LES ENVIRONS DE NAPLES
La sculpture en bois n'était pas moins florissante que la sculpture en pierre, en métal ou en terre cuite : Pietro de Bergame ou Pietro Veneziano, Fra Giovanni de Vérone, avec ses collaborateurs Geminiano di Colle (Toscan ou Florentin) et Impériale de Naples, puis Giovanni de Noie la cultivèrent avec succès.
Summonte, dans les précieuses notes publiées par Cicogna, cite encore un artiste unique dans sa spécialité, c'est-à-dire dans le travail du cuir, 1' « arte di stuccio », Masone ou Tomasone di Majo, qui excellait à façonner des fourreaux d'épée, des reliures, des coffrets, des encriers, etc. Il exécuta entre autres un arc de triomphe avec cent tiroirs, d'un dessin irréprochable inspiré de l'antique.
La peinture était de tous les arts le moins cultivé à Naples. Summonte, dans la lettre qu'il adressa en 15^4 à M. A. Michiel, le célèbre amateur vénitien, déclare que « nel paese nostro la Pittura è stata poco celebrata' ». Après avoir quelque temps sacrifié au goût flamand (t. I, p. ii-l), puis au goût ombrien (voy. ci-dessus p. 254), les Napolitains furent initiés au style de Raphaël par un disciple de ce maître, Andréa Sahatini de
„, nr-'i -i-ii • Médaille de Gonsalve de Cordoue.
balenie. Mais il y avait loin de leurs essais p^r un anonyme italien.
incohérents, dont les tableaux conservés au
Musée de Naples rendent un pénible témoignage, à la constitution d'une École véritable.
Dans le domaine de la miniature, une mention doit être accordée à Gasparo Romano, qui travaillait à Naples vers la fin du xV siècle et dont Summonte cite avec éloge plusieurs ouvrages, puis à Reginaldus Piramus de Naples, qui enlumina pour Matteo Aquaviva, duc d'Atri, un manuscrit àcVElbique d'Aristote, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque impériale de Vienne". Malgré une certaine sécheresse, cet artiste se montre familiarisé avec les formes décoratives de la Renaissance.
Dans les Abruzzes'', on relève un certain nombre d'autels, de tombeaux, de fresques, de tableaux de chevalet, d'ouvrages d'orfèvrerie, notamment à Atri, à Cellino, à Penne, à S. Maria in Piano, à Chieti; mais peu ou point de pages monumentales. Bornons-nous à citer, en dehors de ces villes, Sulmona, avec son église de l'Annonciation (i4i5-i522), à la fliçade assez incohérente,
1. Publié par Cicogna dans les Memorie deïï Istiliito vcnclo, ]f!6o, t. IX, p. 411 et suiv.
2. Woltmann et Woermann, Geschichte der Malerei, t. II, p. 256.
3. BiBL. : Bindi, Monumcnti storici cd artistici degli Abruti. Naples, 188g; l volume de texte et I volume de planches.
et son hôpital construit par quelque élève lombard de Bramante ; Castelli avec un célèbre atelier de faïences; Avezzano avec le château des Colonna, plus semblable à une forteresse qu'à un palais.
La vaillante petite cité d'Aquila (t. I, p. 121) s'enrichit pendant cette période de diverses sculptures dues à un de ses fils, Silvestro Ariscola, l'auteur de la ch.âsse de saint Bernardin. Un autre de ses fils, J.-B. Branconio, lui fit don, pour l'église San Silvestro, de la J'isitatioii de Raphaël (aujourd'luii au Musée de Madrid). Telle était la vénération des Aquilates pour ce tableau, qu'en i52o le Conseil décida que personne ne pourrait en taire une copie.
Quant à la Campanie, avec sa capitale Capoue, et aux autres provinces du royaume de Naples, la Fouille, la Basilicatc, la Terre d'Otrante, la Calabre, elles firent preuve de la même stérilité que pendant la période précédente. On y chercherait en vain quelque fondation transcendante révélant chez leurs habitants un effort magnanime ou une direction de goût nettement accusée. La pénurie des artistes répondait à la pénurie des œuvres d'art : on ne trouve guère à relever que les noms du peintre Andréa de Salerne, imitateur de Léonard de Vinci et de Raphaël, du peintre Marco Calavrese et du sculpteur Giovanni Merliano de Noie.
Dans l'antique couvent du Mont Cassin, assez réfractaire jusque-là aux idées de la Renaissance, on préluda en i5i5 à la reconstruction des cours, dont l'ensemble présente aujourd'hui un aspect si grandiose, avec ses portiques et ses escaliers. A partir de i5io, on utilisa le pinceau d'Andréa de Salerne, qui, comme plus tard Marco Calavrese, passa dans ces régions attardées pour l'artiste indispensable '.
