‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 32 sur 257 · LE PORTRAIT. — LE COMIOUE ET LE FANTASTIQUE. LE RÉALIS.ME D.\NS · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT. — LE COMIOUE ET LE FANTASTIQUE. LE RÉALIS.ME D.\NS

l'interprétation DES SUJETS. LE REALISME DANS l'exÉCUTION. LE

COSTUME. l'influence FLAM.ANDE ET ALLE.MANDE EN ITALIE.

utant le Cl.\ssicis.me, pour conserver quelque saveur, a besoin de cet indispensable correctif qui s'appelle le Réalisme ou le NATURALis\n:, autant ce dernier, considéré comme un but, non comme un moyen, manque de raison d'être. Ces représentations réalistes, sur des sujets insignifiants, ne justifient-elles pas la fameuse boutade Ui<x-&^^\i TG^:^^^ Je Pascal : « Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux! » Prêcher le réalisme à outrance, c'est admettre que la nature a tout bien fait, que le lis et le cliardon, l'hirondelle et le crapaud, le dauphin et la pieuvre sont également beaux; qu'en matière de science, une seule exception suffit pour infirmer les règles les mieux établies; qu'il n'y a ni vrai ni iaux, ni bien ni mal, que non seulement l'absolu ou l'idéal n'existe pas, mais que notre esprit ne doit même pas les concevoir; en un mot, renoncer au culte de la

beauté ou à la recherche du caractère, c'est aussi renoncer au culte de la justice, au culte de la science, à tout ce qui suppose un effort critique. Le système qui consiste à tenir compte des imperfections de la nature humaine, et à ériger ces imperfections en lois, aboutit donc fatalement à la proscription de l'art, aussi bien qu'à la proscription de la morale, de la poésie, toutes si intimement liées les unes aux autres.

Heureusement, sur ces bords fortunés de la Méditerranée ou de l'Adriatique, il est à peine nécessaire d'élaborer un idéal, de choisir et d'élaguer ! Jusque dans le peuple, les formes sont si pures, les physionomies si expressives, qu'il suffit de les copier exactement pour produire des figures belles de tout point. Tel artiste qui, en Italie, passera pour un idéaliste parce qu'il a reproduit purement et simplement un modèle d'une rare perfection, passera pour un réaliste si, transporté en Flandre, par exemple, il reproduit dans le même esprit des spécimens de races moins fltvorisées au point de vue de la beauté plastique.

Dans l'art comme dans la poésie, un homme du Midi, beau, vit, éloquent, avec la noblesse de ses traits, sa mimique passionnée, son élocution si facile et si brillante, bref l'idéal de l'homme libre et heureux, séduira toujours plus que l'homme du Nord, lourd et timide, embarrassé dans ses idées parce qu'il voit à la fois le pour et le contre, lourd parce que la matière livre en lui de terribles assauts à l'esprit. L'un, en un mot, possède la force d'abstraction, les idées nettes, concrètes, synthétiques; l'autre se perd dans des analyses sans fin; l'un c'est le gai et spirituel Don Juan, l'autre le mélancolique et indécis Hamlet, prince de Danemark. Ces hommes, mais ils reflètent le climat môme de leur patrie : l'un riche, généreux, fécond; l'autre avec sa végétation chétive, ses frimas; l'un débordant de vie, l'autre qui semble envahi tout vivant par le froid de la mort. Ht ici se reconnaît le lien mystérieux qui unit Fart à la santé et à la vigueur, cet accord qui tait que les corps les mieux conditionnés, physiquement et moralement, pour les batailles de la vie, sans excès d'égoïsme et sans excès d'effacement, sont en même temps les plus beaux.

En faisant pour l'art italien de la Seconde Renaissance la part du classicisme et la part du réalisme, nous ne perdrons donc pas de vue cette circonstance, que, la race méridionale n'ayant pas changé, les Italiens copiaient lorcément des modèles de tout point semblables à ceux qu'avaient copiés les anciens : de là des rencontres sans fin ; bien souvent on croit avoir afiaire à une imitation classique; erreur profonde : il s'agit seulement d'études directes faites sur nature.

