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Vigo, le Dan^e macabre in Italia. Livourne

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facilité avec laquelle elle pouvait produire ses idées et les répandre partout. Un livre d'heures imprimé à Venise en i5oi, chez Antonio Giunta, et publié de nouveau en i5o6, montre la Mort à mi-corps dardant ses flèches sur le pape, sur un cardinal et sur un prêtre, tandis qu'un roi a déjà succombé à ses coups'. Marc-Antoine Raimondi a gravé un squelette ailé tenant la faux (Bartsch, n° 184); ce motif reparaît dans une gravure de Marco Dente, faite sur un dessin bizarre et passablement incohérent de Bandinelli. On v voit un squelette pourvu d'ailes qui montre à un homme nu un second squelette étendu à terre et dont un vieillard soutient la tète; parmi les spectateurs, un personnage barbu avec le bonnet papal. Quelques critiques ont attribué à Michel- Ange l'invention d'une autre scène funèbre, gravée par un anonyme dont la manière rappelle celle d'Agostino Veneziano, la Mort surprenant une Femme (Bartsch, t. XV, p. 541).

Les scènes de sorcellerie et de magie, le fantastique, le surnaturel, si chers aux artistes allemands, n'ont éveillé que de rares échos en Italie. Quelques dessins de Léonard de Vinci, quelques estampes de Marc-Antoine et de son École prouvent du moins que les artistes italiens, pour peu qu'ils le voulussent fermement, savaient interpréter eux aussi les mystères de la Mort et de l'Enfer, évoquer les spectres, faire frissonner de terreur. La plus saisissante de ces compositions, c'est l'estampe de Marc-Antoine, la Carcasse ou la Strego--a, gravée incontestablement sur un dessin de Raphaël : la verve éclate d'un bout à l'autre de cette page magistrale; son allure admirable, ce mélange prodigieux de netteté plastique et de pénombre mystérieuse, ces beaux adolescents et cette vieille sorcière échevelée, ces boucs pleins de vie et ces squelettes antédiluviens non moins vivants, ces enfints épouvantés et ces oiseaux des marais qui s'enfuient à tire d'aile dans les roseaux : autant de traits de génie qui confirment l'attribution à Raphaël de ce chef-d'œuvre de l'art fantastique '.

Les scènes d'astrologie ou de magie se multiplieront surtout à partir du milieu du xvi'' siècle, dans l'œuvre de Reverdino et de Beccafumi. En nous limitant à la période comprise entre le dernier quart du xv'' siècle et le premier du x\'i'', nous aurons à citer VAstrohgue ou le Magicien de Giulio Campagnola, V Astrologue ou le Magicien d'Agostino Veneziano.

Une toule de chets d'école ont considéré le portrait comme le correctif du grand art historique, comme le ferment naturaliste indispensable pour renouveler des types qui sans lui auraient risqué de tomber dans la convention. Les Van Eyck et Masaccio, Léonard de Vinci et Raphaël, le Titien et le Tintoret, Rubens et Rembrandt, Louis David et Ligres, se sont montrés portraitistes hors

1. Voy. la Rcviit- ailiqm d'Hiitoirc et de Littàature, 1879, t. I, p. 3g.

2. Passavant cite plusieurs copies à l'huile de cette composition admirable, l'une attribuée à Jules Romain, au Musée de Montpellier, l'autre de Ribera, dans la collection Wellington à Londres. {Raptmcl d'Urbiti, t. H, p. 5, 9.)

Étude d'après une tète de vieillard, par Léonard de Vinci. (British Muséum.)

E. jMuiuz. — 11. Italie. L'Age d'Oi.

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ligne en même temps que grands peintres d'histoire; parmi les sculpteurs, Donatello — pour ne point parler de nos habiles sculpteurs français des x\ii'" et wiu" siècles — a modelé avec une même supériorité des statues monumentales et des bustes.

Dans quelle mesure l'Age d'Or de l'art italien a-t-il partagé sur ce point les traditions des quattrocentistes, la plupart si empressés à peupler de portraits leurs peintures d'histoire ? La réponse est aisée : on peut affirmer d'une manière générale que, le réalisme diminuant, les formules plus ou moins conventionnelles tendent à remplacer les types empruntés à la société contemporaine.

Les tendances spiritualistes de l'art italien aux approches du siècle nouveau percent surtout dans la sculpture. Celle-ci, abandonnant de plus en plus le portrait (là où le xv" siècle produisait cinq ou six bustes, le xvf siècle n'en produit peut-être plus qu'un ou deux), se consacre exclusivement à la grande statuaire historique. De loin en loin seulement quelques velléités de réalisme : dans les terres cuites polychromes de la Haute Italie ou du royaume de Naples, dans le Mortorio de Caradosso (église de San Satiro à Milan) ou dans celui de Modanino (église de Montoliveto à Naples). Nulle part la gradation n'est aussi sensible que dans les tombeaux des professeurs de l'université de Bologne : ils commencent, au moyen âge, par les ornements les plus abstraits ; prennent, au xiv" siècle, un accent plus personnel, avec des bas-reliefs représentant le défunt en chaire, entouré de ses élèves, donnée qui se développe, au xv- siècle, avec toutes sortes de détails réalistes; puis, au xm" siècle, s'atténuent de nouveau et finissent par retomber dans l'abstraction '.

Un des premiers, Savonarole protesta, au nom de la religion, contre l'abus des portraits : « Vous sacrifiez encore à Moloch, disait-il, c'est-à-dire au diable. Quels sont les usages qui régnent à Florence? Dès que les femmes ont marié leurs filles, elles s'empressent de les montrer avec ostentation, après les avoir arrangées comme des nymphes, et tout d'abord elles les conduisent à Santa Liberata. Voilà les idoles que vous avez mises dans mon temple. Les figures que vous faites peindre dans vos églises sont les images de vos dieux, et les jeunes gens disent ensuite, en voyant telle ou telle femme : « Voici Made- « leine, voici saint Jean », parce que vous fltites peindre dans les églises des figures à la ressemblance de celle-ci ou de celle-là, ce qui est fort mal et constitue une grave insulte aux choses de Dieu, ^'ous, peintres, vous agissez mal. Si vous saviez ce qui s'ensuit et ce que je sais, vous ne peindriez plus de la sorte. Vous mettez toutes les vanités dans les églises. Croyez-vous que la Vierge Marie fût vêtue comme vous la représentez? Je vous dis qu'elle était vêtue avec simplicité. Vous feriez une très bonne action si vous effaciez les figures sans modestie. Vous donnez à la Vierge Marie des costumes de courtisane. ^'oilà comment le culte divin est profané. »

1 . Ricci, Moiiumcnti scpokrali di Lt-tloii ddlo Sliulio Bologinsc nci sccoli XIIl a XV. Bologne, 1888.

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