La Sicile ', depuis longtemps réunie au royaume d'Aragon, échappa aux fléaux qui fondirent sur le continent italien et jouit d'une prospérité relative. Comme par le passé, Palerme servit de centre à un mouvement d'art assez intense : à côté de la brillante dynastie des sculpteurs qui s'appelait les Gagini, nous trouvons un artiste de Carrare, nommé Antonio, qui exécuta pour cette ville et pour le reste de la Sicile un certain nombre de statues, tandis que son compatriote Francesco de' Maestri travaillait à Termini. Ce qui prouve l'éclectisme — j'allais dire la dispersion d'idées — propre aux Siciliens, c'est qu'ils employaient inditîéremnient des artistes de toutes les Écoles. L'un, le « tabricator » Gabriele, qui construisit en 1498 l'église de l'Annonciation de Palerme, avait pour patrie Rome; un autre, le sculpteur Giorgio de Bregno, fixé en I4<)() à Polizzi, était originaire de Milan; un troisième, le sculpteur Geronimo, fixé à Messine en i5o2, avait vu le jour à Florence. Venise était représentée par deux sculpteurs en bois, Giovanni Pietro (i5(ô) et Francesco Trina (i3i2);
1. BiBL. : Caravita, / Codia e le Arti a Monte Cassim. Mont Cassin, 186g; 3 vol.
2. T. I, p. loô. — Di Mar.TO, I Gagim e la ScuUura in Sicilia. Palerme, 1880-1884.
E. .Munlz. — II. llalic. L'Aye d'Or.
Bologne également par un sculpteur en bois, Giacomo la Porta (i5i9-i52i). Les travaux confiés à ces artistes comprenaient surtout des crucifix, des tombeaux, des stalles. Rappelons aussi que l'église Santa Maria dello Spasimo de Palerme conquit pendant cette période un des chefs-d'œuvre de Raphaël, le Portement de Croix, transporté depuis au Musée de Madrid'. Les leçons de Léonard et de Raphaël pénétrèrent en Sicile par un autre canal encore, je veux dire par l'intermédiaire de Cesare da Sesto, qui peignit pour l'église S. Niccolo de Messine son Adoration des Mages (aujourd'hui au Musée de Naples), et une Sainte Conversation pour l'éghse S. Domenico, et qui y forma
un élève, Gerolamo Alibrandi -.
Remontons maintenant vers le Nord et passons en revue les villes des Marches et de la Romagne. Ces provinces, de tout temps si turbulentes, traversèrent à l'approche du nouveau siècle une crise épouvantable, mais '^^•'" — r.'^— - -^-^ — =- — — i=— ^ — : .-^ qyj jjg laissa pas d'avoir
Le >;.,iiiic iiii oiuveiii du M.uii cassiii. des effets salutaites : Cé-
sar Borgia parut, et malgré ses violences, sa cupidité, le régime qu'il imposa à ses nouveaux sujets dut leur paraître parfois doux en comparaison du joug qu'avaient fait peser sur eux leurs anciens tyrans. Les tentatives du fils d'Alexandre VL pour éphémères qu'elles fussent, produisirent néanmoins un vaste mouvement de concentration; après sa chute, Césène rentra sous la domination directe de l'Eglise, ainsi que Forli, où Antonio Ordelaffi, héritier de ses anciens seigneurs, n'avait fait qu'une courte apparition. Rimini et Faenza, après avoir accueilli, l'une Pandolfo Malatesta, l'autre Francesco Manfredi, ne tardèrent pas à être annexées par la République de Venise, déjà maîtresse de Ravenne. Seules Urbin et Pesaro conservèrent, pour quelques années du moins, leur autonomie, l'une sous les Montefeltro et les della Rovere, l'autre sous les Storza.
Ascoli-Piceno, la première ville qui s'off"re à nous lorsque nous remontons la côte de l'Adriatique, doit sa notoriété à un artiste assez médiocre, le peintre et architecte Cola della Matrice ou dell' Amatrice.
1. Parmi tant d'artistes étrangers fixés à Rome à l'époque de la Renaissance, on ne rencontre, pour la période qui nous occupe, qu'un seul Sicilien : un architecte du nom de Filippo de' Bartolini ( l5l8). Bertolotti , Alcuni Aitisti sicitiani a Ronui iiei sccoti .VI7 c AT//. Palerme, 187Q.
2. Frizzoni, Nnpoli ne' suoi idppoiii colV ai te licl Riimsciinenio; Florence, 1878; p. 35.