PRATO ET PISTOIA
sance, se repose sur ses lauriers. Rappelons seulement la construction de la belle église de la « Madonna délie Carceri ", commencée en i4cS5 d'après les plans de Giuliano da San Gallo (t. I, p. 71).
Pistojà, par contre, longtemps languissante, reprend un certain essor. Si ses concitoyens, le sculpteur-ornemaniste Benedetto da Rovezzano, si les peintres Gerino et Fra Paolino, à qui l'on attribue d'ordinaire le beau groupe de la
-Miniature exécutée par Altavante fui le loi .Matlilas Coi \ in. (Bibliothèque royale de Bruxelles.)
Fisilatioii, dans l'église San Giovanni Fuorcivitas (en 1480, le nombre des peintres fixés à Pistoja s'élevait à onze), sont loin de briller au premier rang, un autre artiste originaire de Pistoja, l'architecte Ventura Vitoni, met en pratique dans sa patrie, avec beaucoup de talent, les principes de son maître Bramante, notamment dans la belle église octogonale de l'Umiltà, dont le portique et le chœur datent de 1495, la partie centrale de iSog. Comme ouvrages d'art commandés à des Florentins, nous avons à enregistrer les fomeux bas-reliefs en terre cuite émaillée de l'hôpital " del Ceppo <•, par des artistes de l'école des délia Robbia, diverses peintures de Lorenzo di Credi, a chapelle baptismale en marbre de San Jacopo par Andréa Ferrucci.
Quant à Lucques, malgré son hostilité permanente contre Florence, elle subit entièrement son ascendant dans le domaine de l'art. Le seul artiste indigène qui y fit quelque figure fut le sculpteur Matteo Civitale, au talent aussi pur que glacial. Pour ce qui est des artistes étrangers, cette République en miniature fit appel à Baccio da Montelupo, qui y construisit entre autres l'église S. Paolino, à Filippino Lippi, à Fra Bartolommeo, au Francia, etc.
Plus loin, du côté de la mer, Pise retomba dans son inertie, comme si le long effort tenté pour les fresques de Benozzo Gozzoli l'avait épuisée. Elle avait d'ailleurs mieux à faire que de commander des statues ou des tableaux : il s'agissait pour elle de défendre sa liberté, subitement reconquise, et la longue lutte de l'infortunée cité contre Florence prouva quels trésors de vitalité elle renfermait encore. Nous n'avons à y signaler, pour la période qui nous occupe, qu'une Assouiplion de la Vierge par Botticelli, laissée inachevée, des peintures de Sogliani, puis de Perino del Vaga et enfin du Sodoma.
A'olterra, si cruellement éprouvée par le siège et le sac de 1472, dut se borner à commander quelques peintures à Signorelli et à Balthazar Peruzzi, et des fonts baptismaux à Andréa Sansovino (i.^dj).
La partie méridionale de la 'Loscane déploya infiniment plus d'ardeur. Les admirateurs de la Renaissance devront faire de longues stations à Arezzo, à Cortone, à Montepulciano.
Pendant la période comprise entre l'apparition de Laurent le Magnifique et la mort de Léon X, Arezzo fournit au contingent de l'Ecole toscane un certain nombre de recrues intéressantes : les peintres Domenico Pecori, Giovanni Antonio Lappoli, le sculpteur Zacchia ou Zaccheria dit de Volterra. Elle occupa en outre quelques artistes étrangers de mérite, dom Bartolonnneo délia Gatta, Luca Signorelli, qui y travailla à partir de 1472, Niccolo Soggi, Francesco l'Lidaco, et surtout notre compatriote, l'énnnent peintre-verrier Guillaume de Marcillat, qui v fixa sa résidence en i.'^K).
San Gimignano ne crowiit pas avoir assez tait en conquérant l'admirable cvcle de tresques de Benozzo Gozzoli, V Histoire de Saint Aiig/isliii ; elle fit appel au talent de Benedetto da Majano pour orner la cathédrale et l'église Sant' Agostino de diverses sculptures ornementales, et au talent de Domenico Ghirlandajo pour peindre, entre autres, V Histoire de Sauta Fiiia (1474 et années suivantes). Piero del Pollajuolo (1480), Pinturicchio et Fra Paolino de Pistoja vinrent à leur tour y exécuter quelques peintures'. Cette vaillante petite cité, qui maintint si terme le drapeau de l'art, s'honore en outre d'avoir donné le jour aux peintres Bastiano Mainardi, un des collaborateurs de D. Ghirlandajo, et Mncenzo Tamagni, un des élèves de Raphaël.
1. Article de M. B.ildoiia d.iiis VArcliivio sloiico dclP Ai le, 1890, p. 35-6Î!.
Dans les mêmes parages, pour avoir quelque peu tardé, les moines de Vallombreuse n'en tombèrent pas moins sur des maîtres distingués : ils obtinrent du Pérugin Y Assomption et deux portraits superbes (Académie de Florence), et de Benedetto da Rovezzano le tombeau de saint Gualbert (iSofi).
Mais que dire des moines de Camaldoli qui attendirent, pour invoquer le secours d'un artiste, l'avènement de mcssire Giorgio \'asari! Les nombreuses
La Mort de sainte Monique, par Benozzo Gozzoli. (Eglise Saint-Augustin A San Gimignano.)
peintures de sa main qui ornent aujourd'hui encore le sanctuaire du Casentin témoignent à la fois de la vénération de l'artiste pour les Camaldules et de la médiocrité de son talent.
Trop souvent, il nous faut nous borner à des énumérations de noms, mais il est des noms qui en disent long, et qui valent à eux seuls un éloge. C'est amsi que, pour l'antique Cortone, il suffit de rappeler qu'elle donna le jour à Luca Signorelli, le peintre du Jugement dernier, et à Domenico Boccador, l'architecte de l'Hôtel de Ville de Paris, qu'elle chargea Francesco di Giorgio Martini de construire la célèbre église de la « Madonna del Calcinajo », et Guillaume de Marcillat, le prince des peintres-verriers de la Renaissance italienne, d'orner de vitraux plusieurs de ses églises ou palais.