‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 75 sur 257 · Schmarsow : l'Jrt, 188], t. II, p · texte numérisé non relu

Schmarsow : l'Jrt, 188], t. II, p

2. BiBL. : Aux ouvrages cités dans le précédent volume (p. 107) il faut ajouter le Liica SighoreUi de >L Vischer (p. 20-28) et le Mclox^o da Forli de M. Schmarsow, ainsi qu'un article de ce dernier savant dans la revue l'Art, 1881, t. II, p. 201 et suiv.

=6o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

tccte vénitien Marino di Marco di Jadera, pris ensuite en mains en 146g par le pape Paul II, ce vaste travail se poursuivit jusque sous Sixte-Quint, c'est-àdire pendant près de cent cinquante ans. Les architectes les plus éminents. Bramante et Giuliano da San Gallo, des sculpteurs tels que Giuliano et Benedetto da Majano, ainsi qu'Andréa Sansovino , des peintres tels que MelozTO da Forli et Signorelli, y consacrèrent le meilleur de leurs forces.

Le sanctuaire de Lorette comprend, comme on sait, plusieurs groupes d'oeuvres d'art : la sacristie de gauche, ornée d'une fontaine par B. da Majano, de fresques par Signorelli et de marqueteries par Giuliano da Majano; la sacristie de droite, décorée de fresques par Melo/czo da Forli; la « Santa Casa », décorée d'après les projets de Bramante et ornée de sculptures par Andréa Sansovino, assisté du Tribolo; la chapelle du Trésor, dont la coupole octogonale fut achevée par Giuliano da San Gallo en i5on.

A l'éghse fait pendant le Palais apostolique ou Maùson des chanoines, commencé en i.^do-i.^og sur les dessins de Bramante.

Dans son l'oyas^c (f Italie, Montaigne nous a tracé un tableau assez piquant de cette ville, qui n'avait de raison d'être que son pèlerinage célèbre entre tous : « C'est un petit village clos de murailles, et fortifié pour l'incursion des Turcs, assis sur un plan un peu relevé, regardant une très belle pleine, et de bien près la mer Adriatique ou golfe de Venise; si qu'ils disent que, quand il fait beau, ils descouvrent au delà du golphe les montaignes de l'Esclavonie; c'est enfin une très belle assiete. Il n'y a quasi autres habitans que cens du service de cette dévotion, come hostes plusieurs, et si les logis y sont assés mal propres, et plusieurs marchans : sçavoir est, vandurs de cire, d'images, de patenostres, agnus Dei, de salvators, et teles danrées, de quoi ils ont un grand nombre de bêles boutiques et richement fournies'. »

A Jcsi, nous avons déjà signalé l'Hôtel de ville, bâti sur les plans de Francesco di Giorgio Martini : il nous reste à mentionner l.i construction du portique et de la loge du même édifice par Andréa Sansovino en \5]q.

Il est des villes bâties dans un site merveilleux, riches, belles, imposantes, et qui cependant, pour n'avoir pas concentré leur attention sur un certain idéal, pour n'avoir pas adopté un certain parti pris, nous laissent indifférents. Tel est le cas d'Ancône : Montaigne nous la montre « fort peuplée, et notamment de Grecs, Turcs et Esclavons, fort marciiande, bien bastie, costoiéc de deus grandes butes, qui se jetent dans la mer, en l'une desquelles est un grand fort.... En l'autre, ajoute-t-il, qui est fort voisin, il y a une église entre ces deus butes : et sur les pandans d'icelles, tant d'une part que d'autre, est plantée cette ville : mais le principal est assis au fons du vallon et le long

I. Édition du Voyage publiée par M. d'Ancona: Città di Castello, i8R(), p. .'146-347.

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de h mer, où est un très beau port, où il se voit encores un grand arc ;\ rhoniir de l'amperur Trajan, de sa femme et de sœur. » Mais le moindre grain de mil — je veux dire quelque belle église de la Renaissance, quelque statue monumentale, quelque cycle de fresques — ferait bien mieux notre affaire. Notons toutefois le palais communal élevé en 1484 sur les dessins du Siennois Francesco di Giorgio Martini. Comme corollaire à la pénurie des monuments nous avons la pénurie des artistes :

on ne compte que sept peintres nés à Ancône pendant le xvi'' siècle, et encore aucun d'eux n'at-il fliit figure.

L'entrée en scène des Urbinates ' — j'entends Bramante et Raphaël — est un des phénomènes les plus imprévus de l'histoire de l'art italien.

