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LA CONDITION DES ARTISTKS

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Pour la commande de travaux de quelque importance, le système des Concours, dont le jugement était confié à des commissions compétentes, continuait à alterner avec l'exercice d'un pouvoir absolument discrétionnaire.

Et tout d'abord, fitisons justice d'une erreur depuis trop longtemps accréditée : les deux plus fameux tournois artistiques du temps, ceux entre Léonard de Vinci et Michel-Ange, entre Raphaël et Sebastiano del Piombo, ne constituaient pas de véritables concours, puisque chaque concurrent devait traiter un sujet différent.

Les concours les plus célèbres, institués à la Hn du x\'- et au commencement du xvi*" siècle, eurent tous pour objet l'achèvement de monuments d'architecture : 1492, concours ouvert par Laurent le Magnifique pour la façade de la cathédrale de Sainte- Marie des Fleurs; 1400 et années suivantes, concours ouverts par Ludovic le More pour la coupole de la cathédrale de Milan; i5i6, concours ouvert par Léon X pour la façade de l'église Saint- Laurent de Florence, etc.

Bramante, quoique habitué, ce semble, à un certain despotisme, ouvrit également une fois un concours : il chargea Zacchi de Volterra, l'Espagnol Berughetta, Vecchio de Bologne et Jacopo Sansovino d'exécuter des maquettes d'après le Laocoon, promettant de confier au vainqueur la copie de ce groupe célèbre. D'accord avec Raphaël, il décerna la palme à Sansovino.

Les particuliers eux-mêmes recouraient parfois à ce système : P. Pitti, désirant faire sculpter une Madone, demanda simultanément des maquettes à Baccio Bandinelli et à Jacopo Sansovino, en les prévenant que le juge du concours serait Lorenzo di Credi.

Mais, en thèse générale, le rôle des commissions si vétilleuses qui avaient empoisonné l'existence du pauvre Brunellesco (t. I, p. S78) tendait à diminuer, par cela même que la liberté de discussion diminuait partout. La République de Venise, conséquente avec elle-même, resta le plus longtemps fidèle à ces traditions démocratiques : à tout instant le Titien, Paul A'éronèse et le Tintoret durent se soumettre à l'épreuve des concours publics.

Aux concours disaient pendant les Expertises (en italien : « lodi »); de même que des experts choisissaient le plus digne, après un mûr examen des travaux soumis à leur appréciation, de même ils recevaient mission, après l'achèvement d'un tableau ou d'une statue, d'en fixer le prix, parfois même d'indiquer les parties qui devaient être corrigées ou refaites. Petits et grands se pliaient sans difficulté à ces arbitrages, sauf à solliciter ou à circonvenir parfois leurs juges. En iSoi encore, lorsque la Pietà de Saint-Pierre de Rome avait déjà répandu partout la gloire de Michel -Ange, celui-ci dut consentir à soumettre à une expertise les statuettes à' Apôtres commandées par le cardinal Piccolomini : si ces figures n'étaient point parfaites, il s'engageait à les refaire ou à les corriger, jusqu'à ce qu'elles eussent l'approbation des deux

experts'. Michel-Ange, à son tour, expertisa des peintures de Raphaël et de Sebastiano del Piombo.

Il ne manquait pas toutefois d'amateurs — est-il nécessaire de l'ajouter? — qui stipulaient dès l'origine des honoraires fixes. Quelquefois aussi, mais c'était là l'exception, les artistes, surtout les architectes, recevaient des .^pointements réguliers (jusqu'à 25 ou 3o ducats, c'est-à-dire de 1 200 à i5oo francs par mois).

A Venise, le gouvernement réservait une des places de courtiers du « Fondaco dei Tedeschi » au portraitiste officiel des doges (Jean Bellin, le Titien, etc.), de même que la cour pontificale attribuait régulièrement à un artiste soit la place de « piombatore » — le personnage chargé de sceller les bulles — ( Bramante, Sebastiano del Piombo), soit de massier (Benvenuto Cellini). Il n'était pas rare non plus qu'un potentat s'acquittât au moyen de concessions de prises d'eau, de droits de péage ou d'octroi (Léonard de Vinci, Jules Romain, Michel-Ange, le Titien, etc.).

Les artistes avaient d'ailleurs le vent en poupe; le xv'' siècle leur avait mesuré ses encouragements avec une extrême parcimonie, le wi' siècle les couvrit d'or. Il se forma pour les productions italiennes un marché international ; les amateurs se disputaient à la lettre les tableaux de Raphaël et les statues de Michel-Ange.

Filippino Lippi rompit le premier le charme avec ses fresques de la chapelle Caraffa, dans l'église de la Minerve à Rome : les arbitres fixèrent ses honoraires à la somme énorme de 2000 ducats (environ looooo francs), non compris l'achat du bleu d'outremer, ni le salaire de ses aides. Si le pauvre Signorelli dut encore se contenter de la modique somme de 679 ducats (de go baïoques chacun, soit environ 28 à Su 000 francs) pour le travail gigantesque de la décoration de la chapelle de la Vierge au dôme d'Orvieto (la voûte exceptée), Michel-Ange reçut pour les fresques, plus vastes, mais peut-être moins compliquées, de la chapelle Sixtine une rétribution de 3ooo ducats et Raphaël une de 1200 ducats pour chacune des Stances. Ajoutons toutefois que certaines communautés religieuses continuaient à foire travailler dans ce que l'on appellerait aujourd'hui les prix doux : les Servîtes de Florence obtinrent de Pontormo qu'il leur peignit pour lO ducats seulement une fresque représentant la J'isitatioii.

Comme pendant l'ère précédente, le clergé s'honora de pratiquer les arts, quoique ceux-ci tendissent de plus en plus à s'affranchir de la tutelle religieuse; plusieurs de ses représentants, les Fra Giocondo, les Fra Bartolommeo délia Porta, les Fra Giovanni de Vérone, les Fra Damiano de Bergame, y conquirent l'immortalité. Plus que tout autre ordre, celui de saint Dominique, cet

1. Mihnesi, Dociimenti per la Storia deir Aitc seiicse, t. lll, -p. 21. — Voj-ez sur ces diffcrents problèmes mon Raphaël, 2' édit., p. 80-84.

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