NAPLES
entre Français et Napolitains, entre Français et Espagnols, entre Napolitains et Espagnols, sur ce « suol beato », dans ce paradis terrestre, étant donnée d'autre part la dure domination espagnole, c]ue la culture de l'art incombat uniquement à quelques particuliers, ni que les fondations de ce temps présentassent un caractère fragmentaire et quelque peu incohérent.
Le plus éminent de ces Mécènes, le cardinal Oliviero Caratfa (f i5ii), est déjà connu de nos lecteurs (t. I, p. 102). Une de ses compatriotes, Jeanne d'Aragon, fille de Ferdinand d'Aragon, fils naturel de Ferdinand I, plus tard mariée à Ascanio Colonna, prince de Tagliacozzo (morte à Rome en 1577), n'était à ce moment célèbre que par sa beauté. On sait qu'en i5i8 Raphaël envoya Jules Romain à Naples pour préparer l'ébauche du portrait qui se trouve aujour- ^ -.^0'- '^'
d'hui au Louvre '. Z'/^*^ ^/ :
Pour ce qui est du peuple même, ce peuple si vif, si spirituel et si inconstant, partagé entre tant de triomphes et tant d'infortunes, il y avait chez lui un mélange d'exaltation et d'humilité qui l'empêchait d'apporter aux choses de l'art l'esprit de suite et le recueillement, sans lesquels une école ne saurait se fonder ou prospérer. », ■ -. -n j • r- , ■ • m
^ ^ MudaïUe du roi Fredtnc III.
Les lettres avaient de tout temps été en Pa'" "" anonyme italien,
plus grand honneur à Naples que les arts
(voy. t. L p- loi)). \'ers la fin du x\'" siècle et le commencement du xvi", Pontano ("i"i?o3) et Sannazar (7 i5Si)) y représentaient, non sans éclat, au milieu de l'Académie littéraire, les humanités et la poésie, en attendant que quelques lustres plus tard s'affirmât le mouvement philosophique auquel l'Ecole calabre a attaché son nom. Le souvenir de Mrgile, dont Naples se vantait de posséder les cendres, continuait à planer sur l'antique Parthenope : Sannazar fit élever sa chapelle funéraire près du tombeau supposé du grand poète latin. Ouvrons ici une parenthèse pour rappeler que Sannazar a droit à une place dans cette revue des Mécènes. Il se rendit acquéreur d'un petit tableau de Petrus Christus, un Christ en Croix; il commanda son portrait à un peintre vénitien, élève de Jean Bellin, un certain Paolo di Agostino, et une Nativité en bois sculpté à Jean de Noli pour sa chapelle du Pausilippe.
Les Toscans avaient de bonne heure planté leur drapeau sur ce golfe enchanteur : ils continuèrent pour un temps à y taire des incursions. A Benedetto et à Giuliano da Majano (t. I, p. 116-11!'.) avaient succédé, à des intervalles plus ou moins longs, les architectes Giuliano da San Gallo, Luca
I . Voir l'attachante et instructive biograpliie de cette princesse dans Raphaël peintre de portraits, par M. A. Gruyer. Paris, 1881 ; t. II, p. 170 à 197.
Fancelli, Antonio Marchessi de Settignano, qui semble avoir résidé à Naples jusqu'en iSi;, Francesco di Giorgio Martini et le sculpteur Andréa Ferrucci. Puis le mouvement se ralentit; à peine si dans les premières années du xvf siècle nous trouvons à Naples les peintres Donzello, dont on ne connaît aucun ouvrage authentique, et Pietro Pontclli, frère de l'architecte Baccio Pontelli (i5o4).
Les Lombards, en tête desquels brillaient l'illustre architecte Fra Giocondo
de Vérone, le sculpteur réaliste Guido Mazzoni de Modène, le sculpteur Tom-
maso Malvita de Côme (i5o4), et enfin l'habile sculpteur en bois et incrus-
tateur Fra Giovanni de Vérone, ne tardèrent pas non plus à chercher fortune
ailleurs.
Quant aux Ombriens, ils n'étaient représentés que par des ouvrages envo yés du fond de leur patrie : X Assomption de la Vierge de Pinturicchio (autrefois dans l'église de Montoliveto, aujourd'hui au Musée), V Assomption de la Vierge du Pérugin (peinte pour la cathédrale aux frais du cardinal Caraffa). Il est possible que les fresques du cloître de San Severino, V Histoire de Saint Benoit, fmssement attribuées au Zingaro, aient été peintes sur place, comme on le croit aujourd'hui, par un maître ombrien. A ces importations fit suite la Vierge an poisson de Raphaël (autrefois dans l'église Saint-Dominique de Naples, aujourd'hui au Musée de Madrid).
Nous aurons à apprécier, dans la section consacrée à l'architecture, le talent des architectes napolitains de cette période. Bornons-nous à rappeler ici les noms de Gabriele d'Agnolo, qui construisit en i5oo l'élégant palais Gravina, pour le duc Ferdinand Orsini, et de Giovanni Donnadio da Mormanno, l'architecte de Santa Maria délia Stella.
La sculpture fut relativement bien partagée. Aux habiles artistes toscans et lombards cités tout à l'heure se joignirent quelques artistes indigènes, nullement sans mérite, et principalement Giovanni Merliano de Noie (i488-l558). Il fltllait toutefois une certaine dépravation de goût pour qu'un réaliste de la trempe de Mazzoni pût stupéfier et charmer à ce point les Napolitains par ses trompc-I'œil. Dans son Calvaire de l'église de Monte Oliveto, les attitudes aussi bien que la polychromie des figures (aujourd'hui peintes en bronze) étaient bien propres à donner l'illusion de personnages en os et en chair, agenouillés autour d'un cadavre. Les Florentins, juges plus éclairés, n'eussent pas manqué de protester contre ces artifices grossiers, qui jamais ne tentèrent leurs concitoyens les délia Robbia, champions eux aussi de la sculpture polychrome, mais d'une sculpture véritablement digne de ce nom.
Revers de la médaille de Gonsalve de Cordoue.