‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 46 sur 257 · I.INFLUEXCE .\LLI:MAND1-: Kl' 1 LAMANDE · texte numérisé non relu

I.INFLUEXCE .\LLI:MAND1-: Kl' 1 LAMANDE

Par contre, celui des artistes allemands qui avait le plus d'affinités avec le génie italien, Holbein, ne devait agir que plus tard et dans une très taible mesure. Ces imitations donnèrent lieu à un phénomène diamétralement opposé à celui

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Imitation J'un paysage allemand dans une yravure italienne. L'Enlèvement de GanymèJe Par (iiulio Campagnola.

que l'on constate lors:|u"il s'agl: de l'inriuence à l'étranger des modèles italiens : tandis que les estampes de Mantegna, les plaquettes de Moderno et d'autres maîtres étaient traduites en Allemagne, en Suisse, en France, dans des dimensions monumentales, les gravures de Durer ne furent jamais imitées en Italie

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que dans un format peut-être encore plus réduit que celui des originaux. Cela ne signifiait-il pas que les germes contenus dans les cheis-d'œuvre des maîtres italiens, ces hautes leçons de style, avaient quelque chose d'éminemment suggestif, tandis que tel morceau de Durer pouvait être beau en lui-même, mais manquait de portée ?

L'influence allemande, on l'a vu, l'emporte au x\i' siècle sur l'influence flamande. Celle-ci ne perce plus que de loin en loin, quand elle se rencontre avec les dernières velléités du réalisme italien. On la constate, par exemple, dans l'Histoire de sainte Ursule peinte par Carpaccio, puis dans ce caparaçon de cheval décoré par le Francia pour le duc Guidohaldo d'Urbin, et où l'artiste bolonais représenta une forêt en feu , avec une foule d'animaux — oiseaux, quadrupèdes — sortant de cette forêt; on admirait dans cette composition, au témoignage de Vasari, l'exactitude avec laquelle l'artiste avait rendu le plumage des oiseaux et le feuillage des arbres. Au dire du même Vasari, ce tut un Flamand également, un certain Giovanni, fixé à Rome, près de Raphaël, qui apprit à Jean d'Udine à reproduire avec toute la précision possible les fruits, le feuillage, les fleurs; il est vrai que l'élève substitua une manière plus moelleuse et plus grasse à la sécheresse et à la dureté de son maître.

Un dernier trait achèvera de prouver à quel point le prestige des Flandres avait baissé : alors que le nombre des copies italiennes d'après Albert Durer dépasse la centaine, c'est à peine si l'on en trouverait quatre ou cinq (par exeinple les Pèlerins copiés par Marc-Antoine) d'après son émule flamand, Lucas de Leyde.

Assurément, de niême qu'au xv'' siècle, des nuées de Flamands et d'Allemands continuent à s'abattre sur la riche Italie; mais les temps sont changés : ces hôtes du Nord viennent pour apprendre, parfois uniquement pour gagner leur pain, non plus pour enseigner. Plus tard, il est vrai, certains maîtres flamands, les Coxcie, les Stradan, les Candido, feront fortune en Italie; mais ils n'y réussiront qu'à la condition d'oublier bien vite la manière' et même les procédés de leur pays. C'en est fait du prestige dont les \'an Eyck, les Rogier, les Memling avaient si longtemps joui dans la Péninsule; plus que tous les autres, les progrès de l'ordonnance contribuèrent à reléguer dans l'ombre ces compositions si heurtées toutes les fois qu'elles comportaient un grand nombre de figures.

La véritable opinion des Italiens du xvi' siècle sur la peinture flamande, il faut la chercher dans les confidences de Michel-Ange; il l'a formulée en des termes auxquels il est difficile de ne pas souscrire : « La peinture flamande plaira généralement à tout dévot plus qu'aucune d'Italie. Celle-ci ne lui kra jamais verser une larme, celle de Flandre lui en fera répandre abondamment, et ce résultat sera dû, non pas à la vigueur et au mérite de cette peinture.

LINP'^LUENXE ALLEMANDE ET ELA>L\NDE.

mais tout simplement à la sensibilité de ce dévot. La peinture flamande semblera belle aux femmes, surtout aux plus âgées ou bien aux plus jeunes, ainsi qu'aux moines, aux religieuses et à quelques nobles qui sont sourds à la véritable harmonie. En Flandre, on peint de préférence pour tromper la vue extérieure ou des objets qui vous charment ou des objets dont vous ne puissiez dire du mal, tels que saints et prophètes. D'ordinaire, ce sont des chiffons, des masures, des champs très verts ombragés d'arbres, des rivières et des ponts,

L'Influence flamande dans une peinture italienne. Fiai.'ment de l'Histoire de sainte Ursule, par Carpaccio. (.Vcadémie de Venise.)

ce que l'on appelle paysages, et beaucoup de figures, par-ci par-là; quoique cela fasse bon effet à certains yeux, en vérité il n'y a là ni raison ni art, point de symétrie, point de proportions, nul soin dans le choix, nulle grandeur; enfin, cette peinture est sans corps et sans vigueur, et pourtant on peint plus mal ailleurs qu'en Flandre. Si je dis tant de mal de la peinture flamande, ce n'est pas qu'elle soit entièrement mauvaise, mais elle veut rendre avec pertection tant de choses, dont une seule suffirait par son importance, qu'elle n'en fiait aucune d'une manière satisfaisante. C'est seulement aux ouvrages qui se font en Italie que l'on peut donner le nom de vraie peinture'. « Autre chose est la propagande du réalisme et autre chose l'habileté dans telle ou telle branche des arts décoratifs. Si nous nous plaçons à ce point de

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