I. Viscomi, apud Verri, Storia di Milaiw, t. II. p
Le Costume au commencement du xvi« siècle.
Etude de jeune homme, par Léonard de Mnci.
(Bibliothèque de Windsor.)
LE COSTUME
Mais voyez quelle liberté déjà chez la Joconde pourtraite par Léonard de Vinci aussitôt après son retour à Florence, c'est-à-dire vers i5o4; quelle grâce modeste et touchante chez ['Inconnue peinte par Raphaël vers la même époque (Galerie des Offices). Ce n'est qu'une bourgeoise, mais avec quel goût elle a assorti les couleurs de son modeste costume : corsage vert garni d'un ruban cramoisi, manches brunes bouffantes, tablier blanc retenu par un cordon rouge, chaîne d'or passée autour du cou et se terminant sur la poitrine par une croix. La prétendue Foniarinc (même Galerie) a peut-être déjà trop de liberté : on devine l'avènement de la courtisane rien qu'à la grâce insolente avec laquelle elle a jeté sa pelisse sur ses épaules. Puis, ce qui n'était au début que liberté et élégance dégénère en lourdeur et extravagance chez la belle Jeanne d'Aragon (portrait de Raphaël au Louvre). Les manches de velours , d'une largeur démesurée , écrasent le corps; la toque, trois fois grosse comme la tête, écrase le visage.
Du costume parfois trop étriqué cher au xv'' siècle,
les Italiennes sont allées, en moins de vingt ans, aux plus ridicules amoncellements d'étoffes.
Heureusement, dans l'intervalle se placent une ton le de modèles du goût le plus pur. \'oici quel costume a revêtu, dans le tableau de Lorenzo Costa, au, Louvre, la charmante marquise Isabelle de Mantoue, dont nous avons sans cesse à invoquer les leçons connue celles d'un des génies tutélaires de la Seconde Renaissance, de l'Égérie de tous les grands hommes de cette grande époque. La marquise s'est fait représenter nu-tête, une ferronnière de velours
Ktude déjeune femme, par Léonard de Vinci. (Bibliothèque de Windsor.)
HISTOIRE U1-: L'ART m^NDANT LA RENAISSANCE.
noir retient ses cItcvcux d'un blond doré : sa robe rouge à queue, garnie d'un liséré noir, est retroussée sur le devant et laisse paraître un jupon bleu bordé d'une légère broderie d'or ; de larges bouffants de mousseline blanche serrés au poignet remplissent absolument l'intérieur des manches du vêtement rouge
et sortent par quelques crevés ménagés à dessein. Elle porte le costume habituel aux jeunes iilles de Mantoue, tel que le décrit César Vecellio :
« unavesta scoUata, lunga fino in terra ' >.
Vers la fin du \\ '' siècle, les prédications de Savonarole avaient lui instant arrêté, du moins à Florence, le luxe toujours croissant de la toilette féminine. Mais bientôt le torrent rompit toutes les digues, et le Magistrat, découragé, finit par reconnaître l'inefficacité des mesures prohibitives. Il laissa tomber en désuétude ou adoucit considérablement les prescriptions draconiennes des édits somptuaires. Aussi la bijouterie, la fabrication des tissus de soie, de velours, de brocarts, celle des galons, des tresses et des dentelles, prirent-elles, si possible, encore plus d'extension.
Il serait chimérique de chercher à passer en revue les raffinements infinis inventés par une époque aussi profondément artiste. Quel est l'archéologue qui pourrait se flatter de rivaliser par la plume avec l'inépuisable fantaisie du génie féminin ! Relevons seulement, parmi tant de conquêtes, l'usage de jour en jour croissant de l'éventail. C'était au début tantôt un petit hmion de soie fixé au
I. Le Chevalier-Clievigiiiird et Duplessis. Coslumes historiques des .wr, .W'Il' cl XVIII' siècles. Paris, 1867.
La Coilïure au commencement du xvr Mccle.
Étude pour une Léda, attribuée au Sodoma.
(Bibliothèque de Windsor.)