national de Florence, la Crucifixion, a été revendiquée en faveur d'Agostino di Duccio, avec la manière duquel elle offre effectivement de nombreux points de contact (elle parait contemporaine des bas-reliefs qu'Agostino sculpta pour l'oratoire de Saint- Bernardin à Pérouse). Le Cicérone n'est pas éloigné, d'autre part, d'attribuer à Benedetto da Majano le buste, en terre cuite, si populaire, le Jeune clerc (au même Musée) : la mollesse et la douceur de ce morceau révèlent une inspiration et une ficture toutes difterentes de celles
POLLAIIOLO.
5oo
Esprit ardent, Polbjuolo ambitionnait les plus hautes tâches. A une date qui n'a pas encore été déterminée, mais qui est certainement antérieure à 1483, il concourut pour la statue équestre de Francesco Sfor-a et soumit aux juges un double projet : dans l'un, le duc tenait sous ses pieds la cité de Vérone; dans l'autre, il enlevait un cheval fougueux par -dessus un guerrier renversé. Ce second projet est identique, selon toute vraisemblance, au dessin conservé au cabinet des Estampes de Munich, dessin dans lequel on a cru voir à tort la reproduction de la statue équestre de Léonard de Vinci.
En 1489, PoUajuolo établit sa demeure à Rome et y commença le mausolée de 5/a7(' /r, qu'il acheva en 1490 et pour lequel il reçut 5(100 ducats d'or'. Ce monument célèbre (gravé p. 5) se compose de la statue couchée du Pape et d'un socle dont la partie supérieure est ornée de sept iîgures en bas-relief représentant les Vertus théologales et cardinales, et les côtés (creusés de manière à présenter une surface concave), de dix figures, également en bas-relief, représentant les Arts libéraux (on remarque parmi eux la Perspective]^. Originale, la forme du monument l'est à coup sûr, mais rien de moins architectural; rien qui sente davantage les préoccupations de l'orfèvre, habitué à sacrifier les grandes lignes pour ne s'attacher qu'aux détails. Quant à la statue et aux bas-reliefs, ils se distinguent, la première par
cette sorte de fierté tarouche qui dégénère si souvent chez PoUajuolo en dureté, les autres par leur maniérisme. « Les Vertus sont, au jugement de Perkins, très vicieuses, au point de vue de l'art s'entend, et les Arts libéraux ne sont libéraux que dans l'exagération de leurs gestes et la violence de leurs mouvements. C'est, ajoute le savant historien de la sculpture italienne, l'abandon complet de toutes les traditions de l'École toscane, et tout y concourt pour justifier l'épithète de Bernin du quattrocento donnée à PoUajuolo. )) En regard de ces critiques, trop fondées, il convient de signaler la rare perfection de la fonte et la beauté de la patine.
Portrait d'Antonio PoUajuolo.
(D'après la gravure publiée
par Yasari.)
de PoUajuolo. Enfin, la petite porte de bronze de l'armoire qui renterme les chaînes de saint Pierre (basilique de Saint-Pierre-ès-Liens, à Rome; avec la date de 1477) a été présentée par M. Courajod, dont l'opinion a été accueillie par te Cicrone, comme un ouvrage de l'École romaine. Une réplique ou plutôt une variante de l'un des deux bas-reliefs de cette porte, \' Arrestation de Saint Pierre, figure au Musée du Louvre ; une réplique de l'autre, la Délivrance de Saint Pierre, au Musée de South Kensington. (Courajod, Une Édition avec variantes des l)asreliefs de bronze de l'armoire de Saiiit-Pierre-atix-Liens au Musée du Louvre et au Kensittgton- Museum. Paris, l883. Extr. de la Gaiclte des Beaux-Arts.)
I. Janitschek : Repertoriuin, t. III, p. 84. D'après Albcrtini, l'exécution du monument aurait exigé dix ans, ce qui nous forcerait de reculer jusqu'en 1483 le début du travail.
5io HISTOIRE ni-: L'ART PENDANT LA RIONAISSANCE.
Le mausolée d'Innocent VIII (gravé t. I, p. io3), également dans la basilique du A'atican et non moins somptueux que celui de Sixte W (il fut payé 4000 ducats), oftre tout autant d'originalité. Le pape y est représenté deux fois en ronde bosse : une fois assis, bénissant de la droite, tandis que de la gauche il tient une lance (en souvenir de la relique dont il enrichit la basilique); une autre fois, étendu sur un sarcophage imité de l'urne de porphyre placée devant le Panthéon. Cette seconde statue est d'un style assez agité, tout comme celle de Sixte IV, mais ne manque pas de souffle.
Dans les niches creusées aux côtés de la statue assise (l'arrangement général du mausolée a été modifié lors de la reconstruction de la basilique) se trouvent les statuettes des quatre Vertus cardinales, dans la lunette qui la surmonte, les trois Vertus théologales, figures absolument déhanchées, déclamatoires, extravagantes (la Charité, tenant un enfant et une corne d'abondance, est représentée à mi-corps dans un médaillon, tandis que Y Espérance et la Foi sont représentées agenouillées, sous forme d'Anges, aux côtés du médaillon). Le monument semble n'avoir été terminé que peu de temps avant la mort de l'artiste, car ce fut le 3o janvier 141)8 seulement que l'on y déposa la dépouille mortelle d'Lmocent VIIL
Antonio Pollajuolo mourut à Rome, en 14QB; il fut enseveli dans l'église de Saint-Pierre-ès-Liens. Un mausolée surmonté de son buste (une physionomie pleine de finesse et de volonté : la bouche petite, le nez énorme, le menton très fourni, le cou épais) et de celui de son frère Piero (f 1496; on ne connaît de cet artiste aucun ouvrage authentique) marque la place où il repose.
Le double trait qui caractérise Pollajuolo, c'est, d'une part, l'absence d'imagination, et, de l'autre, l'aflectation de l'originalité. Comme s'il lui paraissait indigne de lui de plier ses idées aux règles du sens commun, il s'attacha à l'étrange, à l'incohérent. C'est ainsi que sa médaille commémorative de la Coniiiration des Pa:iii (gravée t. I, p. 60) nous montre les tètes de Laurent et de Julien de Médicis placées au-dessus d'une clôture, comme des têtes de décapités exposées sur un échafltud, avec l'inscription Sahis pnhlica sous l'un, celle de Luclus pnhliciis sous l'autre. L'action des petits personnages n'est pas moins énigmatique : ils s'agitent, sans que l'on devine bien pourquoi, et sans le secours des commentateurs nous ignorerions qu'ils représentent le clergé célébrant la messe, Laurent le Magnifique échappant à la troupe des conjurés, Julien de Médicis tué par les conjurés. C'est ainsi encore que, dans les trois Vertus théologales sculptées sur \e tombeau d'Innocent VIII, Pollajuolo rompt l'égalité de tout temps établie entre ces trois allégories, en donnant à la figure de la Charité des dimensions beaucoup plus grandes qu'à ses compagnes et en réduisant celles-ci au rôle de simples accolytes : on croit, au premier aspect, avoir devant soi la Vierge adorée par deux anges.