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8o6 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

ont privé la postérité des documents graphiques qu'elle était en droit d'attendre de l'Italie de la Renaissance. Tandis que la gravure allemande nous a conservé par milliers les informations les plus précises sur l'histoire des mœurs et des costumes, les souvenirs de fêtes et de tournois, des galeries iconographiques sans fin, l'Italie, négligeant de plus en plus — on ne sait pourquoi — la gravure sur bois, moyen de propagande aussi économique que populaire, et ignorant encore, d'autre part, l'invention récente de la gravure à l'eau-forte, porta tous ses efforts sur la gravure au burin, procédé de sa nature peu maniable et qui ne se prêtait guère qu'au st3'le héroïque.

-Les qualités qui distinguaient les burinistes du xv" siècle, la franchise et la tenue, n'étaient pas de celles qui permettaient d'espérer une interprétation fidèle et vivante des hommes et des choses du temps. Les tailles croisées sont encore de toute rareté; alors que les dessinateurs en font déjà couramment usage dans leurs dessins à la plume, les graveurs ignorent ces ressources. C'est au moyen de traits plus ou moins parallèles, plus on moins serrés, plus ou moins profonds, mais nullement superposés, que Mantegna obtient les effets les plus étonnants. Les hachures ne font leur apparition que plus tard (la Judith de Mocetto). Quant au pointillé, il n'apparaît que chez Giulio Campagnola (p. 4). Est-il nécessaire d'ajouter que l'art de masser les figures, l'art du clairobscur et des transitions, en un mot l'art de faire de la couleur avec du noir et du blanc, demeura un mystère pour tous ces maîtres austères.

Pour avoir regardé si souvent en arrière, les graveurs italiens n'en ont pas renoncé à agir sur leurs contemporains : nulle propagande n'égala en puissance la leur; ils firent, pour répandre les conquêtes des peintres, des sculpteurs, des ornemanistes, ce que l'imprimerie avait fliit pour répandre les idées des humanistes; c'est par leur canal que la Renaissance pénétra d'abord à l'étranger.

Sur le plus fécond des graveurs florentins du xv'' siècle, Baccio Baldini, nous en sommes réduits à une phrase de Vasari : le biographe rapporte que cet artiste, n'étant pas un dessinateur très habile, consacra son burin à l'interprétation des dessins de Botticelli'. Baldini grava dans ces conditions les illustrations du Monte Sando di Dio (Florence, 1477),- de l'Enfer de Dante (Florence, 1481 ; p. 635), probablement aussi les Patriarches, les Prophètes, les Sibylles, les Planètes, et peut-être le Jeu de cartes d'Italie et les Estampes du cabinet Otto.

Les premières de ces suites témoignent d'une grande pauvreté de dessin; les types en sont vulgaires, les figures trop trapues ; l'ensemble manque de toute harmonie (quelques fragments gravés t. I, p. i::, 160, 353). Non seulement il ne faut demander à Baldini aucune couleur historique (rien de moins antique que ses Sibxlles, avec leurs coiffures bizarres, leurs vêtements brochés d'or,

I. Il ne serait pas impossible que Botticelli eût gravé lui-même. Le comte Delaborde lui fait honneur d'un certain nombre de pièces dont on trouvera le catalogue dans la Gravure en Italie avant Marc-Antoine (p. 3o).

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