Il nous a fallu consacrer un long chapitre à l'étude du rôle de l'antiquité dans la genèse de la Seconde Renaissance : quelques paragraphes sufliront pour définir l'influence du réalisme. Nous sommes loin — qui ne s'en aperçoit ! — des pratiques de l'ère précédente, où ces deux courants luttaient sans cesse l'un

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contre l'autre. L'équilibre n'est pas encore entièrement rompu — le jour où il le sera, il faudra dire adieu à tout ce qui s'appelle vie ou poésie, — mais le

Un Joueui- de guitare au xvr siècle. Fac-similc d'une gravure de .Marc -Antoine.

réalisme perd visiblement du terrain ; bientôt il ne lui restera plus de refuge que Venise, et encore les Giorgione et les \'éronèse auraient-ils à coup sur protesté contre la qualification de réalistes.

Si le réalisme décline, c'est que son plus puissant auxiliaire, l'individualisme, avec le manque de discipline qui le caractérise, s'est affaibli en même temps que lui. L'individualisme avait été développé par les luttes de la Papauté et de l'Empire, par les luttes de cité à cité, par l'affaiblissement de la tradition hiératique, non moins que par ces rapides changements de gouvernement, où du jour au lendemain le premier venu, le fils d'un paysan, tel que Sforza, pour peu qu'il eût du talent ou de l'audace, pouvait, des derniers rangs de la société, monter au pinacle; il avait eu pour corollaire l'esprit d'indépendance, d'initiative, presque d'irrévérence : autant d'aliments pour le réalisme. La conscience de la valeur personnelle ou des droits personnels ainsi surexcitée chez chacun, il était naturel que l'artiste s'efforçât de mettre en lumière les mille particularités qui distinguent l'individu, qu'il accusât, exagérât même ces ph3-sionomies dont pas une ne ressemble mathématiquement à l'autre, bien plus, qu'il opposât à la représentation synthétique de l'espèce, à cette représentation plus ou moins abstraite et conventionnelle, les nuances infinies qui caractérisent chaque visage et chaque caractère considéré à part.

La centralisation du pouvoir, qui s'affirma si violemment aux approches du xvf siècle, ne pouvait que contribuer à l'effacement de l'esprit municipal d'abord, de l'individualisme ensuite. On a vu (p. i3) quelle uniformité cette tendance imprima à l'architecture. Les arts d'imitation ne s'en ressentirent pas moins. Heureusement, il restait assez de vie et de sève pour animer et réchauffer les compositions des maîtres en qui s'incarna l'âge d'or de l'art italien.

On pourrait se demander : Qiie serait-il advenu si le xvi'' siècle avait sacrifié au réahsme comme le xv" ? La réponse, je crois, est facile : par la force même des choses, par une logique fatale, le xvi'' siècle ne pouvait pas être réaliste à la façon du siècle précédent ; il ne pouvait l'être par cela seul que le xv'' l'avait été. Le réalisme, en effet, ne s'enseigne pas, ne se transmet pas, sinon ce n'est plus du réalisme, mais une convention. Le propre du réalisme est de supposer un effort constant, de se renouveler avec chaque génération, que dis-je, avec chaque artiste. Que l'on ne m'objecte pas que les Flamands du xv'' siècle ont pu s'attacher indéfiniment à rendre la laideur : en cela ils se sont montrés aussi conveirtionnels, aussi fiiux, aussi poncifs que les représentants de n'importe quelle école idéaliste.

Le réalisme dans le choix des sujets, le réalisme dans leur interprétation, le réalisme dans l'exécution , telles sont les trois formes sous lesquelles nous aurons successivement à étudier ce courant qui alla s'aftaiblissant d'âge en âge dans les annales de l'art italien.

La rareté, on pourrait dire la disparition, des scènes de l'histoire contemporaine est un symptôme particulièrement caractéristique de l'évolution à laquelle nous assistons. Seules quelques branches secondaires, la tapisserie entre

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