‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 167 sur 257 · POLLAIUOLO · texte numérisé non relu

POLLAIUOLO

Ne dirait-on pas que PoUajuolo, parmi tant de traits propres à Donatello, a pris plaisir à choisir les moins heureux, ce qu'il y avait de vide, parfois d'hébété, dans certaines physionomies de son illustre précurseur : par exemple dans les bas-reliefs de VHisfoirc de Saint Antoine. PoUajuolo, en effet, n'est qu'une émanation de Donatello, avec cette différence que certains défauts perdus chez Donatello dans un ensemble magnifique, et par là atténués, rachetés, forment chez son mitateur la note dominante. Celui-ci se figurait à coup sûr qu'en dédaignant ainsi tout ce qui s'appelait préparation régulière d'une scène et développement normal d'un caractère, il aurait l'air d'avoir plus d'inspiration, plus de « terribilità » (quelque chose comme notre mot « bravoure o) : — telle était dès lors l'ambition suprême de l'Ecole florentine, et comme la marque distinctive du génie.

Le cadre de ce travail ne comprend ni la description ni l'appréciation des innombrables sculptures de second ordre mises à jour à Florence pendant cette période. Une analyse impartiale pourrait y ftire découvrir diverses qualités, mais le mérite qui éclipse tout autre, l'inspiration, leur fait défaut, et rien à nos yeux ne saurait le remplacer. Mieux vaut, lorsque l'occasion s'en présentera, nous étendre longuement sur un chef-d'œuvre que nous perdre ainsi, à la façon des experts ou des rédacteurs de catalogues, dans l'étude d'une infinité de maîtres habiles qui n'ont eu d'autre tort que de manquer à la fois d'originalité dans les idées et de fraîcheur dans les impressions'.

Assurément, nous n'avons pas épuisé la liste des représentants véritablement intéressants de l'École florentine à l'époque de l'Age d'Or. Nous aurons à nous occuper, entre autres, du Torrigiano (1472-1522) et des Juste. Mais

I. Je me bornerai à mentionner en note . Francesco di Simone Ghini (aussi appelé Ferrucci) Florence, qui exécuta en 1488 à Bologne, pour l'église San Domenico, le tombeau d'Alessandro Tatiagiii, dans la manière de Verrocchio; — Zaccaria Zacclii (1470-1544) de Volterra, occupé principalement à Bologne et à Rome (ArMvio storico dell' Ar.'e, 1890, p. 6g et suiv.); — Donato Benti de Florence (né en 1470), l'un des sculpteurs de la tribune des chanteurs du dôme de Gênes (1499) et du très médiocre tombeau de Louis et Valeiitiiie d'Oiléatis, à la basilique de Saint-Denis (i5o2-lSo4). Cet artiste, qui fixa dans la suite son domicile à Pietrasanta, mourut vers 1347 (Santo Varni, Donato Benci e Benedetto Fiorenlino. Gênes, i86g. De Tsch\idi : Galette archéologique, i885, p. 93 98). — Un autre sculpteur florentin, Baccio da Montelupo (1469-1533 ?), est connu par sa statue passablement froide de Mars, sculptée sur le tombeau de P. Pesara (église des Frari à Venise; i.5o3), par sa statue en bronze de Saint Jeait VÈvangéliste (oratoire d'Or San Michèle; lSi5), figure qui ne manque ni de conviction ni de vigueur (la tête, très fouillée, mais un peu petite, est celle d'un vieillard aux traits énergiques; le haut du corps est rejeté en arrière, ce qui donne à l'attitude quelque chose de décidé et de vivant). Baccio doit surtout sa célébrité aux Crucifix en bois, dont il se fit une spécialité. Il termina ses jours à Lucques. Son fils Raffaele da Montelupo (l5o5-l.î67) cuhiva comme lui la sculpture : nous le retrouverons dans notre prochain volume. — Longue également est la liste des sculpteurs d'ornement. Accordons un souvenir, parmi eux, à Giuliano da San Gallo, qui dans ses deux tombeaux des Sassetti (église de la Trinité; le sarcophage de l'un d'eux a été gravé t. I, p. 2o5) et dans sa cheminée du palais Gondi (la fi-ise a été gravée t. II, p. 397) a imité avec trop de servilité les modèles antiques.

HISTOIRE L)l-: LART PENDANT LA R1:NA1SSANCE.

comme le premier a principalement travaillé en Angleterre et en Espagne, et les seconds en France, il nous a paru préférable de nous occuper d'eux dans les sections consacrées à ces différentes contrées.

Quant à Rustici (1474-1554), Benedetto da Rovezzano (i478-i55b ?), le Tribolo (i4H5-i55o), Jacopo Sansovino (1486-1570), Lorenzetto (1490- 1541), Francesco da San Gallo (1404-157O), tous à cl.eval sur l'Age d'Or et sur la dernière période de la Renaissance, nous ferons connaissance avec eux dans notre troisième volume. C'est pour cette partie de notre travail également que nous avons dû réserver, pour ne pas la scinder, la biographie de Michel- Ange, la suprême et la plus éclatante incarnation du génie florentin.

Sur les ouvrages de sculpture de Léonard de \'inci, j'ose à peine insister ici, tout n'étant encore que doutes et hypothèses. On trouvera plus loin (hvre V), dans le chapitre consacré à la biographie du maître, des détails sur la statue équestre de Sfoi-a. Quant aux nombreux autres problèmes se rattachant à cette flice si importante de la production de Léonard, je les examinerai dans un volume spécial, qui, je l'espère, verra bientôt le jour'.

Ce fut à coup sûr un malheur irréparable pour l'art italien que ce souverain maître eût renoncé si tôt à la sculpture : seul il eût été capable de développer les données suggestives de Verrocchio, de mêler à une observation à la fois ardente et respectueuse de la nature l'intensité du sentiment et le culte de la beauté, de £iire contrepoids à l'influence de Michel-Ange et de susciter des disciples qui auraient été à lui en sculpture ce que le Sodoma et Luini, pour ne point parler de tant d'artistes illustres ses tributaires, ont été à lui en peinture. Les résultats obtenus par Rustici, dans son groupe de la Prcdicatioii de Saint Jean-Baptiste, laissent deviner à quel point les leçons d'un tel initiateur eussent été fécondes.

Portrait de B. da Montekipo.

(D'après la gravure publiée

par Vasari.)

I. Étant donnée l'universalité des connaissances et, plus encore, la variété des goûts de Léonard, il nous parait démontré qu'il a dû prendre bien souvent en main l'ébauchoir, d'abord dans l'atelier de Verrocchio, ensuite dans son atelier de Milan, où l'exécution de sa statue équestre n'a pas pu l'absorber au point de ne pas lui laisser de loisirs pour d'autres essais. L^ne série de morceaux révèlent plus ou moins son inspiration. C'est d'abord l'admirable terre cuite du Musée de South Kensington, Saint Jean-BapI istc (à mi-corps, le cou et les bras nus. un fragment de peau de bique jeté sur la poitrine, la chevelure bouclée, épaisse, le sourire sur les lèvres; gravée ci-contre). Le merveilleux buste en marbre de Scipion T Africain, dans la collection Rattier, si vif, si fier, si véritablement inspiré, est également digne du maître. On retrouve aussi comme une étincelle de son génie dans le beau bas-relief en stuc du Musée de South Kensington, la Discorde (publié par M. Mùller-Walde, dans son Lconardo da Vinci). Vasari parle de tètes de Feiinnes riant et d'Eiifmts, modelées par Léonard dans sa jeunesse et répandues par le moulage; mais on en a perdu toute trace.

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