Gregorovius, Lucrèce Borgia, t. II, p. 58- 5g
E. Muntz. — II. Italie. l.Age d'Or. 22
La Chute des Réprouvés, par Signorelli. (Dôme d'Orvielo.)
Vers la même époque, en i5o4-i5o5, le Sénat vénitien s'éleva contre les changements incessants de la mode, changements si préjudiciables aux seigneurs et citoyens. Les Vénitiennes n'avaient-elles pas imaginé de supprimer tout à coup les robes à queue, puis d'y revenir non moins brusquement ! Défense leur fut faite en conséquence de porter des robes à l'allemande — « alla tedesca », — avec des manches trop larges, des tabliers ornés d'or et d'argent, des vêtements de couleurs différentes ornés de velours, de franges et de rubans '.
A Gênes, un conseil municipal évidemment en retard sur le siècle émit la prétention de fixer jusqu'à la coupe, jusqu'à la couleur des vêtements des femmes. Celles-ci ne pouvaient sortir sans avoir les épaules et la poitrine couvertes, les manches fermées sur le poignet. Il leur était interdit de porter les toiles fines de Cambrai et de Nivelle, les étoffes violettes ou écarlates, et une série d'ornements spécifiés dans le plus grand détail '.
Les Génois avaient raison : le costume répondait à des réalités; il symbolisait les divisions par castes, ainsi que d'importants actes de la vie publique; il intéressait la décence autant que la prospérité financière de la cité. Mais le courant était trop fort : dans son besoin de liberté et de fantaisie, l'Age d'Or de la Renaissance ne pouvait plus subir de telles entraves £utes pour le bon vieux temps, pour une bourgeoisie parcimonieuse et vétilleuse.
e Cijstunif au commencement du .\vr ^iècle
Portrait de Navaj^erc». attribue à Raphaël.
(Copie consente au Musée de Madrid.)
L'étude des marbres antiques, la vue incessante d'acteurs revêtus de la toge,
1. Molmenti, la Stoiia di l'cm^ia ncUa vita privata, p. .11,5 et suiv.
A Gênes, l'édit somptuairu de 1.5 12 accordait aux fcmmch et aux jeunes filles de plus de onze ans le droit de porter des chaînes et un « denteriol » d'or d'une valeur maximum de 6u ducats, une perle ou un joyau d'une valeur maximum de luo ducats, et des bagues d'une valeur maximum de 200 ducats. — Si le lecteur veut bien se rappeler que le ducat de Gênes pesait vers cette époque 3 grammes et demi et qu'il représenterait, au pouvoir du numéraire, une cinquantaine de francs de notre monnaie, il reconnaîtra que les Génoises n'étaient pas trop à plaindre, puisqu'elles pouvaient porter pour i5 ou 20 000 francs de joyaux. Q.ue de Parisiennes se contenteraient aujourd'hui de cette latitude! (Belgrano, deUa Vita privata dei Genovesi, p. 256-2.57.)