Rien dans le passé du petit duché ne laissait prévoir un tel essor; seule l'initiative passionnée du duc Frédéric avait fait pour un temps de sa capitale un fo yer d'art.

Aussi, lui disparu, fut-ce au dehors que Bramante et plus tard son jeune parent ou ami Raphaël durent chercher l'emploi de leur génie : leur patrie ne les comprit pas ou ne fît rien pour eux.

Guidobaldo de Montefeltro (i472-i5o(S), fris et successeur de Frédéric, et son épouse Elisabeth Gonzague (mariée en 148()), appréciaient surtout les plaisirs littéraires; pendant plusieurs lustres, leur cour servit de rendez-vous à quelques-uns des plus rares écrivains de l'Italie, les futurs cardinaux Bembo et Bibbiena, le comte Balthazar Castiglione, ou à des connaisseurs non moins

1. BiBL. : les ouvrages cites t. L p. i:H. — Puiigileoni, Elogio sloiico di Giovanni Saut i. Urbin, 1822. — Le même, Elogio storico di Raffadlo Savti dû Uvhiiio. Urbin, iR2g — Bertolotti, Artisti iirhinati in Roma prima del secoh XV/II. Urbin, 18P.1 (extr. du journal // Raffaello). — Charles Blanc, Histoire de la Renaissance artistique en Italie, t. II, p. Sri, ii)6 Paris, iHRq.

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distingués, Julien de Médicis et les Canossa de Vérone; ils contribuèrent à porter à leur maturité les plus délicates, les plus rares fleurs de l'esprit. S'agissait-il de mettre sur la scène quelque comédie, ces princes ne reculaient devant aucun sacrifice : on a pu le voir par la description de la première représentation de la Calaiidia (p. oii); ils acceptaient aussi de grand cœur les dédicaces d'ouvrages, tels que le traité de Ouinquc Corporilms de Piero délia Francesca ou la Suiinna de Arillniietica , Geoiiielria, Proport ioiii et Proportialilà de Luca Pacioli (Venise, i4<)-l).

Vis-à-vis de l'art, ils se montraient infiniment moins prodigues. Avant fait achever l'admirable palais ducal par Francesco di Giorgio de Sienne et par Baccio Pontelli, ils se crurent désormais quittes. Aussi ne songèrent-ils jamais à s'attacher Bramante ou Raphaël. Ce dernier ne peignit pour eux que le petit Saint Michel et les deux Saint Georges, dont l'un destiné h être ofl^ert en cadeau au roi Henri VII d'Angleterre. Il trouvait chez ses souverains un accueil cordial, des lettres de recommandation, mais point de travaux suivis. Des artistes indigènes moins en vue, Giovanni Santi, le père de Raphaël, Timoteo Viti et les Genga, ou des étrangers, tels que le Francia, le sculpteur et médailleur Gian Cristoforo Romano, étaient mieux partagés. Le Francia peignit pour Guidobaldo une Lucrèce et des caparaçons de cheval. Une fois aussi ce prince fit faire sa médaille, mais il semble que ce bronze fut tiré à très peu d'épreuves, car on ne connaît jusqu'ici que l'exemplaire conservé au Cabinet des Médailles de Vienne.

Les choix faits par le duc Guidobaldo et la duchesse Elisabeth ne laissaient pas, quelque intermittente que fût leur action, d'imprimer une certaine direction de goût aux villes dépendant de leur petite principauté. Nous avons montré (t. I, p. lod) comment Francesco di Giorgio Martini, le fameux architecte et ingénieur siennois, et Baccio Pontelli élevèrent une série de constructions militaires et civiles, non seulement à Gubbio, qui appartenait alors aux Montefeltro, mais à Cagli, à Sasso di Montefeltro, etc., tandis que Giovanni Santi défrayait de tableaux de sainteté les cités des environs d'L'rbin, surtout Cagli, Gradara, Fano, et Montefiorentino, près de Castel-Durante.

Le duc Francesco Maria délia Rovere, successeur de Guidobaldo, qui régna de i5o8 cà i5i6, puis de i522 à i538, appartient déjà plutôt à la période dont nous nous occuperons dans notre troisième volume ; nous le retrouverons en temps et lieu.

De même que Gubbio, Urbin se rejeta sur les majoliques. Un homonvme et parent du Sanzio, Raffaele di Ciarla, s'v fit une véritable réputation.

C'est par ses productions céramiques également que Castel-Durante (aujourd'hui Urbania) s'est fait un nom dans l'histoire des arts.

Forli, gouvernée par la veuve de Girolamo Riario, l'énergique et ambitieuse Caterina Sforza, une des victimes de César Borgia, puis par les Ordelaffi,

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